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14/03/2011

Enrique Vila-Matas

Ce n'est pas tant le fait qu'Enrique Vila-Matas soit un grand écrivain qui nous intéresse mais bien plutôt qu'il soit venu à la littérature par la critique de cinéma. Très jeune, il collabora à Fotogramas et Destino, magazines mythiques "éditées dans une Barcelone que l'on en reverra plus". D'après ce qu' on a pu en lire, Vila-Matas multipliait fausses interviews, fausses critiques, fausses citations, réecriture de biographies et d'archives. Il pouvait écrire sur des films qu'il n'avait jamais vu, ne pas écrire sur des films qu'il avait vu et aussi plus classiquement réagir à des choses vues. Curieuse attitude, loin de tout sérieux et qui présume déjà de l'esprit shandy (selon sa définition "joyeux, loufoque et volubile" à l'image de Laurence Sterne) de ces futurs ouvrages.

http://lafemelledurequin.free.fr/intervenants/vila-matas/...

Quelques années plus tard, la notoriété acquise, il est revenu sur son passé de critique, "décisif dans son apprentissage d'écrivain". De courts-chapitres de ces abrégés relatent ces tentatives avortées de mise en scène, ces différents déboires avec des actrices et le maelstrom culturel qui régnait alors dans la cèlebre ville catalane. Tout autant que ces évocations, c'est sa façon de convoquer les images et les références cinématographiques qui interrogent. Au détour d'un paragraphe, une phrase de Nicolas Ray prolongent des réfléxions sur Jean Rhys. The big sleep de Hawks côtoit l'homme qui dort de Pérec. Le visage de Keaton, les films de Dreyer. Antonioni, Bunuel et Dali se retrouvent sous le régime des "jaloux". Brando rencontre Dickens. Au delà de la très grande culture de l'auteur, la volonté d'associer de façon inédite des images qui ne ressemblent pas, qui n'ont rien en commun permet des digressions qui font souvent sens (au sens dynamique, rien à voir avec une définition close, entendue, mais avec ce qui permet l'entrelacement désirant et ouvert de deux corps, cinéma et littérature). Ces rapprochements aléatoires préférent l'invention à l'unité. Les prologues à l'analyse. Et par la brieveté de ces telescopages, des nouveaux rapports à "ces images du passé" sont induits, bousculant le présent.

Perdre des théories, selon le titre d'un des ses ouvrage (comme on perd des voyages) signifie qu'il faudrait s'abstenir de rechercher dans ces textes des systèmes précis. Alors ,juste quelques occurences nous ont parues revenir avec plus d'insistance que d'autres. Au sujet des films, il est souvent question d' "êtres fantômatiques" et de "machines à désirer" (les machines célibataires de Duchamp, "composant un musée imaginaire dirigé par les femmes fatales")... Pour Vila-Matas, le cinéma aurait à voir avec la perte d'identité, la disparition des origines. En même temps avec une simulation, un(e) inconnu(e) ("après ce film,  j'entrepenais un voyage au fond de mon verre...").

Du côté du diable, sans le savoir...(E. Vila-Matas, à l'envers Satam Alive, Satan vivant)!

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