Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/07/2011

L'Assassinat de Mickey

Le Disneyland, mon vieux pays natal d’Arnaud des Paillères, vu récemment, séduit par sa singularité d’approche. En choisissant de filmer son sujet en plans larges et lointains, le film s’assemble par séquences où l’insignifiance des attractions et des défilés se lit malgré elle. De loin, ce parc parait despérement morne, les moments se répétant avec la même assommante absence de surprise. Des employés au spectateurs, tous semblent participer au rouage d’une mécanique capitaliste bien huilée. Ce film n’est pas une diatribe à charge auquel pourtant la moindre intrusion dans ce parc donnerait tout de suite l’idée. Il résiste à cette colère qui étreint, en insistant sur le malaise qui ne manque de gagner dès qu’on y prête un peu d’attention. Ce malaise résulte de la bêtise proposée, de l’ennui qui semble irrésistiblement gagné les enfants eux-mêmes, et de la contrainte des employés dont l’aliénation semble ici démesuré, avec ces visages peinturlurées aux sourires forcées. D’un certain point de vue, on se dit, grâce à ce film, qu’on n’est pas seul à trouver ce parc débile mais le film dépasse ce constat en allant jusqu’au bout de cette fadeur hypnotique. L’inquiétante fable du joueur de flûte laisse entrevoir tout un monde qui disparait, celui du rêve plus que jamais détruit, enfermé sous une parodie de grimoire. Un résumé entrevu sur le net décrit le film ainsi: «le réalisateur introduit le poids des cauchemars dans la machine de rêves». Sans doute saisit-il aussi cette stase de la médiocrité permanente qui se persuade de ce qu’elle n’éprouve plus, dans son incapacité à l’imaginer. L’ennui sans répit et la certitude d’un dégoût nous rappelle que, tant qu’à faire, si on pouvait éviter un tel lieu...

 

Le premier livre de Pierre Pigot, l’assassinat de Mickey Mouse, vient contrarier ce rejet intégral et immédiat qu’on éprouve quand on prononce le nom de Mickey. Cet ouvrage passionnant à lire plonge à la genèse de la petite souris pour nous en raconter l’histoire mouvementée. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Mickey n’a pas été ce «salaud sincère» (JLG) dès sa naissance. Vers 1928, et sous les traits du génial Ub Iwerks, il avait tout d’ «un anarchique et d’un loser». Multipliant les échecs et trébuchant sur le destin, son attitude dérivait du burlesque. L’image réglisse (magnifique notion crée par Pierre Pigot) crée des inventions suscitant l’imaginaire, les distorsions donnant lieu à une infinie variations de corps, d’histoires et de lieux. «C’est pourquoi Mickey veut tenir la barre du navire même s’il n’est pas capitaine, puisque c’est ainsi que de la soute à pelure à patates, on passe au grand air où on peut siffloter et profiter de sa liberté le long de la grande ligne de fuite qu’est le fleuve...». Mais Walt Disney veillait à ériger un mythe du capitalisme. L’image réglisse étant trop puissante, elle se transforma en une stérile «image tableau» où la fixité devint la règle, les yeux de la souris s’agrandissant dangereusement. Le Mickey «fellow» maladroit prit du galon, il se fit patron intransigeant, «à l’alacrité inébranlable qui déclare en permanence sa disponibilité pour s’amuser». Déclencher un rire s’avéra obligatoire, d’autant que ce rire perdait en intensité, le «fou rire» jugé indécent laissant place à un rire sadique, à l’encontre de, que Pixar actuellement réitère à volonté. La mort de la souris était proche et le très beau livre de Pierre Pigot part à la recherche de ce meurtrier imaginaire (ou réel Walt?) qui se vautra dans l’hypocrisie morale du divertissement. La soumission au pouvoir est discernée dans cette étude précise et le ton plait, tant il est parfois proche du roman noir. Il s’agit également d’une réflexion sur l’image animée qui trop souvent tend au linéaire et à l’absence d’ambiguité. Les amoureux de Tex Avery ou les passionnés des fanzines apprécieront la qualité des hommages rendus à ceux qui provoquent ou prolongent le rêve, ouvert et incertain. Pigot cite Breton lorsqu’il évoque la haine de ce dernier pour tout ce qui chez Mickey s’associait à la fadeur du conte de fées ressassant le «ce n’était qu’un rêve», "nous sommes sauvés" (Il y aura une fois dans Clair de terre). Le «rêve collectif» que W.Benjamin voyait au sujet des premiers Mickey n’aura guère durer que le temps du limogeage des dessinateurs trop géniaux. La dernière partie du livre tente alors de déceler dans la figure du Picsou un sauvetage de l’image réglisse. L’auteur nous parait insister beaucoup à sauver Picsou, pour ne pas voir en lui l’apologie transparente du capitalisme. Peut-être trop. Nous essaierons dans une prochaine chronique de nous tourner vers d’autres maitres de l’animation dont il semble que les enfants ont une perception propre, peu approchable pour nous, comme par exemple l’oeuvre graphique de Frederic Back.

 

 

à suivre

 

 

18_1.jpg

 

 

fb

 

Les commentaires sont fermés.