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23/02/2011

Le Nom des Gens (?)

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Qui n'a pas ressenti au temps de l'enfance la glaciation que son propre nom de famille pouvait inspirer lorsque celui-ci était prononcé à haute voix ? - Ce rappel urticant d'une filiation plombant le rêve du gosse incréé, surgissant en arme de la cuisse du présent pour aller s'ébattre avec la bande des demi-dieux tous juste prénommés : « Eh momo! - Je me retourne déjà prêt à rire à la bonne blague : je suis bien momo! ». Les Arthur, Jérôme, Julien, Simon qui à l'usage tendent à devenir « petit'Jules », « Sim », « Gé », de véritables blasons. Toute l'horreur de subir l'Appel, l'écrasement de la liberté de la récréation réduite à un soi qui n'est pas nous. La chair de la chair qui nous précède. Atavisme. Le dépôt en nos âmes d'une histoire familiale. Le regard miroir est un arrêt.

Dans la « big famille » du cinéma, entre les histoires d'adultères et d'œdipe il est quelques titres qui ménagent un étrange suspens : celui du nom des personnages à l'In-Star de cette nouvelle nouvelle chanson française qui n'en finit plus d'égrener une interminable liste de prénoms, à croire que les producteurs, comme les éleveurs, décrètent que cette année-scie sera l'an des i et nous entendrons alors le filet de voix d'une Inès ou Isadora (exception faite de la sublime Daphné, parce que son prénom est celui d'une nymphe, parce qu'elle voit des couleurs comme des sons ou vice versa, parce que je suis amoureux d'elle).

Ces films suspendent leurs hérauts au flou de leur passé, à l'indécision de leur avenir. Il s'agira le plus souvent d'ad-venir au présent, au Là de l'histoire qui plutôt que de se tisser se noue. Des films donc qui se nouent. Exhumons deux titres de l'année des R : Rosine et Rosetta. Que cache l'absence de noms? Une perte, un secret; ou tout simplement l'indétermination.

http://www.abc-lefrance.com/fiches/rosine.pdf

Rosine de Christine Carrière avec Eloïse Charretier (que l'on retrouvera dans Darling avec Marina Fois dans le rôle titre) et une Mathilde Seigner plus naturaliste que jamais et surtout bouleversante comme sans doute plus jamais. Combien de réalisations pour Christine Carrière depuis 1995 : trois titres seulement(?) dont un splendide Qui plume la lune? L'intrigue? Passant télévisuel souviens toi de cette série Gilmore Girls, tout d'abord pour le charme de son actrice principale, mais aussi pour cette idée du personnage de la mère-enfant comme un être immature à contrario du personnage de la fille qui enfile la culotte du père et de la mère réunis en garant de l'ordre et du bon fonctionnement de la maisonnée. Cependant, Rosine ne patauge pas dans le décor de carton-pâte de la série américaine mais dans le désespoir de jours gris. L'usine. Un père qui se rappelle au bon souvenir, un revenant qui manifeste le droit de ses couilles. Une intrigue qui se dénoue mal, qui s'enfonce dans le peu de mots aux renforts des drames – la chienne de vie qui traine sur trois pattes grises sa gueule en carton affamée, un scénario qui s'intrigue en roman-photo et une réalisation qui s'attache contre l'histoire de ses personnages aux sentiments des cœurs. Un beau film en R.

Rosetta : qui se souvient? les frères Dardennes, Emily Dequenne (le scénario est édité). Blabla aurait dit Gille Jacob ou Yasmina Reza ou bien d'autres, dans une levée de boucliers écœurantes. La soi disant actrice non professionnelle révélée à cette occasion a rapidement clos le bec de ses pisse-froids – nous espérons juste que l'occasion lui soit offerte de nous redonner autant d'émotions. Une fille et sa mère... l'usine et une caravane. Le sens de la lutte. Il fut un temps où les canuts lyonnais dévalaient la Montée de la Grande Côte aux cris de « vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ». Ca vous parle? Rosetta, l'histoire te fuit, il reste ce nœud au ventre et ces règles douloureuses que le souffle chaud du sèche-cheveux peine à atténuer. Le sens de la lutte c'était, c'est ce que pointe la caméra des frères Dardennes, « un pas de repos pour les braves », une énergie à déployer dans le cadre qui vous étouffe, la distinction que l'on ferait à/avec peine un sèche-cheveux soufflant sur la souffrance entre mourir et crever. Un prénom comme rêve de liberté : une contre carte de visite.

Il est lundi matin, il est temps de se lever. Naturalisme, réalisme, vérisme, ou même réalisme poétique – la poésie sombre de Martha de Sandrine Veysset (à quand un nouveau film de Sandrine Veysset? A quand?); http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/article/mar... : « Martha est un film en crue » - travaillent encore le rectangle de pellicule, s'ancrent dans de précieux phares tel L'enfance nue de Pialat. Fasse que ce putain de 19ème siècle et sa révolution industrielle nous reviennent en pleine poire à l'heure de la révolution numérique, de l'oubli de la réalité crasse escamotée habilement à coup de palette graphique. Le retour du réel, c'est la misère qui tape à la porte.

« La rédemption de la réalité matérielle » peut-elle aboutir à une « histoire » heureuse? « Tout amorce d'intrigue me crispe la mâchoire » entendais-je il y a peu et par hasard. Deux films unissant deux prénoms, sortis à quelques mois d'écart, semblent se nouer autour de la naissance d'une intrigue : Angèle et Tony, Pauline et François. Une petite conjonction de coordination pour une réalisation qui s'attache à filmer la naissance de l'amour, la naissance d'une histoire après le désastre, un holocauste individuel. Les deux films nous lâchent au seuil du bonheur conjugal, à l'instant sans doute où les personnages retrouvent un patronyme. Mariage pour Angèle et Tony, nouveau départ pour Pauline et François. Cette espérance est le fruit d'une libération de la parole sous formes d'aveux/confidences et des frictions qui naissent de la fiction malgré tout : d'une temporalité qui avance en trainant l'inertie du scénario de départ; ce qui pourrait se traduire par le concept de décalage : décalage des personnage qui se cherchent une harmonie, décalage des personnages et de leur environnement, décalage du comportement des personnages et de la psychologie qui leur est prêtée. Deux disques qui tournent sur une platine. Daft Punk. Deux bobines quoi. Deux individus : un amour. 1+1 fait-il toujours 2, fait-il 1 : question qui est posée dans Incendies film adapté de la pièce de Wajdi Mouawad. Perso, je préfère au déhanchement de Clotilde Hesme sur son vélo trop haut dans ses vêtements serrés et une allure d'albatros ensablé le brame du cerf du film de Renaud Fély, le jeu intériorisé de Laura Smet qui contraste par exemple avec la fébrilité d'étoile éclatée de La frontière de l'Aube. Une Laura Smet qui dépasse en talent la somme de ses parents et dont la beauté de porcelaine fêlée se découpe dans des lumières silencieuses – à vous serrer le cœur tel ses accords reconnaissables entre mille, ce La là de Sir-Murat-le-plus-grand-chanteur-français-vivant. La fin de Angèle et Tony est une arrivée, le gain de « la décence ordinaire ». Pauline et François se termine sur une échappée. A vous de choisir. A vos films. A vos noeuds.

http://www.commeaucinema.com/cannes/bandes-annonces/jean-...

Chien à trois pattes.jpg

 

Signé aa

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