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16/03/2015

A une nouvelle adresse

 

 

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Une virée à une autre adresse, où retrouver le site: 

 

www.lederniercoquelicot.com 

 

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07/01/2015

Principe espérance

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30/12/2014

Entre des années

Les affiches du dernier film de Jean-Paul Civeyrac sont en quelques endroits, annonçant une dernière sortie, le dernier jour de l’année, pouvant bouleverser tous les top 10 des meilleurs films 2014, dans une intervalle de temps atypique, entre deux années, aux instants de nuit profonde, originelle. Un dernier film à la dernière minute, absorbé à ce visage obliquant, grave et d’une densité et beauté fixe, aussi sur une couverture de livre, écrit entre les jours. Les films de Civeyrac débutent sur un visage, parfois, comme le souvenir durable d’A travers la forêt le garde: un travelling avant s’approchait du visage d’une fille, découvrant la beauté en même temps que les premiers gestes du réveil, avec en sonorité, le chant si fort d’oiseaux au point du jour, et une musique se suspendant plus longuement à quelques notes. Un bruissement étreint l’image à ce que l’on imagine participer du désir de filmer. La suite, dans le déroulé d’un plan séquence, surprenait de paroles échangées à la fois pleine d’incertitude et de félicité non feinte d’un amour partagée, avec une voix masculine dans des draps, répondant. La mort de ce garçon plongeait la fiction là où elle est source d’expérimentation pour le réalisateur, à cette part d’inconnu, « d’approfondissement » qu’elle permet, dans ce que l’auteur en dit en introduction de l’ouvrage qu’il signe récemment. Les lignes partagent avec les images tournées l'étrangeté des variations, le changement de ton ou de lumière passant du soleil à un ciel noir en un instant (toujours dans la séquence initiale d’à travers la forêt), tenant la distance de cet approfondissement à des chut(e)s intenses qui font valoir un présent au coeur de la douleur. 

Que dire de ce livre de cinéaste (Civeyrac préconise qu’il soit lu de ce point de vue, suivons-le), que dire qui ne soit pas redite ? Le refeuilleter à postériori, après l’avoir lu, reconnaitre en s’en détachant sa singulière valeur. On est marqué par la précision du travail d’édition ; dès la couverture, les images insérées de visages féminins trouent la linéarité des notes en augurant de thématique, portant ce silence du regard sur les choses qui se développent à l'écrit de l’autre côté, contrebalancées. Le silence infini et l’immobilité, une intensité statique, aussi forte de tenir, qu’irréconcilié. Un visage et une forme sonore (même ce silence, finalement difficile à obtenir au cinéma), composés à une complexité, se détournant du strict réalisme, avec à la place, une descente. Il n’y a pas que ces collusions heureuses dans le montage du livre, il y aurait aussi à insister sur le découpage, passant singulièrement des films vus au travail de cinéaste (là où j’en suis), à la note d’intention aux traces autobiographiques, puis à la musique dans son ensemble, enfin à la fiction. On a l’impression de suivre des déployés de renvois. Des moments qui ont fixé quelque chose et dont l'écriture répond en et à une nécessité. Sans oublier les partitions à l’intérieur d’un article sans point, qui ne conclue pas, et tant d’autres choses sur les espacements-origines d’où parviennent parfois quelque chose d’autre, tel que le titre l’entend.

Un film de Jean-Charles Fitoussi arrivait à mettre à jour l’existence en dents de scie, l’impression de n’être qu’un jour sur deux, impression qui se répète souvent hors film, avec l’incertitude d’un quotidien sur le chiffre deux, plutôt un jour sur trois, sur douze, sur quelques mois. La typographie de la couverture du livre de Civeyrac malmène le « entre », en « -re les jours » et du côté droit, car le titre est inscrit deux fois, en coupant le « les ». Qui vient en unique. Ent-re, hant-er par certains jours dont les causes de hantise peuvent être tellement variables, mais qui auraient peut-être en dénominateur une citation de Quignard sur le mythe de Boutes, celui qui a plongé pour continuer à étendre le chant des sirènes, pour ne pas échapper sournoisement à la fascination, définissant la musique originaire, au « désir de se jeter à l’eau ». Dans les études de Civeyrac, des musiques, des films, ou le besoin de s’engouffrer dans des brèches sans issues, paraissent mus de ce désir de se jeter, à la haute exigence de ne pas rompre le champ de l’altération. « Qu’est-ce que la danse ? Le désir de se lever de façon irrépressible » pour aller rejoindre la musique, même pour les mauvais danseurs. Irrépressible évidence, le temps sort de ces gonds, pour reprendre une expression de Catherine Mavrikakis, «out of joint», «on aimerait, Sofia et moi, le garder ainsi déboité». Ce qui s'écrit entre les jours, dont l'écriture porterait acte, à son degré ou non de visibilité, créerait des intervalles qui se lisent à ce qui tombe, comme un regard fait tomber, ou non, tombe, dans cette espèce de grand vide constitué de tant de moments. L’ « entre » des durées (l’antre) est prodigué par le livre et c’est une belle initiative que d’avoir voulu le préserver ainsi, aux choses s’agrégeant au point où les traces sont ondes. Même quand se faisant plus oublieuses, même à leur forme d'évanescence, toujours et différemment dans leur emprise, avec cette netteté de « couper la vie en deux » (Rouzeau, Civeyrac, Enard). Le réalisateur le met à jour, avec la précision particulière des études philosophiques, ne cessant de fasciner, et plus explicité dans un passage sur Mizoguchi : il parle de dialectique entre les temps, entre le régulier et l’autre, « le temps tel qu’en lui-même », et que quelques films arriveraient ainsi à rendre palpable les frictions de ces temps.

S’il l’on rentre dans le détail de ces films, se retrouve souvent l’abord au monde en absence de prise, d’autres personnages trouvant incroyable que les personnages principaux ne puissent pas à ce point exister, puissent autant être largués, « dépossédés », inapte au présent. La raison le discute à la douleur. Dans à travers la forêt, la fille dont l’ami est décédée, se sent mourir aussi, en errance dans l’obscurité d’un appartement, doutant de la véracité des reflets des miroirs, à des plans où la chair est obscurcie, de l’ombre sur une présence. Ces deux sœurs essaient de la convaincre d’un retour aux choses courantes. La première claironne la raison en prise de conscience. La seconde la comprend, mais demeure aux solutions des situations. Le sortilège est dans un autre rythme, celui des insomnies et des falsifications possibles, non souhaitées ou assumées au réel. Cela correspond en expérimentation à ce que le réalisateur dit déjà aimé percevoir dans les œuvres qu’ils notent, de « ceux qui n’effacent pas par le travail de montage le fantôme de ce présent fugitif ». Face à la réalité d’être étranger au monde, il n’y aurait que « quelques éclats irradiants » « à acquérir sur ce qui n’est que le spectre ». Et ces éclats sont datés, puisque loin de la nébuleuse des enchainements, ils sont frappés d’irréversible, parce qu’ils ont été si présent, juste irradiants, échappants à l'écoulement. Le réalisateur se connait, il parle de lyrisme sec pour ces aventures avec l’inconnu(e), ces projets transpirent de mélancolie. « L’expérience du film n’est pas détachée du reste de la vie mais nourrie par elle et la nourrit en retour ». Mais quel retour ? Dans à travers la forêt, la fille est attirée par l’obscurité de la forêt, à son comble de feuilles foulées et de sensations naturelles, attirée par une voix, en signe de perdition, signe seuil en vacuité noire, développant une émotion de déphasé en énigme des apparences jusqu’au bout, et ne satisfaisant pas du succédanée médiumnique sorti d’une séance de spiritisme. Le vide des situations ne disparaissant qu’à ces extases écliptiques, recouvrant l’indisctinct d’une ivresse, peu soucieuse du réel, mais transportée à la persuasion des chutes à ces extases. Les oripeaux du réel font partie du cheminement, mais l’expérience va plus loin. Comme certaines des notes du livre sont sans point, trouées des musiques dont il est question, « ôtant le retour ». 

 

Renoir en figure tutélaire (« noir et renoir », « Renoir, c’est le soleil »), Cavalier, Biette, Saint-Saens, la femme au marteau, un opéra wallon, le cor anglais, l’intériorité confiante de Franck Martin, aussi quelle émotion, le critique Philippe Arnaud (découvert cette année, la chance de trouver un ouvrage dans un bac au mois d’aout, une «rencontre» virée au miracle) autant d’hétéroclites, et plus encore, de sources « des mots, des notes avec un esprit nouveaux » : l’intention de réunir les notes du réalisateur se concrétise et s’oublie dans les diffractions de rencontres, au fil des pages. Les trois fictions qui clôturent le livre, finissent de stupéfier, laissant le lecteur bouche bée, et béante, réfléchissant que ce qui taraude est de se confronter à une autre manière d’être au monde. Préparant le passage à Victoria.  Un autre film, une autre année, ce qui excède la date, Rose Lowder citant ailleurs De Wilde et les musiques qui donnent à entendre plus que les notes, préférant les films qui donnent à voir plus que les plans; Renoir, le froid aussi, les plaines gelées de l’hiver dans le noir.

 

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