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05/06/2011

Camping 3

Ce printemps 2011 nous habitue chaque matin à un soleil resplendissant. De quoi rêver encore, à peine le pied posé. On se dit qu'on irait bien visiter des contrées inconnues, de nouvelles terres même revêches où nos sardines métalliques, un brin poussiérieuses, trouveraient un bon usage. A force de songer à ces téléportations impossibles "dans les grandes largeurs", on manque de rater les premières marches du métro. Ce bon vieux métro donne l'envie urgente de suivre à la trace ceux qui vaquent ("être sans" d'après l'etymologie), surtout ces réalisateurs qui font de leur document l'occasion de changer totalement leurs habitudes de pensées et de vies. Pour le grand Luis, comme il l'évoque dans ses mémoires, ce n'était pas la beauté touristique qui importait dans le voyage mais plutôt les expériences hallucinatoires qu 'il offrait. Nouvelles rues, nouveaux lieux, nouveaux campings (à prononcer à la belge en faisant s'envoler le "ing" final), comme autant de façon de rester aux aguets de l'aventure. Et Jean Bucquoy fait partie de ceux là, de ces voyageurs exigents. Par hasard, tombé récemment sur un de ces plus beaux films Camping Cosmos, un très bref hommage s'improvise.

 

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Adulé en Belgique, vilipendé de façon bien pleutre en France où il est souvent taxé de vulgaire, ce réalisateur a de quoi séduire. Le réel est pour lui l'occasion d'un combat aussi enjoué que viscéral. Fondateur récemment du Musée du slip pour nous rappeller que nous sommes tous égaux d'une certaine façon, aux cotés des grévistes de Vilvoorde dans leur résistance, ses prises de position affirment, selon ces termes, "la révolution comme le réflexe de l'homme vivant qu'il n'est pas nécessaire de légitimer par des raisons plus ou moins intelligentes" (voir wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_Bucquoy). Son parcours foisonnant traduit une indignation réelle, plus réelle que les airs de pique nique entrevus à la Bastille la semaine dernière. Et dans Camping Cosmos, on retrouve à chaque plan cette révolte faussement informe, ou qui simule l'informe pour mieux exister.

De ce film, on retiendra beaucoup. Le Ministère de la culture belge (qui en prend pour son grade) souhaite porter la culture au camping et pour cela, mandate quelques "specimens" d'animateurs culturels. Ces animateurs trainent des casseroles de déception, depuis les révolutions larvées jusqu'à l'exercice impossible d'un art. Mais leur lucidité détonne, avec cet instinct qui se bat contre la prétention intellectuelle et le serieux ronflant du savoir. La culture est ravalé au même rang que le cornet de frites, mais aussi généreuse que ce dernier (il faut voir la taille des cornets belges!!). Et de l'animation il y en a: cours de nitroglycerine pour les enfants afin d'assurer un avenir révolutionnaire, concours de chants à "s'epoumoner", combats de boxe à l'improviste, représentation de "La mère courage" dans le texte, le tout au son de Radio Cosmos qui passe des chansons dites pornographiques tel que "j'aime la vie"...Et egalement la présence de Lolo Ferrari, à elle seule toute une fête. On se souvient que dans les années 90, la télé en avait fait une bête de foire médiatique, un Freaks moderne. Ici, elle trouve un rôle à sa démesure, sorte de Messaline médusant les campeurs. Son rire les désarme tous, quant aux enfants, ils lui font un château de sable gigantesque où elle reste allongée. Car elle aussi, comme le film dans son ensemble, pratique l'ironie sur elle-même. Cette ironie est très belle parce qu'elle introduit à une sonorité aussi simple qu'autre et retrouve parfois dans de magnifique scènes une vigueur inédite. Arrachés de leur contexte habituel, les auteurs comme le terrible Scutenaire, ainsi lus ou cités de mémoire au soleil, regagnent leur valeur sacrilège. De l'imitation, une révolte existe encore, qui se fera avec les "petits" (car le film explore aussi les rapports foutus entre un père et sa fille, après 68). 

A la volée, on notera encore quelques formules telles que "les sponsors sont à l'art ce que les morpions sont à l'amour" ou "les désirs sont réels" peint à l'encre rouge sur les mobil-home (de plus en plus bourgeois), qu'il faut mieux avoir des moules que des poissons dans son aquarium... Et surtout on restera à l'affût du prochain film de Jan Bucquoy, à suivre d'urgence, et vraiment unique.

fb 

Commentaires

Ils sont fada ces belges. Déjà Boris Lehman...
http://www.borislehman.be/
BANANE (Bien Allumés, Nous Allons Nous Eclater) voilà un intéressant parti politique et un drapeau "fruit rouge et banane sur fond noir".
Merci pour la découverte. Je vois que dans son dernier film "joue" (?) Edouard Baer (un adepte?).
Vincent

Écrit par : Vincent | 06/06/2011

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