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10/04/2011

Poursuite

François Begaudeau a consacré un vibrant article au beau film de Marina Déak, Poursuite ou La grande vie. Il y parle d'un film libre qui se permet tout, avec des séquences "assez oniriques pour casser la routine du réel, assez réelles pour ne pas sombrer dans le confort onirique". Comme cette analyse le laisse entendre, le film sonde les clivages du réel et de l'imaginaire. On voit une jeune maman (jouée par la réalisatrice elle-même) tentée de mener tout simplement sa vie, affective et sociale. Etonnament, les scènes se construisent selon l'instabilité du réel et du désir melé (le personnage se demande si elle doit vivre avec quelqu'un qu'elle n'aime plus, juste pour avoir une pièce de plus, un logement plus grand; si, de ne pas avoir la force de toujours être présente pour son fils de sept ans et de vivre une vie affective comme elle l'entend n'est pas anormal...). Le questionnement sur la vie est rendu à fleur de peau. Les hésitations multiplient les malaises et créent une intranquillité permanente. Loin d'aspirer le personnage dans une dépression, la "désaissie" filmée devient génératrice de sensations paradoxales. Ce moment d'existence ne fuit pas, ni ne cherche à se justifier. Les contigences sociales se font "centre de sensations" et non répétition d'un être supposé. La maternité ne peut être une excuse pour brimer le désir. Même si du désir envisagé souvent l'insatisfaction prolonge la déstabilisation. Comme l'écrit Fabrice Marquat dans une autre analyse, "les coups pleuvent" (http://www.brefmagazine.com/pages/extraits.php?id_texte=402).

Une séquence du film:

http://www.lacid.fr/films-soutenus-42/article/poursuite-p...

Il n'y a pas que le questionnement nouveau qui nous plu dans ce film. Marina Deak semble également capter une qualité de temps. Elle suggère sa vitesse, pas seulement incarnée dans des personnages qui essayent de répondre urgemment au défilement apocalyptique des minutes, mais induit de ce temps relatif et replié. On se demande si la réalisatrice n'enregistre pas davantage le temps qui agit sur nous plus que nos actes qui le remplissent. Au point de s'interroger avec Rodrigo Fresan (dans son livre La vitesse des choses, au chapitre La fille qui est tombée dans la piscine ce soir là, ce chapite nous paraissant comme un portrait du personnage du film, évoquant la scène la plus érotique et décrivant une séduction): " je pense à cela et j'évite de me demander si on a poussé ma vie ou si elle a sauté dans la sienne, si sa vie a sauté ou si on l'a poussé dans la mienne. Il se peut que nos deux vies se soient poussées mutuellement et aient sauter simultanément". Avant Fresan, le poète de la rose et les épines du chemin voyait déjà la vitesse, comme une visibilité hative et informelle du désir. En echo à ces textes, toutes les tensions de Poursuite s'efforcent de révéler ce qui est en train de naitre plutôt que de s'attarder sur les représentations des devenirs humains.

 

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