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19/03/2011

Périphérie: Mohamed Bourouissa/ Eric Chauvier

De nombreux sites internet qui répertorient des images captivantes usent de métaphore de stockage pour se nommer: "Les films de chevet", "la cave des introuvables", "les bibliothèques obscures". Y abondent des films et des références dans un effet d'entassement aussi vertigineux qu'indisctinct. Comme dans Mange ta soupe, on aurait envie de faire le tri, de soutirer quelques piles de livres/films pour retrouver un peu d'espace, de lumière. L'empilement de savoir de ces "boites noires" confine à un certain mutisme. Déjà différente apparait la présentation d'images, plus personnelle, que tente le vidéaste Joel Bartolomeo:

http://www.joelbartolomeo.com/video/laboitenoire.mov

Cette façon de tendre une image dans la main, assez simplement, avec la coupe au noir juste après, crée une tension où prédomine l'impermanence de l'image qui s'envisage, peut-être alors, à l'encontre de son emmagasinement muséal. Les tentatives du "donner à voir" ne seraient-elles autant d'occasions de remettre le savoir, ou la technique face à ce qui l'éprouve, ce qui éprouve? On peut se  demander si la perte d'assurance, la disparition des repères ne créent pas également des rencontres avec le réel. Si à la place d'une vision centrée comme une entité dotée d'une seule conscience, un regard qui invite ne serait pas plus propice à de l'inconnu...Passer du centre à la periphèrie...

De la périphèrie, deux "chocs" récents nous ont marqué, chacun à leurs manières remettant en cause le statut linéaire de lecture qu'on pourrrait avoir du lieu. Avec tout d'abord, une mise en scène de la vie quotidienne, la remarquable (et remarquée) serie Periphèriques de Mohamed Bourouissa (ci dessous, photo intitulée La butte):

 

images.jpg

 

Voilà comment le photographe est présenté sur le net, au travers différents articles: "Depuis 2005, il s’inspire des situations quotidiennes et intègre des références picturales telles Le Caravage, Delacroix, ou encore Géricault, et photographiques telles Jeff Wall ou Garcia di Lorcia. Ses œuvres s’envisagent comme des tableaux d’allégories contemporaines ou de mythes urbains". Ces références sont explicitement revendiquées par leur auteur. Mais jamais rien de seulement allusif. Les images semblent ici plus proche d'un "style indirect libre". Les photos ne donnent pas simplement la vision du passant et de son monde, elles imposent une autre vision dans laquelle la première se transforme et se refléchit. Il s'agit de dépasser le subjectif et l'objectif vers une forme différente qui s'érige en vision autonome du contenu. Les questionnements sont infinis de par cette suspension. Aussi bien au niveau du temps, de l'action, des rôles, de la traduction. On y voit un jeu où légereté et gravité se cotoiraient. Les références stylistiques quittent la sphère de l'individuel pour essayer de traduire du réel. Et surtout les photographies, elle-mêmes, peuvent être retravaillées comme jamais définitivement advenues. Les séries sont en effet reprises par leur auteur. Légendées, commentées, annotés, expliquées ("la butte est inspirée de l'aquarelle de Delacroix, s'intitulant Lionne déchirant la poitrine d'un Arabe, sorte de négation de l'individu") comme sur l'interview qui suit:

http://www.dailymotion.com/video/x8z6ct_portrait-mohammed...

un portfolio à la conscience poétique très marquée:

http://www.photographie.com/index.php?pubid=104253&se...

"Déconstruire une image". Déconstruire le sens unique, mettre à jour le "commun" d'une vision, d'une resistance se manifeste autrement dans les enquêtes faussement antropologiques d'Eric Chauvier, au travers du récent Contre Télérama. Chauvier travaille avec un enregistreur de voix, et un carnet de notes. Chaque livre est pour lui l'occasion de "s'inventer lui-même au contact des autres". Jamais l'auteur n'édulcore la standardisation de la vie dans ce que les sociologues nomment "le periurbain". L'ennui y est prégnant, comme partout. Mais là où les journalistes de l'hebdomadaire s'arrêtent à ce constat, l'ecrivain y voit un "potentiel de fiction, autrement dit, une aptitude à trangresser les standards d'une vie mutilée". Le livre se construit sur la captation de cette "énergie implosive" à l'opposé de l'état nauséeux dans lequel on souhaiterait plonger le lieu. Pour Chauvier, il s'agit de chasser ces visions sclérosantes. Comme dans si l'enfant ne réagit pas, où pour comprendre une adolescente placée en institution, il avait dû perdre ses théories d'antropologue, son savoir pour déceler dans la détresse d'une voix la vanité de la communication (en l'occurence médicale). A la rescousse, quelques bribes filmiques (Carpenter, Tarkovsky) lui avait permis d'avancer et de forger son observation. Avant que ces références ne soient aussi trop vagues à saisir les subtilités d'une fêlure. De même, dans Contre Télérama, la sensation de rareté de certains moments vecues à la periphèrie s'inscrit contre "un environnement artistique qui paralyserait la poésie intérieure". Les images de fiction du "periurbain" se créent contre d'autres, ou à partir d'autres dans le prolongement, hors de la caducité des constats. Le rapport à la culture serait double. Comme un outil d'approche , de traduction ou comme une façon de se forger à contrario.

A la péripherie aussi, il doit être "beaucoup plus difficile de se perdre que de s'orienter". Y compris en terme d'images. Difficile de faire advenir du nouveau, par delà ou avec des références. Il nous a semblé que les travaux présentés luttaient contre l'inanité d'un etat figé et le passage à l'oubli de choses vues.

fb

 

 

 

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