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13/07/2011

l'anniversaire de Kukuli

Le cinema La Clef, salle parisienne que l’on fréquente beaucoup tellement la programmation y est audacieuse, organisait hier soir  une très belle séance en fêtant les cinquante ans du film Kukuli. Avant d’y aller, le scepticisme était de mise. On songeait que si on se mettait à fêter l’anniversaire de tous les films marquants, le calendrier risquait de devenir surcharger, à moins de remplacer nos saints poussiéreux par le nom d’un film célèbre (tiens, c’est l’anniversaire de Citizen Kane...). Mais l’explication d’une telle séance festive fut vite fournie, ce film faisant date dans l’histoire du cinéma andin, puis péruvien, et sud américain. A la vision de ce Kukuli, Henri Langlois décida d’en faciliter la projection dans de nombreux festivals mondiaux, lançant ainsi le mythe à venir. De séances en séances, et par le bouche à oreille, les spectateurs lui réservèrent partout un accueil exceptionnel. Toutes les copies de ce premier film en langue quechua avaient brûlées, sauf une, retrouvée dans la banlieue de Buenos aires. Et si trop de films doivent leur légendes à la perte de la pellicule, celui-ci offre la chance d’une expérience unique de projection.

 

Le soustitrage en espagnol obligeait à s’en remettre au langage des images et des sons. Un problème? Pas le moins du monde, tellement ce foisonnement de costumes et de couleurs (digne de Duel au soleil) laisse stupéfié. Ce film fut coréalisé, en particulier par Luis Figueroa qui eut une immense carrière de réalisateur et fondit le cinémathèque de la Sorbonne, aujourd’hui disparue. La puissance des images de Kukuli semble provenir d’une rapport immédiat au réel saisi comme mythique. En même temps qu’une langue ancienne est enregistré, les plans cherchent à instaurer l’imagerie d’une culture indienne. Le film donna naissance à l’école de Cuzco, à l’encontre de Lima, à l’encontre des visions préconçues du monde indien. Aucun schéma rigide ne guide ses images qui voisinent du rêve, avec de magnifiques séquences à la sensualité exacerbée, où l’animalité est vécue comme ce qui fait peur mais qu’il faut pourtant affronté. Ces plans de mains qui se raccrochent aux pelages d’un lama ne sont pas prêts de nous quitter. Au delà de cela, l’ «antropologie visuelle» dont se réclame Figueroa interroge la place du mythe dans la vie, sa survivance, sa relativité ou sa croyance partagée par moment. L’histoire, celle du mythe et celle d’une culture, questionne plus qu’elle ne se donne en héritage. Le fait de recréer par le cinéma ce mythe participe d’une résistance qui s’additionne à toutes les résistances séculaires de ces «vaincus» (selon l’expression de Figueroa). Le film existe de ce lyrisme collectif où l’obscur du rite ne cède rien au folklore. Ainsi le documentaire retrouve peut-être la fable primitive en n’explicitant pas l’ensemble des représentations du mythe mais plutôt en saturant de couleur et de stupeur les mondes adjacents vécus. 

 

Au début, l’histoire parait simple: une jeune femme qui vit sur les plateaux descend participer à une fête du village voisin. En chemin, elle rencontre Alaku dont elle tombe amoureuse (quelle rencontre où les regards ont l’air d’influer sur le cours de la rivière!!). Mais en arrivant au village, Kukuli est enlevé par le «démon». S’en suit une convocation des élements primitifs (eau, ciel, feu) où la recherche de l’amoureuse change de dimension. Le plan ne se limite plus à l’identité humaine et au temps chronologique. C’est par une quête et un cheminement interieur proche de la «vision» que le film continue. Le carnaval traversé (influence d’Eisenstein reconnue) retrouve ici sons sens littéral de «chair oté». Et si certaines images peuvent paraitre surréalistes (comme les images finales sur la montagne du duel avec l’ukulu, bête du Mythe), elles proviennent d’une mémoire collective et multiple qui semble émaner au travers des siècles. Cette multiplication des sources est montrée contre la lecture linéaire et détesté, héritage espagnol. Il s’agit d’exposer la richesse complexe d’une culture millénaire plus que de suivre le déroulement d’une histoire où seule la fin compterait. Les linéaments de la fable côtoient l’infini et le film l’a magnifiquement rendu. Quant à la sensualité de Kukuli, et même si sa provenance est tout autre, elle n’a rien à envier à Monika, filmé à la même époque.

 

Et puis la vie de ce film est aussi remarquable. En ce qu’il repondait aux préoccupations de jeunes réalisateurs péruviens, il est devenu le film majeur de générations à venir. A partir de lui, d’autres projets pouvaient exister. La jeune revue toulousaine Cinélatino consacre d’ailleurs un de ces récents articles à un mouvement de réalisateurs peruviens actuels qui prennent cet exemple de contreculture comme trajectoire à poursuivre. Et c’est promis, le prochain festival du fil péruvien à Paris (déjà 6 de passer), ne se fera pas sans notre présence.

 

 

http://www.cinelatino.com.fr/contenu/tous-les-numeros

 

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