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19/05/2011

Watchers

Du carré Baudouin où est organisé actuellement l'exposition du photographe Olivier Culmann Watchers, nous est donné à voir des séries de magnifiques photos ayant pour thème le rapport à la télévision. A travers le globe se multiplient les clichés de personnes vautrées, consternées, apathiques et très rarement emportées (les seuls cas existent pour la retransmission de matchs de foot). Comme dans la note de Robert Bresson où il était écrit que l'effet sur celui qui regarde etait souvent plus fort que la chose vue en elle-même, le dispositif photographique s'intéresse aux visages face à l'ecran. Médusés, les regards proposés illustrent le naufrage de la captation. Hagards comme au reveil, ces visages entretiennent l'espoir d'un ennui, de ne pas être vraiment concernées. Le livre issu de l'exposition reprend un parallèle de Serge Daney situant la télévision dans notre proche environnement. Ainsi on parle de "mauvaise télé comme on parle de mauvais temps". Il n'empêche que la multiplication des reportages et documentaires formatés assomment et désolent de tant de réel perdu.

http://mairie20.paris.fr/mairie20/jsp/site/Portal.jsp?doc...

Par Denis Gheerbrant, on sait que le mode de production des documentaires libres de ton et d'ecriture, et financés un peu par la télé, est désormais révolu. La voix sature désormais l'image comme jamais. Voix-off, commentaires, interviews reduisent le réel à peau de chagrin. Il s'agit de penser à notre place même pour de la bonne volonté. Ayant toujours le choix de "couper le robinet d'images" (JLG), on ne devrait pas trop s'en faire. Mais l'envie d'encenser ce qui resiste au formatage pousse à sortir du marasme ces maquisards du réel que sont par exemple Denis Gheerbrant ou Jacqueline Veuve découverte récemment.

Regrettant de ne pas avoir vu assez de films de Jacqueline Veuve, le propos ne peut être que liminaire mais totalement admiratif. De ces chroniques visuelles, comme sa Chronique vigneronne, le goût pour l'image rythme le montage. Un paysage, comme un champs de vigne perché sur une colline, est d'abord filmé en silence, longtemps, avec des cadres de plus en plus large, le lieu excédant définitivement le plan. Puis un parallèle avec une autre image effleure les lèvres, "cela me fait penser à une cathédrale". Filmé d'un bateau instable, la séquence prône l'énigmatique de la beauté. Et l'ensemble du film repéte cet incipit. Le travail de la vigne ne repose pas sur du déjà connu (tailles et vendanges), davantage sur des gestes anodins qui font perdre les repéres (filmer près du sol les serments, balayer les devants de cave..). Jean Rouch, dans un vibrant hommage, a comparé le travail de Jacqueline Veuve au livre Les travaux et les jours d'Hésiode. Dans la chronique vigneronne, au travail âpre succède une dégustation menue. La dégustation et l'allégresse entrevues en savent long sur la fatigue des jours. Et par son documentaire, la réalisatrice offre, au "watcher" devenu spectateur, un peu de temps face au réel retrouvé. Tout en n'oubliant pas que la réalité des deux écrans se faisant face dans la dernière salle de l'exposition Godard à Beaubourg signifiait, peut-être, avec acuité l'impossibilité de redimer le temps perdu.

 

http://www.jacquelineveuve.ch/lg_fr/txts.htm#rouch 

watching-tv-watchers-olivier-culmann-tendance-floue-8-297x300.jpg

 

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