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21/04/2011

Patrick, le photographe?

Au début des années 80, un jeune photographe a organisé des cessions d'initiation à la photographie dans les quartiers Nords de Marseille, pour une quinzaine de jeunes adolescents. Plutôt que de pratiquer un cours, il leur a confié les appareils, à eux de faire ce qu'ils en voulaient, et photographier comme ils le souhaitaient. La réalisation d'un livret d'une dizaine de page pour chaque adolescent venait clore ce temps du stage. Vingt-cinq ans après, ces images sont exhumées de l'oubli, au travers d'un enigmatique documentaire (Bar centre des autocars) où le photographe part à la recheche des jeunes de l'époque.

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 Ce qui nous plait énormement dans ce film, c'est d'abord l'humilité rare du photographe. Reconnu par ses pairs, travaillant dans une des plus grande agence qui soit (Magnum), son gout des images outrepasse tout pour se mettre en retrait face au travail des autres. Son film se construit "à plusieurs mains", avec des clichés et des témoignages de vies, qui lui sont étrangers. Le déroulement du documentaire ne se nivelle pas à une portée symbolique mais relate différentes expositions au temps qui passe, au sens photographique du terme. Au gré de ces recherches pour retrouver ceux d'antan, il y aura de fortes déceptions car la vie a parfois mal tourné. Mais il y aura surtout des retrouvailles émues. Pour certains, ce stage avait été l'occasion d'être un peu "autre", éloigné du domaine scolaire, et de "voir des choses qu'ils ne voyaient pas dans le domaine de la vie quotidienne". Et puis c'etait l'occasion de "se forger une identité", même si ces termes nous paraissent ambigus tant les reflets, autoportaits et décadrages parsèment les prise de vues. Ouvrir le temps (et le regard) ne serait-ce que quelques fractions de secondes aura permis à certains de trouver une passion et à d'autres d'envisager que quelque chose de différent est possible, contre la "prédestination". Chacun nous raconte son histoire à partir de ce temps T du stage et comment sa vie s'est contruite depuis lors. Un autre travail commence alors pour le réalisateur. Celui de confronter deux strates de temps en prenant exactement les mêmes clichés, avec les mêmes poses qu'avant. A l'intensité des visages du passé se substitue la couleur d'un avenir vécu. Les temps a laissé des stigmates mais d'autres sourires sont venus illuminer ces visages. Le montage savant de planches contacts fait s'entrechoquer, sans continuité, le désarroi du temps indécis au récit premier devant le monde. Un chant, entre plainte et contradiction de cette plainte, accompagne l'enchainement des plans tout en semblant provenir de ce choc. Et les lieux, ces quartiers nords si souvent critiqués, sont filmés avec beaucoup d'amour.

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Au moment où le ministère de l'intérieur (?) achète 45000 nouvelles caméras pour surveiller et punir la banlieue, on se demande bien ce qu'aurait produit ces mêmes caméras si on les avaient confiés à quelques mains...

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