Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/03/2011

Les naufrageurs

Une serie d'images croisées dans la semaine:

sur une chaine nationale, un reportage politique, "à la solde de", sur des jeunes en réinsertion. C'est un des sujets préférés des journaux télévisés avec une vision bien dichotomique: d'un côté la société qui fait des efforts, de l'autre l'irresponsabilité presumée affligeante et irrécuperable des "autres". Et que leur propose-t'on comme tentative de retour? De nettoyer des plages à longueur de journée, en enlevant tous les déchets et algues qui pullulent en abondance?? Par le froid qui règne et les kilomètres de plages à redorer, on commence à plaindre fortement ceux qui vont y aller. On apprend que ces jeunes désertent. De façon spontanée, notre empathie l'emporte. Mais seul, apparemment, car le journaliste les plaint amèrement. Pourtant, ramasser les dechets d'une société qui produit cela  semble assez curieux comme message d'espoir. Voir davantage. Ce bord que personne ne veut voir (images censurées, voir lien) ou pour lequel on en fait pas grand chose (juste un grand nettoyage avant l'été) devrait être nettoyer par ceux qui n'ont déjà eu pas grand chose.

http://mobile.agoravox.fr/actualites/environnement/articl...

En parallèle :

ce film-comête Paul (1969) du réalisateur au parcours cinematographique aussi fulgurant qu'éphèmère Diourka Medveczky avec Jean-Pierre Léaud (for ever). Là aussi, le rivage devient le terrain de l'amer. Des promoteurs immobiliers viennent en sabrer le paysage. Mais plus que cela, c'est la liberté chèrement acquise de Paul, qui les gêne et qu'ils viennent détruire. A petit feu. Le dispositif cinematographique unique relaie cette chute. Des mots blancs sur fond noir introduisent des suites d'images très sensorielles. Et quand la quête s'echoue sur la grève, les mots et les images deviennent atoniques. Hagard, le personnage de Paul erre, mais ce n'est plus la fuite ouverte de la fin des 400 coups.

Une tentative:

Jean-François Robic appelle le rivage "la rature". Pour lui, c'est une terre ratée, non productive, où vient s'echouer tout ce qui rate. A sa manière, il essaie de prendre part à ce rebus de vie qu'il rencontre. Glanant les débris de la société (polystyrène, bouts de bois...), sa demarche tente de "convoquer des fantômes". Les fantômes du passé (les pinséyeurs) mais aussi ceux auquels les temps actuels tendent. C'est également lui qui nous fait découvrir le "dernier jardin" du réalisateur Derek Jarman (dont on n'avait pas oublié les travellings sur les tableaux du Caravage). Sur une grêve anglaise à l'ombre d'une centrale nucléaire,  ce jardin essaie lui aussi de resister au devaste:

http://virginiedevillers.blogspot.com/2009/03/blog-post.h...

"Naufrager, c'est ramasser des débris" dit encore Robic. Il faudrait naufrager d'une façon au d'une autre, pas forcément artistique. Et comme dans le trafiquant d'epaves de Stevenson, "reunir au sarcasme le desespoir, dans un destin parasite" (Borges). Parasiter images et discours, trafiquer les images permettraient peut-être de retrouver le regard des "reinserés" aux visages floutés.

 

fb

 

Les commentaires sont fermés.