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15/06/2011

Mon diplôme, c'est mon corps

De Marie Pezé, on en était resté au lâche licenciement qu’elle avait subie l’été dernier...On ne comprenait vraiment pas que cette «docteur» en résistance, spécialiste de la souffrance au travail, puisse à son retour être touché par les pratiques de ce néomanagement dont le terme nous fait penser instinctivement à neofasciste (comme le situe cet article du Monde:http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/05/30/halte-aux-...  même si nous ne comprenons vraiment pas que l’Homme sans qualité de Musil vienne illustrer un propos dénonçant la bêtise des pères-supérieurs. On garde plutôt en souvenir les quelques lignes de Clément Rosset sur l’Homme sans qualité, qui devoilait les qualités sans l’homme, sans identité, où pouvait s’inscrire une fascination du réel). 

 

Mais Marie Pezé, l’auteur du «ils ne mourraient pas tous mais tous était frappé» (quel titre)  poursuit actuellement sa lutte dans un nouveau livre où de très précieux conseils sont distillés pour aménager la riposte. Très documenté en notions de droit, on sent que le ton dépasse le constat en organisant un quant-à-soi précis, au milieu du désert. Tout fuir, déserter et partir au milieu du pacifique comme Sterling ne serait-il pas plus urgent, que s’indigner?? Mais quant on ne sait pas naviguer et malgré les puissances magnifiques du rêve qui se déchainent, pas de rente à disposition, les impasses sont tenaces et «la tranchée de chaque jour»  sans solution innée. 

 

«Ils ne mourraient tous pas mais tous était frappé» fut adapté par Sophie Bruneau et Marc André Bruneau. Le dispositif à caméra latérale, proche de celui de Depardon, suivait «l’insuffisance tragique de la plainte» dans des cabinets spécialisés dans la souffrance au travail. Semblant débordé du cadre du film, une de ces interviews a donné lieu à un court-métrage, centré sur un témoignage unique, celui d’une femme de ménage. Mon diplôme, c’est mon corps  suit le recit de Fatima Elayoubi, sa difficulté à être reconnue par son travail, et l’indifférence à laquelle elle est souvent confrontée. Lors de sa prise de parole, elle reste debout, hésite à s’exprimer ou à quitter le cabinet, à sortir du plan. Le plan préexiste au témoignage mais c’est seulement par la présence revelée qu’il semble trouver une justification. Et quel témoignage, à demi mots, un langue qui s’ebauche, loin de tout discours, y compris syndical. Alors peut-on y voir comme l’ecrit Jean-Louis Comolli «l’impossible du corps révolté qui serait de sortir du cadre institutionnel et non du cadre du cinema», comme s’il y avait deux cadres, un cadre limité et un hors cadre salvateur??

http://www.desimages.be/spip.php?article137


Cela traduit beaucoup de privilège pour ce cinéma qui peut par ailleurs être une institution tout aussi sclérosante, iréelle. Il semble plutôt que les deux réalisateurs s’en remettent aux qualités premières du film, enregister le son et l’image de l’inconnu, un débord à la limite du cadre, une voix qui n’ose pas dire par ce qu’elle reconnait les lieux auxquelles elles est si souvent confrontée. Du minime, «le quotidien m’apparait comme l’epopée même», écrit Emmanuel Massart, désignant ce court métrage comme un tentative de re-«croyance» au réel. Croire un peu en l’autre, c’est déjà beaucoup, l’ecouter à l’encontre de la réduction. Et même pour Fatima Elayoubi, ce temps du tournage dû être différent puisque un magnifique livre, Prière à la Lune, parut peu après. Un livre sur la confrontation du corps à la vie: http://www.editionsbachari.com/ficheisbn.php?id=21

 

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