Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/06/2011

Insomnie

Le mouvement du "video sniffing" est parti de groupes d'adolescents américains qui ont pris pour défi le fait de récupérer des images de vidéo surveillance, comme une provocation face à l'ordre ambiant. Equipés de toutes sortes de capteurs bidouillés, ils ont reussi à détourner ces images de leur principale destination de mouchard. Le phénomène a pris de l'ampleur et les projets nés de ces captages hybrides ont commencé à voir le jour sur la toile. L'art contemporain avec sa propension à hierarchiser les valeurs ne tarda pas à intégrer ces gestes salvateurs. Le marché banalisa la conduite. Et les auteurs se distinguèrent. Pourtant, quelque chose d'autre frappe dans ces diversions d'images. Au delà du résultat même des oeuvres produites et de la comparaison à un art consommé (auquel tend souvent le cinéma actuellement), c'est l'acte même d'un vouloir acharné qui sidère. Ce rapt, discret ou revendiqué, est parfois caractéristique d'une production où il est extrémement difficile d'arracher aux conflits des forces déchainées l'expression articulée d'un contenu. Mais à gestes de pirates, l'abordage ne vaut-il pas autant que le butin??

http://observers.france24.com/fr/content/20080915-cameras...

Souvent, l'illisibilité voisine avec le sublime par un montage qui se revendique heurté. La forme d'un rapprochement vaut plus qu'une oeuvre accomplie dans la génése même des films de ces "vidéastes". Le montage poursuit la captation en répétant la soudaineté de la prise. Mais que devient l'ancien cadrage pensé? Ne peut-il plus s'avouer qu'indisctinct et impersonnel? Oripeau du pouvoir? On se plaindrait bien avec Libé de libertés perdues mais on se demande également si ces caméras n'incarnent pas une absence de regard, de cadre et par là même, la possibilité d'une recupération, "de l'intérieur". Les recadrages donnent alors des images soufflées (un corps?), sclérosées de pixels prenant la base définition comme emblème de l'acte créatif. Plutôt que de reprendre la main par une idée d'ordonnace, l'illusion du hasard est également souvent maintenue. Et ce hasard entraine, pour le meilleur, une poésie cruelle de l'anodin comme dans le très beau La lettre du dernier étage d' Olivier Ciechelski. Nous n'avons malheureusement pas assez vu de ces films "sniffing" mais cette magnifique lettre crée des perspectives inédites. En multipliant les points de vues aléatoires (par des images au sommet des tours et des voix off déroutantes à l'accent asiatique, un récit syncopé troublant sur l'immigration clandestine) le film propose une écriture faisant de la déstabilisation initiale un style possible de l'errance où le dehors se singularise, très proche du vécu. Ainsi détournées, ces images de sureté vehiculant d'habitude une durée infinie infernale prennent la tonalité d'un instant et le rythme d'une pensée. Seules, au milieu des nuages, au lointain du réel, en révéler encore? 

http://vimeo.com/8653272 

 

2471384735_133441cb86.jpg

photo Doug Aitken 

fb 

Commentaires

Magnifique!

Écrit par : Vincent | 06/06/2011

Les commentaires sont fermés.