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01/06/2011

César vs Hanoun

Michael Lonsdale a reçu un César pour son rôle dans Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois. Il y joue frère Luc. N’exagérons point le carat de cette palme académique et l’importance de la reconnaissance des professionnels de la profession : la distinction récompense seulement le meilleur second rôle masculin. Pas de quoi effectuer un roulé-boulé dans l’herbe. Pourtant M. Lonsdale est entré de plein pied dans une forme de célébrité sans doute méritée ; des applaudissements nourris qui honorent un statut déjà acquis d’acteur de légende. Pour l’anecdote, le César de meilleur acteur a été récupéré par Eric Elmosnino, l’homme à tête de choux de Gainsbourg, vie héroïque réalisé par Joann Sfar. Versons immédiatement une petite larme d’émotion car dans 20 ans seuls les intéressés se souviendront d’avoir été primés. C’est la dure loi du sport. Je regrette que Michael Lonsdale n’ait pas eu comme première récompense la principale, et ne soit distingué que de cet accessit. Heureusement que je n’ai pas misé sur sa barbe…

 

L’année 2011 a été marquée au cinéma par de nombreux films abordant de près ou de loin la question du religieux. Même le biopic sur Gainsbourg en porte la trace, puisque le point de départ de Joann Sfar est la judéité du chanteur : judéité ignorée, subie pendant la seconde guerre mondiale, sublimée ( ?) dans le succès par une position d’iconoclaste intégré aux modes et pourtant toujours différent. Un parcours qui n’est pas sans rappelé celui conté par Maxime Rodinson dans sa biographie inachevée Souvenir d’un marginal.

 

Bref ! Il est symbolique que ce soit par ce rôle de frère Luc que furent attirés les sunlights sur cet acteur magnifique. Certainement une des plus belle et riche carrière du cinéma français. Nous ne voyons que des monstres tel Gérard Depardieu pour concurrencer l’incroyable richesse et diversité de cette filmographie. Qu’on n’en juge (extrait Wikipedia) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Lonsdale 

 

Symbolique de l’époque sans doute, mais surtout de l’étrange surimpression entre un travail de cinéma et la foi catholique de l’acteur. Lonsdale a interprété très souvent des religieux ou des prêtres (que l’on se souvienne d’un de ses premiers rôles dans le Procès d’Orson Welles). A l’occasion de ce prix, il a dit lui même la singularité de ce parcours spirituel débuté au Maroc au temps de l’adolescence. http://www.lexpress.fr/culture/cinema/michael-lonsdale-je-suis-plus-heureux-aujourd-hui-que-jamais_976166.html. Ce prix marque donc une forme de rencontre, la conjonction entre un homme singulier, un film dans l’air temps, des préoccupations sociétales comme on dit et un succès au box office.

 

Le temps du cinéma, le temps de l’acteur sont-ils proche du temps de la prière ? Lonsdale est connu pour le grain de sa voix. Pourtant, son jeu nous semble plus marqué par la qualité de son silence. Le silence est aussi ce qui travaille la diction du texte, ce qui s’insinue dans les articulations d’une réplique, ce que Lonsdale s’ingénie à faire apparaître de sa voix/prononciation et débit particuliers. Le mystère de la présence Lonsdale est-il lié à ce temps de silence que le corps de l’acteur nous semble porter ? Cette qualité de temps que nous avons remarqué lorsque, par exemple, nous nous trouvons en présence d’une personne qui prie : un temps inspiré, aspiré par l’adresse à un être autre et supérieur, un temps qui intègre tous les autres (un temps de l’ange). Lonsdale jouerait-il donc comme on prie ? La sensation qu’il dégage en scène (appelons ces instants les « minutes Lonsdale » - une manière également de souligner le plaisir renouvelé de le croiser dans des rôles de moindre importance au détour d’une fiction) est celle d’un homme qui égrène en son for intérieur un chapelet. Cette posture, paradoxalement, n’annule nullement une certaine ironie et aura libertaire. Un humour qui a semble-t-il laissé froid quelques spectateurs orthodoxes de Des Hommes et des Dieux.

 

Nous n’en dirons pas plus sur le film de Xavier Beauvois que nous n’avons pas vu mais dont nous aimons Nord, et surtout N’oublie pas que tu vas mourir. Un a priori négatif et certainement stupide nous éloigne de cette histoire de moines massacrés au cœur de l’Atlas algérien par le GIA ou l’armée. Le réalisateur, de ce que nous en présupposons, c’est attaché à la vie ordinaire de ces hommes, à leur foi, à leur doute, à leur quotidien fait de survie et de prières, et certainement, à leur qualité d’homme libre (libre arbitre ?) et pourtant humble et soumis au sort que dieu leur a réservé. Bof ! Une ultime cène, un sacrifice finale aux noms de valeurs (lesquelles ?) telles que le don de soi, la résistance ? - Apparaissent bien trop souvent à mon goût sous la plume des commentateurs les mots dérivés d’humanité. Qu’est-ce que l’humanité ? Le hors champ est-il donc peuplé de barbus barbares ? Bof ! Les moines de Tibhirine pratiquaient-ils l’évangélisation subtile : je te soigne, t’aide, je te parle de mon dieu, et nous communions tous en chœur dans les bras de notre seigneur ? Bof ! Plus prosaïquement, ils n’avaient à mon sens rien à faire en ces terres d’Islam, n’en déplaisent aux grenouilles de bénitiers. - Une vision victimaire des algériens ?… A vérifier…

 

Nous arrivons à la fin de cette chronique sans avoir aborder ce qui nous tenait à cœur. Toujours le vide des mots. Des souris et des hommes, puis des hommes et des dieux, avant des chats et des dieux. La boucle est-elle bouclée en revenant à Joann Sfar dont le dessin animé vient tout juste de sortir ? Quittons le cercle tracé par Tom and Jerry. Célébrons un homme, un cinéaste toujours vivant, qui a fait de la forme même de son art un questionnement permanent. Le cinéma comme lieu de l’interrogation.

 

http://www.dailymotion.com/video/xd3zl0_marcel-hanoun-a-la-cinematheque-fra_shortfilms

 

Pourquoi Marcel Hanoun ?

Marcel Hanoun est sans doute le cinéaste avec lequel Michael Lonsdale a le plus travaillé. Une véritable collaboration qui apparaît comme unique dans sa filmographie éclectique. Deux hommes au parcours sans doute assez proche. Plusieurs chefs d’œuvres sont nés de cette alliance, dont les 4 saisons d’Hanoun : L’été, L’hiver, L’automne et Le printemps.

 

http://www.marcel-hanoun.com/

 

Pas vu de mention du cinéaste à l’occasion de la remise du César à Michael Lonsdale. Dommage, il n’était pas temps et pourtant son influence (écouter la tonalité de la voix et l’expression de Marcel Hanoun) fut certainement capitale pour le comédien.

Il nous suffit de dire Hanoun est Grand pour dire la hauteur d’une œuvre qui aide à vivre…

 

 

aa

 

 

PS : début aujourd’hui de la rétrospective Ritwik Ghatak à la Cinémathèque Française. Début hier du Festival Filmer la Musique.

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