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23/03/2011

les flashbacks de Herz Frank

Flashback est né du court-métrage Ten Minutes Older, réalisé en 1978 par Herz Frank où, pendant 10 minutes, il filme le visage d'un petit garçon assis au troisième rang d'un théâtre de marionnettes... Dans la pénombre du théâtre, il tente de sonder les emotions révélées sur ce visage d'enfant. En 1999, il part à la recherche de ce petit garçon pour voir ce qu'il est devenu avec le temps. La déception est au rendez-vous. Le visage du désormais adulte ne marque qu'un etonnement mitigé face à ces retrouvailles. C'est l'occasion pour le film d'une volte. Le réalisateur se demande à son tour ce qu'il est devenu d'autant que le "tribunal du temps" demande des comptes. Lui qui n'a jamais admis l'idée que l'homme ne pouvait se connaître que devant l'ultime, le voilà aujourd'hui confronté à la mort. Sa femme est partie, emportée par une maladie mortelle, et lui a dû subir une opération cardiaque. Il voulait tout abandonner. Mais le défi de refaire un film a été plus fort que tout.

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Le film se construit sur ce procédé cinématographique qu'on appelle le flashback. Mais contrairement à d'habitude, il ne sagit pas de restituer un passé dans sa plénitude. Dans le film de  Herz Frank, les flashbacks sont très cruels en ce qu'ils présentent un défaut de temps. "Peut-être n'ai-je pas été assez présent à ce moment là, peut-être n'ai je rien remarqué de ma vie pendant que je me consacrais à mes documentaires", la litanie des regrets se nichent ici de façon poignante dans une irréversibilité du temps intime. Et le présent n'en finit pas d'accuser l'irrécupérable. Avec cette impossibilité de remonter le cours du temps, ces "retours en arrière" insistent sur la perte de ce que l'on a même pas su voir.
Et tout autant qu'un simple constat, les flashbacks semblent persister dans le présent sans rester dans leur case du "jadis". Ils créent une dimension bancale qui incite l'image à se créer sur cette irrécuperable. A ce moment là, les films de Herz Frank reviennent au présent. Le passé accuse le présent sur le peu qui reste à filmer. Si la fuite du temps ne peut être contrarié, ce qui sera filmé peut l'être (et doit l'être) sur le mode de la légéreté. Dans un autre de ces films, le réalisateur part sur les traces d'un ancien terrain de jeu. Il ne reste rien. Les flashbacks sonores en disent l'intensité révolue. Ne reste qu'un corbeau, seul vivant. Le montage le rend d'autant plus sympathique que sa façon de se mouvoir est traduite par des notes de jazz. Le reste d'une fantaisie du lieu?? Et dans Flashback, toutes les choses mortes provoquent l'exigence d'aller filmer "une joie de vivre" au coin de la rue .D'autant que cela est souvent loin d'être immédiat.
Le jazz et la peinture apparaissent souvent dans ces films. Au délà des références, leur citation a un rapport à la vie du réalisateur. Un lieu, un moment peut faire appel à un morceau, une toile. Par exemple, les tableaux  interpellent souvent comme des flashbacks qui introduiraient une traduction du moment, mais avec un malaise temporel fort. Ces oeuvres sont "appelés" pour sonder la valeur du présent. Dans From Centaurus, une démonstration équestre est mise en parrallèle avec des icônes byzantines (avec un très fort différenciel de valeurs, plus qu'un jugement). Dans Diagnosis, le corps humain a perdu son aura d'étude:
 
 Et surtout ces "portées temporelles" se font sentir dans Il était une fois les sept Siméon (quel film!). Herz Frank réalise un reportage sur un orchestre familial, composé de sept frères doués pour le jazz mais très contrariés par le régime soviétique. Trois ans plus tard, les sept Siméon et leur mère détournent un avion pour s’enfuir à l’Ouest. Ils échouent. Le déroulement de leur procès va opposer la simplicité de leur musique (désormais révolue) au martelement du discours doctrinal.  Et c'est un grand morceau de jazz qui emporte dans son rythme les coups de marteau du juge dans une fin à l'intensité dramatique difficilement soutenable.
A Riga, Herz Frank a fondé une école de cinéma. Une école de "cinéma-poèsie". On imagine la valeur de cette école. Sans doute, que les figures de styles y dépassent les procédés cinématographiques, comme chez Herz Frank...
 
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