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02/05/2011

Semi-vie

Le forum des images a organisé récemment un cycle intitulé "un monde de machines". De nombreux thèmes y ont été abordé, tous ayant trait au voisinage problématique des formes mécanisées. Un des temps forts de ce cycle était l'hommage rendu au romancier Philip K Dick. De nombreux de ces ouvrages de science fiction (il ne s'est en effet pas cantonné à ce genre) ont été adapté donnant des films très célèbres comme Blade Runner et d'autres tombés dans l'oubli (ou la semie vie pour reprendre une expression de l'auteur) comme A scanner Darkly de Richard Linklater.

A sa sortie, ce film a plutôt déplu du fait de son esthétique déroutante. Les plans sont issus d'une caméra numérique puis les prises de vue ont ensuite été retouchées avec un programme d'animation spécialement développé pour l'occasion (logiciel Rotoshop). Au début, on delaisse un peu l'histoire pour s'adapter à ces effets visuels perturbateurs. Le réalisateur a d'ailleurs prévu ce temps d'adaptation, le scénario stagnant dans une présentation hallucinée. Puis très vite, ce procédé sidère tant il semble traduire les empéchements des personnages. Ces derniers, usant d'une drogue inconnue dérivée d'une fleur bleue, frolent la léthargie. Et on ne sait plus trop si l' effet pictural traduit les errances intérieures aux résonances cauchemardesques ou si cet effet est la visualisation du scanner decryptant aussi bien notre conscient que notre inconscient, comme un oeil omniscient parcourant le réel. Entre surface de l'image et profondeur de l'inconscient, cette indetermination correspond à l'ecriture de Dick d'après ce qu'écrit Ariel Kyrou, "où le seule défense possible est alors de ne plus rien connaitre de soi", de ne plus tenter de connections causales pour ne pas être démasquer. Le conscient et l'insconcient trahissent. Le personnage joué par Keanu Reeves n'a d'autre alternative que de se faire "vide", reflet parmi les reflets. L'idée de ce scanner peut se lire comme un miroir qui n'aurait plus l'intériorité comme limite, grossisant sur la durée la déstabilisation. Et la picturalisation des images grave l'agonie latente.

Quelques images du film:

http://leslecturesdecachou.over-blog.com/article-a-scanne...

Reste le fin qu'on ne dévoilera pas, assez cruelle. On pourrait juste citer la phrase du philosophe Sloterdijk: "même si les robots, à l'éré technique, ont persuadé l'âme qu'elle ne peut être ce pour quoi elle se prend, il reste à l'âme désubstansialisée la fierté de souffrir discrétement de cette vexation". Le dernier projet d' Eustache (révélé dans le très reussi Dictionnaire Eustache dirigé par Antoine de Baecque) devait filmer le corps d'un rélisateur allongé, dormant (?) au milieu des machines fonctionnant seules (fax, ordinateur, appareil photo), peut-être comme une figuration de cette vulnérabilité.

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