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21/06/2011

Espace Saint Michel : the saddest music in the world

Paris est-elle vraiment la capitale du Cinéma? - Un slogan merveilleux, orgueilleux, ou un cliché que vont certainement (et annuellement) s'empresser d'exploiter les communicants à l'occasion du prochain Festival Paris Cinéma qui débute dans une grosse semaine : - festival au demeurant sympathique qui permet aux marcheurs ou amateurs de vélib d'entretenir leur condition physique en plongeant (en nage) dans une programmation touffue comme une forêt vierge. A noter entre une nuit du cinéma bis Mexicain qui promet et une nuit sur le thème des femmes vampires (un pléonasme) (avec trois films de sieur Jean Rollin, paix à son âme, et un étrange film pakistanais de 1967, The Living Corpse) une rétrospective intégrale de Jerzy Skolimovski et un hommage à Michael Lonsdale (ave Cesar, et oh surprise! après Jaune le Soleil et Détruire dit-elle de Marguerite Duras (après Hibernatus aussi) seront joué les Saisons d'Hanoun, plus L'Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung et La vérité sur l'imaginaire passion d'un inconnu - parcours vertigineux est-il écrit).

Alors Paname : capitale du cinéma? Replongeons nous dans la programmation du prochain festival, pour pécher un autre poisson : les hommages rendus à Isabella Rossellini. Une actrice rare, et comme projetée par sa généalogie hors du temps; une vérité émanant de sa cinégénie que Guy Maddin a bien perçue et fixée dans notamment The saddest music in the world; Maddin dit d'ailleurs d'Isabella qu'elle peut jouer autant dans le registre un peu forcé du cinéma muet, qu'incarner un grand mélodrame des années 50 ou une aimable comédie familiale et ménagère, comme être une égérie romantique et échevelée – en un mot destroy – chez David Lynch. Dans la famille des « derniers qui seront les premiers », Guy Maddin fait sans doute figure de dernier grand cinéaste surréaliste. Après la dernière programmation de l'intégrale de son œuvre au Centre Pompidou, nous pourrons derechef vérifier cette assertion (slogan facile, orgueilleux cliché?) à la Maison Rouge du 23 au 26 juin :

http://www.lamaisonrouge.org/IMG/pdf/Festif_Winnipeg_du_2...

Et si finalement, dans le sillage du réalisateur de la lointaine province de Manitoba, Winnipeg n'était pas la véritable capitale du cinéma?

La Maison Rouge est un lieu, qui en plus d'être magnifique (près du port de l'Arsenal), se revendique d'un certain iconoclasme. C'est une structure privée – une fondation d'un homme, Antoine de Galbert pour être précis – qui se démarque singulièrement des établissements publiques : y furent organisées ces derniers mois et années, une exposition autour des pochettes originales de disques, une extraordinaire carte blanche, pour un choc visuel, à Jean-Jacques Lebel, ainsi qu'une confrontation entre l'oeuvre d'Augustin Lesage et celle de Elmar Trankwalder (du fer rouge chauffé à blanc); et tout cela sans aborder les curieuses réalisations aux titres énigmatiques telles que « Les recherches d'un chien » ou « Tous cannibales ». En bord de Seine, Surréalisme is not dead.

En attendant, Guy Maddin était lundi soir l'invité de l'Espace St Michel. C'est un homme grand, au cheveux courts et à la barbe blanche. Sa carrure est bien celle d'un joueur de Hockey. Il parle d'une voix posée, avec concentration; les jeux de mots et plaisanteries se distinguent à peine du propos, un léger sourire les trahissant parfois. Il émane de cet homme une grande amabilité. Pour l'Espace St Michel qui programme régulièrement l'oeuvre de Guy Maddin c'était l'occasion de le saluer mais également d'inaugurer un accueillant comptoir de bar en demi sous-sol entre le boulevard St Michel et la rue de la Harpe. Une bière artisanale à 2€50 (pour les assoiffer, prononcer « BEER » à la Homer Simpson!). A noter qu'à partir de septembre, se tiendront dans ce lieu de nombreuses rencontres et projections. A suivre.

Dans une ambiance chaleureuse et devant un public dont l'affluence qui, même si elle ne pouvait concurrencer les files d'attentes kubrickiennes de la cinémathèque française, compensait aisément le faible nombre par une joie spontanée et une qualité d'écoute à peine troublée par les inévitables tâtonnements techniques, Guy Maddin nous a longuement introduit en pays de cinéma, son pays, territoire entre fiction, auto-fiction, réalité, fantasmes et mythes. Isabella Rossellini oblige, il n'a pas échappé à la comparaison avec David Lynch. Notre canadien a été très poli, et respectueux de l'auteur d'Eraserhead; il a cependant clairement souligné la différence entre les deux filmographies; nous ajoutons que Guy Maddin est le maître et Lynch ou les frères Quay des épigones venant parfois pêcher en ses eaux. Si nous devions lui trouver un alter ego dans le cinéma contemporain par la puissance des forces (inconscientes, occultes) mis en œuvre nous penserions plutôt à Werner Herzog.

Guy Maddin a raconté comment né de parents déjà âgés, et trop fatigués pour l'éduquer, il a passé son enfance à regarder entre autres les albums de famille dans une forme de régression permanente, puis de l'adolescence jusqu'à la trentaine et les premières réalisations dans un long somme, à écouter de la musique du matin au soir. Le cinéma selon Maddin : rêver au passé. Un film selon Maddin : une tentative d'égaler la musique. La question du surréalisme ne lui a pas été posée, mais notons cette référence au sommeil, mais aussi sa lecture attentive de la biographie de Buñuel; des thèmes comme la jalousie (variation sur l'amour fou), que Maddin d'une voix étrangement calme a dit avoir expérimenté dans tous ses affres – son Dracula raconte cela, comment le jaloux fait exister une figure à laquelle au final s'identifie l'aimée -; le fétichisme, le goût du fragment et son corollaire l'amputation (« supprimer les jambes d'Isabella est un geste d'amour » dit-il), les séquelles infligées étant la manifestation d'un trouble intérieur; et enfin, son intérêt pour le mythe – Et les lâches s'agenouillent, par exemple, est une relecture d'Electre, et son dernier long métrage serait une adaptation de l'Odyssée, avec un Ulysse qui dans la tradition met 20 ans à retrouver le chemin de sa famille, et qui, dans le film se contente de rentrer chez lui par la porte de derrière afin de se coucher, ce qui confine selon Maddin au périple.

L'Espace St Michel est un cinéma qui approche de son centenaire. Une affaire de famille qui au début du 20ème siècle transforma un bouillon en salles obscures. Le cinéma fut la cible, en 1988, d'un attentat alors qu'était programmée La Dernière Tentation du Christ de Scorsese. http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS1323_199...

Longue vie à ces deux petits salles inconfortables cachées au fond de cette immeuble haussmannien, à ce cinéma, antithèse absolue de la cinémathèque française, où vibre une certaine mélancolie, une petite musique triste d'un autre temps. Heureusement pour notre tête fatiguée et rapiécée, nous avons suivi les advice of friend et across the bridge : Winnipeg – sa fourche - nous y attendait.

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