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25/04/2011

Camping 2

Pour son film Juillet à Quiberville, le réalisateur Didier Nion part d'une expérience très proche de celle de Denis Gheerbrant, à savoir qu'on en apprendra beaucoup plus sur la pesanteur du travail de l'année pendant les vacances plutôt que sur les lieux même du travail. Sortis du contexte, les témoignages se font plus encore plus personnels, liés davantage à la vie qu'à la lutte de classe. Au contraire de Gheerbrant, Didier Nion concentre son film sur la rencontre d'une famille unique, des grands-parents aux petits derniers. Pour illustrer ce pourrissement du monde du travail limitant l'avenir à une répétition, les interviews sautent d'une génération à l'autre mettant à jour le même manque d'espoir, dans des sonorités de voix différentes et des experiences presque analogues. Un air qu'on ne peut définir "hésite entre son et pensée, entre avenir et souvenir". Seul le temps de vacances et surtout celui du camping permettent la reformulation d'un malaise avec la perspective d'un horizon délinéarisé pour un temps donné, celui de ce mois de Juillet.

Et une des grandes idées de Didier Nion est d'avoir construit son documentaire sur l'absence d'un horizon donné d'emblée. Car il ne suffit pas d'aller sur la plage pour penser que soudainement tout va pour le mieux. C'est seulement en filmant des petits gestes qu'un espace de vacance devient possible. La pêche aux coquillages, les courses en bicyclette, les différentes soirées créent, au fur et à mesure, une dynamique de l'endroit qui apparait par cercles concentriques. En refusant les plans de coupes hasardeux, en serrant au plus près de sa rencontre, ce documentaire donne à l'espace une fonction de contraction, où la détente veille ce qu'elle vit. A l'infiniment clos du travail ne se substitue pas un lieu idéalisé et très ouvert. Là où le réel tend à disparaitre (la peau de chagrin du travail), le même cadre tente désormais une figuration de la vacance des mains inemployées. On se rappelle que pour Bazin, tout documentaire devait enregistrer le réel comme "un miroir qu'on promène le long du chemin". Son voeu est ici exaucé avec un miroir de poche, à la dimension petite mais inséparable de la perception d'un temps qui fissure une dimension d'éternité. Les adolescents de cette famille sont filmés dos à la mer, qu'on ne voit qu'en très lointain arrière plan, et contre "les fleurs bleues" du rêve qu'elle pourrait entretenir. Ce film donne l'impression qu'on ne peut exister que contre les lieux et les rêves vagues, dans une façon singulière de se positionner physiquement aux choses environnantes. Il n'y a pas beaucoup d'avenir espéré. Les perspectives possibles naissent du conflit entre milieu et personnage, de ce qui ne va pas de soi et comme s'il fallait créer un quant-à-soi. Les plus jeunes le vivent à la dérobée, contre le soleil. Pour les plus anciens, il s'agit d'une nouvelle vision puisque le tour de France sort du cadre télé pour passer à quelques centaines de mètre du camping-car, sans que le montage du film nous ait prévenu d'une telle apparition la rendant d'autant plus hallucinée. De même pour l'installation du panneau de baignade, premier plan du film. On n'avait jamais remarqué que ce panneau rythmait la saison avec sa mise en place puis son rangement. Ici, un plan hatif, comme un instantané, de l'installation du panneau inaugure une parenthèse de temps dont sa plus grande force est de faire exister une différence.

Avant ce film, Didier Nion avait réalisé Juillet puis après, un film aux accents rimbaldiens 17 ans. Ces films se prolongent tant au niveau de la conception que de la réalisation. 17 ans décide de suivre un des jeunes de Juillet à Quiberville dans une phase d'apprentissage du travail. Le réalisateur et le personnage se sont accrochés mutuellement l'un à l'autre pour la concrétisation de ce projet, en avouant qu'ils ne leur restaient que ça. Cet aveu en dit long sur l'implication du réalisateur et sa façon de filmer au plus près, au plus clos. Voici un bel hommage de cet autre film sur le site de l'Acid qui milite pour un autre cinéma:

http://www.lacid.fr/films-soutenus/dix-sept-ans

Quant à Didier Nion, on l'a retrouvé jury d'un festival de documentaire sur internet, où il s'agissait d'entrevoir une autre distribution possible des films:

http://www.festivalpointdoc.fr/index.html

à suivre

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