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01/03/2011

Carlos Monsivais/ Francis Alys: les indiens insoumis

Tout d'abord Carlos Monsivais: un "géant" de la culture méxicaine récente...Mais tout sauf une somme pesante, un critique intellectualisant. Non, plutôt un Monsieur très jovial brassant les références pour mieux leur redonner vie. Il était à la fois romancier, essayiste, affabulateur et aussi féru de cinema.

Paul Antonio Paranagua (spécialiste du cinéma d'Amérique Latine) parvient à décrire sa position singulière: "alors que les études cinématographiques tendent à la spécialisation et parfois à l'absraction, Carlos Monsivais le réintroduit dans un continuum culturel et social qui élargit la notion de recepteur et de public aux dimensions de la société toute entière...En même temps, face aux tentations positivistes récurrentes des foyers traditionnels du savoir, il replace son propre travail dans le cadre littéraire, il fusionne fiction et document, citation et commentaire, sensibilité et lucidité, évocation et création, récit et interprétation, il réconcilie mémoire et histoire". L'écriture de Monsivais echappe aux catégories étanches, refuse les frontières entre les différentes formes d'expression.

Ses Cartes postales méxicaines mêlent des descriptions filmiques, impressions extérieures, déambulations dans la ville, pensées aléatoires. Il n'y a pas d'analyse veritable mais la résonance des films n'en semble que plus forte. Grâce à lui, nous apprenons que les méxicains peuvent donner davantage libre cours à leurs sentiments grâce aux splendides mélodrames mexicains qui ont en quelque sorte légitimer leur ressenti ("le public méxicain n'a pas vécu le cinéma comme un phénomène artistique ou industriel. La raison du succés a été vitale; le public a vu dans le cinéma la possiblité d'expérimenter, d'adopter de nouveaux comportements et de voir confirmés des codes de conduite"). Et aussi Monsivais nous fait découvrir des visages impossibles comme celui de Célia Montalvan (la Josepha de Toni) ou celui de la belle Isela Vega (photos lien dessous):

http://starletshowcase.blogspot.com/2009/03/bring-me-head...

que l'on rencontre aussi bien sur l'ecran que dans des salles de bar, ou sur des affiches dans la rue, prolongeant le rêve et avec le même choc, nous dit-il par son écriture de la "dissémination". Et enfin ce n'est pas tout, il nous fait découvrir des "cinéastes" modernes, comme Francis Alys.

Ce dernier, lui aussi, est un "touche à tout". A la fois, photographe, vidéaste, peintre, il s'interesse à tout ce qui peut être lu comme une image où le Mythe et l'intime viennent s'entrechoquer. Il est célèbre pour avoir chasser les tornades, comme d'autres chassent les éclairs. Il faut le voir courir vers ces spirales peu rassurantes, se jeter dedans tout en filmant et en ressortir saôul. Julien Devaux lui a consacré un beau documentaire qui commence par cette rencontre avec la tornade. Sinon d'autres vidéos de Francis Alys, étonnent,  en particulier celle avec ce glaçon poussé pendant 12 heures dans les rues de Mexico et dont un chauffeur de taxi dira que c'est génial parce que cela "nous montre l'expérience quotidienne de n'arriver à rien":

http://www.youtube.com/watch?v=ZedESyQEnMA

encore des images, "à la frontière de...":

http://www.francisalys.com/

et un sacré mémoire (toujours au courant de tout, les étudiants...) pour ceux qui aiment les mémoires:

http://sophielapalu.blogspot.com/2009/04/sur-les-pas-de-f...

Mais surtout, il y a un livre de photos (qui laissent les bras pantois) avec un texte de Monsivais (itou pantois) intitulé le Centre historique de la ville de Mexico. Déjà on en apprend beaucoup sur la conception du centre-ville très différente de celle des villes européennes ( "la topographie urbaine ne souligne pas les contrastes sociaux car le Centre tend à égaliser les apparences", là où nous ne connaissons souvent que hierarchie et classe dominante). Et puis, le texte assemble des explications historiques, légendes, phrases relevés associées aux photos pour créer un "voyage artistique qui absorbe urbanisme, sociologie et expérience de voisin pour obtenir des images singulières". Le Centre est un lieu assez vide et hétérogène où peuvent se multiplier "les images potentielles", entre texte, prise de vue et réalité vécu.

A un moment où le gouvernement (?) français balaie d'un revers de la main les festivités de l'année du Mexique en France, il s'agit plus que jamais de plonger dans ces "univers" qui se servent de paraboles (je pense au terrible Nouveau catéchisme pour indiens insoumis de Monsivais, encore!) comme autant de manifestations d'une pensée complexe et généreuse.

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