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26/05/2011

« Rapide et furieux », puissance 5

Spéciale dédicace au cousin de 18 ans qui passe son permis en attendant les 19 quelque part à Knokke le Zout.

 

Voilà une chronique bien désinvolte. Une chronique débarrassée – enfin !– de ce vernis culturel que nous sommes si prompte à dénoncer chez les autres? Une chronique écrite entre une série d'abdos et de développés couchés, la bouteille de bière vissée au bout de la main, ou coincé dans le coude – si si impératrice c'est possible je vous l'assure. Je désarme, je dépose les armes blanches que sont mes auteurs favoris, et je me range – un peu comme les Inrockuptibles par exemple, vous savez ce magazine Strauss Kahnien que l'on déniche au rayon bio – au film de studio et de matraquage, et tout cela à quelle fin, dans le but avoué haut et fort de sortir de derrière mon futal un bon vieux fusil à pompe ou une « machine gun » à vous désosser le cervelas! Hé! Hé! La critique des Inrocks dans laquelle nous nous engouffrons est ici : http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/t/64476/dat... . Les Inrock qui tout de même sont partenaires de la prochaine rétrospective à la cinémathèque française de ce cinéaste de légende, dont nous aurons certainement à reparler : Ritwik Ghatak.

 

Ce qui saute au yeux dans cette Oeuvre (j'exagère? oeuvrounette alors...), dans cette production de série qui détonne, c'est tout d'abord... Vin Diesel. Je le veux en troisième ligne dans mon équipe de rugby type. Vin Diesel, un poème à lui tout seul. Lorsqu'il sort, pardon s'extrait, d'un véhicule, il ne sort pas comme le quidam, non, il s'en désincarcère! C'est avec une certaine émotion que nous nous rappelons la découverte de cet énergumène (acteur est un costume trop étriqué) dans Pitch Black (Les Chroniques de Riddik). Ce mec ne sait absolument pas joué la comédie, et c'est tant mieux. Allez Vin, refait nous ce petit regard compatissant de jeune chiot, rejoue-nous la tendresse – à mourir de rire...! Vin Diesel plus kérosène que jamais ou l'homme qui joue de son cou, pardon de son absence de cou. Heureusement, les studios américains possède une petite batterie de canons de 75 de scénaristes à l'imagination débridée pour nous l'agiter un peu notre Vin. No limit : Fast and Furious, 5ème variation, en est une preuve des plus éclatantes. Où vont-ils chercher ces scènes de cascades qui honorent littéralement la chute d'eau que ce mot de « cascade » désigne également?

http://www.youtube.com/watch?v=iIY5b1JMvGs&feature=fe...

 

Juvénile plaisir que ce blockbuster...

On se dit : « non ils (les amerloques) ne vont pas faire ça? Non? - Et si... » Deux minutes plus tard : « Non, qu'est-ce qu'il fabrique le type avec sa bagnole? Non, c'est pas vrai, il ne va pas le faire? - Et si... » Et nous progressons, de surenchères surenchères, en cascades en quelque sorte. L'histoire? – que l'on se rappelle une chronique précédente : comme dans tout bon film, elle tient en quelques lignes, aussi mince que le string d'une brésilienne aux fesses de brioche dorée. Et pourtant. Et pourtant, nous découvrons quelques vues d'hélicoptère des favelas de Rio empreintes de respect et d'admiration pour la beauté émanant de cet enchevêtrement d'habitations hétéroclites défiant à flanc de colline la baie et l'océan. Des plans contemplatifs dont l'étrange force provient de leur valeur quasi descriptives alliée à un spectaculaire provenant moins des moyens cinématographiques importants mis en œuvre, l'hélicoptère, que de l'énergie dégagée par cette ville qui acquière presque sous l'œil de la caméra un statut de motif, de lieu du mythe.

 

Et pourtant. Et pourtant quelle générosité des scénaristes! Et pas seulement dans les scènes d'action. Ils couvent leurs hérauts, les dotant de toutes les qualités : bandits au grand coeur, humanistes philosophant (il est vrai avec une louche dans le cerveau), mécaniciens, sportifs accomplis, soldats et stratèges géniales, experts en informatiques et nouvelles technologies, et j'en passe. Une générosité de scénariste ou une facilité pour passer outre la complexité que pourrait entraîner une psychologie détaillée des personnages? L'écriture procède par « figure » et "type" , puis par habillage, rajout d'attributs, et non par intrigues, silences et non-dits. Nous pourrions la comparer avec celle que nous trouvons traditionnellement dans les jeux vidéo : une ligne de jeu comme fil conducteur (des éléments perturbateurs venant déséquilibrer le parcours), des héros que l'on dote/vêt de diverses caractéristiques, de pouvoirs et d'un capital vie.

 

Une générosité capitaliste (par capitalisation)? Pas seulement et cela serait trop simple. Dans Fast and Furious, les « dons » des protagonistes n'apportent finalement, en terme de puissance et d'emprise, qu'une satisfaction invisible ou tout au mieux modeste à leur détenteur. Je pense plus tôt qu'ici – que l'on se souvienne des plans de favelas – il s'agit d'une réelle générosité. Vin Diesel en chef de clan ressemble à un bon vieux bouddha des familles, celui-là même que l'on pose sur l'appui de la cheminée et ce malgré un combat à mains nues particulièrement... pugnace! Dans le fond du fond que raconte Fast and Furious? - cette même histoire qui parcoure notre monde depuis l'antiquité en passant par l'île de la Tortue, celle de renégats qui s'agrègent moins en une famille (catholique dans le film, Amériques et Corcovado obligent) qu'en une smala : une bande de fieffés pirates nous rejouant la prise de la cité coloniale sous pavillon noire. A voir absolument, cette scène réjouissante et terminale où un coffre fort est trimballé sous les fenêtres du Rio le plus bourgeois; coffre-fort dont nous avons oublié de préciser qu'il fut arraché au poste central de police pour, vengeur, fracasser les vitrines de notre société de consommation. Bling bling cela fait. A voir, pour lorsque le coffre-fort est ouvert... mais chut! Il n'est pas question de permis. Encore moins de signalisation et de radar. Nous profitons d'ailleurs de ces quelques lignes finales pour rappeler à nos parlementaires l'étrange figure de Frédéric Rabiller, l'homme qui plastiquait les radars à notre place et sans doute moins par conviction que par solitude et désespoir. Frédéric Rabiller traqué comme un ennemi n°1 et aujourd'hui suicidé dans l'oubli. En voiture... fast and furious...

 

aa

25/05/2011

Time Machine

Depuis peu, nos vieilles projectionneuses aux défilements parfois intempestifs sont remplacées par des savantes machines numériques assurant un progrès certain, nous vante t-on. Beaucoup de spectateurs ne l'entendent pas de cette oreille et de rejouissants pugilats accompagnent, dans ces lieux, le visionnage de "classiques". Une fois de plus, on se rangerait bien du côté de l'esclandre. Forçe est de constater que le numérique n'a rien à faire des formats dans lesquels les films sont projetés. A la "va comme je te pousse", le bord du cadre est carrément coupé. Quid des mises en scènes géniales ainsi rabotées? Un tel sans gêne ne sait même plus quoi faire des anciennes machines à projection que l'on entrevoit abandonnées à l'entrée, et dont on ne sait pas si elles sont exposées comme vestiges ou si elles sont en partance pour fournir à des futurs arachnées de sympathiques balancoires metalliques.

Tout autant qu'une machine, un esprit des lieux semblent aussi se différencier. Par une très belle et très fournie étude écrite, La salle de cinéma à Paris entre les deux guerres, Anne Elisabeth Buxtorf rappelle qu'aller au cinéma à cette epoque, s'apparentait à "voyager en Utopie". Et ce n'est par goût du passeisme qu'elle écrit cela, mais plutôt parce que l'expérience de la salle s'averait tout autre, comme une veritable plongée vers l'imaginaire, dû au film et au lieu. Les premiers écrans surdimensionnés, la césure opaque avec le monde extérieur, les différents cadres, tout contribuait à ce que la séance prenne une "dimension quasi-spirituelle", comme l'ecrit Alexandre Arnoux redécouvert récemment:  "n'est ce pas un lieu soustrait de la ville, comme la montagne, et comme elle, fulgurant d'orages, où le coeur se dilate dans la poitrine, monte et arrache le poids du corps?"...Dans Mélancolie du cinéma, Desnos, en parlant de l'expérience surréaliste née de ce contexte, écrit sur ces spectateurs nouveaux, aux yeux mi-clos: "bienheureux cela dont la vie dramatique du sommeil est maitresse de la vie eveillé". L'apparition de ce "spectateur" se fait cependant à l'écart de toute dorure ou artifice architectural. Toujours Desnos:  "tous les artifices des lignes ne servent à rien. Le plus beau cinéma est peut-être celui du boulevard de Clichy parce qu'il a l'air d'un grand embarcadère...". Difficile de comprendre alors que l'on puisse se battre actuellement comme l'arrière petits fils des frères Lumières qui multiplie les sorties médiatiques pour faire classer "momument historique"  le cinéma familial l'Eden de la Ciotat. Le stuc a pris de la valeur et l'expérience cinématographiques d'antan sert de justification. De l'utopique au Monumental, les salles ont changé d'ère.

Quel avenir, autre que popcornisé, pour ces lieux qui ont arrachés tant d'émotions??...Peut-être comme le fait la Mexicaine de perforation organiser des séances "sauvages" dans les souterrains parisiens. L'illégimité du lieu ne serait pas sans rappeler la clandestinité originelle du début du XXème siècle, qu'évoque encore Alexandre Arnoux: 

"les cinémas appartenait encore à la magie. Tracés dans des chaos de vieux batiments, creusés, et équarris à la pioche, bardés de jambes de force, étagés de poutres qui obligeaient au torticolis, on y accédait par des couloirs aux articulations bizarres; l'atmosphère fumeuse et mouillée participait de celle qu'on prête au carbonarisme, à la messe noire...La projection tremblait sur l'ecran, s'y fixait mal, souffrait d'une fièvre épuisante, ondoyait, donnait le vertige et le mal de mer..."

ou faut-il conserver cheviller au coeur, brulé par "le soleil d'oubli" (Supervielle), que dans ces lieux aussi naissent d'obscurs dangers et des resistances tenaces, et que la technique qui rabote à des airs de lampe torche inquisitrice striant la salle comme dans le Marie d'Abel Ferrara...

http://www.urban-resources.net/la_mexicaine_de_perforatio...

 fb

19/05/2011

Watchers

Du carré Baudouin où est organisé actuellement l'exposition du photographe Olivier Culmann Watchers, nous est donné à voir des séries de magnifiques photos ayant pour thème le rapport à la télévision. A travers le globe se multiplient les clichés de personnes vautrées, consternées, apathiques et très rarement emportées (les seuls cas existent pour la retransmission de matchs de foot). Comme dans la note de Robert Bresson où il était écrit que l'effet sur celui qui regarde etait souvent plus fort que la chose vue en elle-même, le dispositif photographique s'intéresse aux visages face à l'ecran. Médusés, les regards proposés illustrent le naufrage de la captation. Hagards comme au reveil, ces visages entretiennent l'espoir d'un ennui, de ne pas être vraiment concernées. Le livre issu de l'exposition reprend un parallèle de Serge Daney situant la télévision dans notre proche environnement. Ainsi on parle de "mauvaise télé comme on parle de mauvais temps". Il n'empêche que la multiplication des reportages et documentaires formatés assomment et désolent de tant de réel perdu.

http://mairie20.paris.fr/mairie20/jsp/site/Portal.jsp?doc...

Par Denis Gheerbrant, on sait que le mode de production des documentaires libres de ton et d'ecriture, et financés un peu par la télé, est désormais révolu. La voix sature désormais l'image comme jamais. Voix-off, commentaires, interviews reduisent le réel à peau de chagrin. Il s'agit de penser à notre place même pour de la bonne volonté. Ayant toujours le choix de "couper le robinet d'images" (JLG), on ne devrait pas trop s'en faire. Mais l'envie d'encenser ce qui resiste au formatage pousse à sortir du marasme ces maquisards du réel que sont par exemple Denis Gheerbrant ou Jacqueline Veuve découverte récemment.

Regrettant de ne pas avoir vu assez de films de Jacqueline Veuve, le propos ne peut être que liminaire mais totalement admiratif. De ces chroniques visuelles, comme sa Chronique vigneronne, le goût pour l'image rythme le montage. Un paysage, comme un champs de vigne perché sur une colline, est d'abord filmé en silence, longtemps, avec des cadres de plus en plus large, le lieu excédant définitivement le plan. Puis un parallèle avec une autre image effleure les lèvres, "cela me fait penser à une cathédrale". Filmé d'un bateau instable, la séquence prône l'énigmatique de la beauté. Et l'ensemble du film repéte cet incipit. Le travail de la vigne ne repose pas sur du déjà connu (tailles et vendanges), davantage sur des gestes anodins qui font perdre les repéres (filmer près du sol les serments, balayer les devants de cave..). Jean Rouch, dans un vibrant hommage, a comparé le travail de Jacqueline Veuve au livre Les travaux et les jours d'Hésiode. Dans la chronique vigneronne, au travail âpre succède une dégustation menue. La dégustation et l'allégresse entrevues en savent long sur la fatigue des jours. Et par son documentaire, la réalisatrice offre, au "watcher" devenu spectateur, un peu de temps face au réel retrouvé. Tout en n'oubliant pas que la réalité des deux écrans se faisant face dans la dernière salle de l'exposition Godard à Beaubourg signifiait, peut-être, avec acuité l'impossibilité de redimer le temps perdu.

 

http://www.jacquelineveuve.ch/lg_fr/txts.htm#rouch 

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