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09/03/2011

Les deux rives

Nous citions il y a peu Nedjma de Kateb Yacine, l’étrange structure éclatée, en étoile (« nedjma » n’est-il pas l’étoile en arabe ?) ; une figure que Yacine revendiquera et travaillera dans d’autres œuvres comme Le Polygone étoilé.

http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-4825593.html

Une autre particularité de ce roman, de ce texte qui nous questionne comme une réponse à L’Etranger d’Albert Camus, nous permet de tirer le fil (d’Ariane) jusqu’au film qui va nous intéresser : il s’agit de la temporalité, du temps de la narration, et plus largement du temps, le temps qui est le rien qui n’est pas rien, un coin de ciel bleu, une ondée, une notion fuyante qui échappe à la définition que notre entendement un peu léger saurait lui donner. Dans la foulée des heures qui passent, allons-y de quelques clichés : le permanent et l’impermanent, le flux et le reflux, ce qui ne peut être saisit mais nous saisit. - Si seulement nous pouvions être plus rapide que notre ombre ; mais malheureusement, nous nous retournons et c’est le dos du passé que notre regard arrête. *

Dans Nedjma, le temps procède par à coup, éclats, sans souci d’une continuité passé-présent-futur ; pourtant, à la toute fin, il se boucle. Une temporalité non euclidienne, l’étoile comme un symbole - rajoutons Nedjma (la femme, toutes les femmes, l’amour tout l’amour) - autant de motifs qui nous permettent de franchir le pont de l’imaginaire à la rencontre d’une charmante compagnie d’étranges aèdes : les surréalistes.

 

Pour avoir un petit aperçu des curieux individus qui constituent cette cohorte d’hurluberlus, rendez-vous à la librairie au Flâneur des Deux Rives, rue Monsieur le Prince. Vous y serez reçu chaleureusement, vous y trouverez… des livres, comme il est de coutume en pareil endroit - oui mais, pas n’importe quels livres, des livres constellés de mots -, et au fond de la boutique, une expo : Les surréalistes et le cinéma (http://www.choses-vues.com/blog/2010/12/les-surrealistes-et-le-cinema-1/ ). Buzzons !

Donc, dans cette boutique magique, nous y dénichons un critique, cinéaste et acteur Jacques B. Brunius (le Rodolphe d’Une partie de campagne et l’auteur de En marge du cinéma français) ; s’y côtoient une photographie d’Antonin Artaud en évêque et des apparitions de Jean Benoit en habit (http://www.arcane-17.com/rubrique,jean-benoit,1207992.html); on y voit L’invention du monde réalisé par Michel Zimbacca avec un commentaire de Benjamin Péret, film de masques et de fétiches, ainsi que des exemplaires exhumés d’une revue au titre en étendard contre la grisaille, le conventionnel, l’uniforme, et comme sans doute l’expression au plus près d’une vision du cinéma, Les lèvres nues.

 

Mais qu’elle est cette affiche qui trône au fond du fond de la petite librairie ? Ce long métrage avec Serge Gainsbourg en guest star ? Robert Benayoun, cet essayiste aimé, a donc réalisé des films ! Une heureuse surprise qui comble notre inculture. Le titre : Paris n’existe pas – Le temps en est le sujet… Le temps n’est-ce pas ce qui s’écoule, héraclitéen, entre deux rives ? Etant entendu que le fleuve sans berges serait la mort. ** A suivre.

 

aa

 

* Jacques Ancet dans Chronique d’un égarement, tout juste édité, essaie de dire le temps : http://jancet.canalblog.com/archives/2011/02/25/20487928.html

« C’est vrai : le jour me prend et puis me lâche. Il me laisse les mains, les yeux, la bouche vides. Il me fait dire ce que je ne sais pas dire. D’ailleurs, je ne dit pas : c’est lui qui dit. J’ouvre les mains, les yeux, la bouche. Ce qu’il en sort ne me regarde pas mais me regarde. Puisque tout est regard. »

 

** Les derniers mots de Chronique d’un égarement :

« - L’intervalle ?

-         Oui.

-         La vallée sans bords.

-         Oui.

-         Le rien.

-         Le rien, oui.

-         Ou le réel.

-         Ou le réel. »

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