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27/03/2011

Les mains vides

Dans le monde du travail, les études comportementales se multiplient. Des sociétés "bienveillantes" analysent nos moindre gestes pour essayer d'y déceler des carences affectives et morales. On nous annonce que nos mains nous "trahissent". Zut. Qu'on les croise et la sentence d'arrogance les accompagne. Qu'on les mette dans le dos et vlan, nous voici timides. Dans les poches, le style parait rebelle. Bien en l'air, on pourrait se meprendre sur une attaque. Le long du corps, pas mieux. Nos pauvres mains deviennent bien encombrantes. En sortant de ces "formations", la honte gagne mais c'était peut-être le but de tels rendez-vous.

A l'encontre de ces réductions, le cinema semble suggérer autre chose pour nos mains. Y compris récemment. Le travail cinématographique de Christophe Loizillon, par exemple dans son court-métrage Les mains, restitue de la compléxité, de l'ambiguité à ces petits "bouts" de nous-mêmes. Cinq amis du réalisateur les présentent devant la caméra. Le dispositif filme ces mains en plan fixe, au dessus d'une table, avec un éclairage simple. Chacune des personnes (dont on ne voit jamais les visages mais dont on entend les voix en off) évoque leur aspect . Puis vite, le sujet déborde, l'affectif affleure. Des souvenirs, de l'incertitude, du désir façonne les témoignages. Le temps se fait charnel. Les mains "s'envisagent" au plan avec une grande intensité. Ici, il ne s'agit pas de dévoiler des problèmes de communication mais plutôt de mettre à nu des objets sensibles. L'émotion comparait avec les mains dans le temps de la captation.

http://www.6nema.com/agatfilms/court-metrage/les-mains-2112

Dans un autre de ses films Ma caméra et moi, Loizillon fait coexister, ou plutôt s'entrechoquer, le désir qui passe par les yeux au désir qui passe par les mains. Le personnage Max (un des premiers roles de Zinedine Soualem), dont l'obsession est de tout filmer, tombe amoureux d'une masseuse aveugle. Les linéaments de la comédie se tissent sur le refus de la prévalence d'un sens par rapport à l'autre. Les mains en savent tout autant que les yeux, dans la séduction et dans l'art de faire souffrir. Elles sont tout aussi cruelles. Et ce "fou d'image" apprend à voir par les mains. Comme un reflet impensé. La caméra filme autrement de façon plus spectrale. Nicolas Philibert, dans un beau texte sur Loizillon, parle de "leçon de regard" (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/entrees-thematiques_830/...).  Un regard où cela serait les choses (la vie, l'amour, pas seulement l'art) qui se mettraient à nous regarder.

Le dernier plan de Vertigo laissait James Stewart les mains vides. Peut-être n'etaient-elles pas l'expression d'un manque mais l'image de ce qui demeure au sein de l'insaissable. Ces mains là ne se laissent pas résoudre en idendité. Si elles tendent vers le mutisme, c'est parce qu'elles paraissent "reconnu par l'inconnaissable" (Celan). Au temps achevé des déterminations, ces mains vides opposent un temps infini et démesuré. Du temps ouvert.

Et comme Julien Prévieux dans ses fameuses Lettres de non motivation (http://www.previeux.net/), on n'oubliera pas que toutes les poignées de mains ne se valent pas et que leur sens varient du tout au tout.

 

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