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15/07/2011

Marée basse à Vitry

Rien de mieux qu’une petite balade aux Portes de Paris pour se changer un peu les idées, voilà ce que le grand soleil du matin inclinait à penser!! Comment ne pas conseiller d’aller faire un tour à Vitry en partant de Villejuif: la traversé des ces deux villes n’a en soi rien de bucolique mais le panorama de l’est parisien qui émerge subitement vaut à lui seul le déplacement. Alors, pour passer ce jour de repos, on aurait pu, tout aussi bien, choisir un coin plus romantique avec un petit cours d’eau mais une exposition intitulé Itinéraire bis avait retenu l’attention en promettant quelque exotisme au coin de la rue. Involontairement, cela débutait plutôt bien.

 

 

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Le musée d’art moderne du val de Marne, à l’origine de l’exposition, a tout du lieu moderne à l’élégance feutrée, très à la mode quant il s’agit de parler culture. Le bâtiment dessiné par un architecte célèbre, le patio intérieur tout vitré, le jardin à la fontaine savante ont un petit air de déjà vu. Cinémathèque et consorts répètent à l’envie ces lieux identiques où l’aseptisé bat en brèche l’irrégulier. Néanmoins, si une personne cherche du calme, il serait judicieux de dire que l’endroit s’y prête à merveille. Pour y être rester un bon moment, je n’y ai croisé personne, à part les seules surveillantes fortes sympathiques que j’aurais bien accompagnées à la cantine voisine. L’impression d’assister seul à une exposition fait hésiter à pénétrer dans les pièces, on se sent comme une sorte d’intrus à la présence incongrue, plus que magna richissime pour qui on aurait réservé le lieu (quoique...). D’un oeil, la visite prit plus de temps. D’autant qu’il fallait faire la connaissance de 43 artistes, biographies incluses. L’exposition propose dans les grandes largeurs cette expérience du «pèle-mêle». Photographies, films, tableaux, sculptures s’entrechoquent à foison. Certains artistes ont juste une oeuvre, parfois réduite, pour exprimer un peu de leur univers, condensé à l’extrême. Une vie, une oeuvre et comme ces oeuvres ont pour sujet les vacances, c’est un peu une vie-vacance qui s’expose, concept séduisant. L’art contemporain raffole des concepts, mais cette exposition ancre davantage la pratique dans le quotidien. Chacun nous parle un peu de soi par une captation aussi réfléchie que se voulant simple. Le principe de ce pèle-mêle permet à chaque spectateur de retenir ce qui lui plait. De mon côté, voici quelques travaux que j’ai retenus. La présence hypnotique de la ligne d’horizon pour qui a passé de longues heures en automobiles est le sujet du film Seeland de Maryline Negro ( les fondus enchainés de routes islandaises introduisent à une durée infinie, très réaliste pour le passager et les morceaux d’Elvis Presley accompagnent le magnétisme). L’horizon ne décèle plus une arrivée, sa répétition introduit à un instant qui ne passe plus, transe du voyage. De son côté, Françoise Pétrovitch propose un film où elle demande à des proches (en voix off) une souvenir marquant de vacances accompagné de leurs photos de vacances respectives. Les bribes de passé s’entendent en même temps que se colore l’image à l’aune d’une intensité vécue (taches sur l’image qui en approfondissent le mystère, comme les points rouges sur le Mont-Blanc). Parfois, des câbles anodins, comme ceux qui tiennent un pont, reste ce que le temps ne gardera pas son silence. Ce petit film n’évoque pas seulement, mais cherche à saisir le souvenir, dans son ouverture d’espace-temps. La projection du film de Françoise Pétrovitch est située vers la fin de l’exposition (petite salle, «risque de passer à côté»). Entre autres, deux photographes sidèrent aussi: Jacques Faujour et Philippe Ramette. Le premier photographie les pêcheurs du bord de Marne, en banlieue parisienne, sans omettre la réalité du paysage, les tours, les usines et autres environnements immédiats. On ne sait pas trop comment il fait mais on sent bien qu’il a une immense tendresse pour ce qu’il appréhende. Ici, point d’exotisme et pourtant, la joie de la vacance s’y lit. Ces belles photos en noirs et blancs marquent par leur nuance et leur point de vue. Philippe Ramette, quant à lui, s’inscrit dans ce refus similaire de la retouche d’image mais d’une toute autre façon. Là où Faujour déclare photographier à la Cartier-Bresson avec un choix de cadres qui engagent, Ramette crée des situations incongrues à base de protèse qu’il cache dans l’image pour provoquer de l’insolite. Les sculptures (ou prothèses sous les habits) qui vont le porter constitue un risque et doivent inverser les relations de pesanteur créant ainsi selon l’expression de Ramette une paresse irrationnelle. L’espace devient espace de jeux et d’énigmes à l’encontre des situations habituelles, un homme à la verticale d’un arbre. Ces deux photographes ont peut-être en commun une lucidité de l’ailleurs où l’illusion du lointain est malmené, dynamité de l’intérieur (référence au cocotier de Bunuel). Les critiques parlent de burlesque pour Ramette. Sans doute en ce que sa présence dans l’image a l’air aussi incongrue que perdue. 

 

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De nombreux bloggeurs ont quelque peu vilipendé cet empilage d’artistes, sorti de fonds de tiroirs de la collection permanente du Macval.  De la multitude, on ne peut pas être disponible pour tout, on sera sans doute passer à côté de beaucoup de choses, cela sera pour une prochaine fois. On ressort pourtant avec dans la tête, des vues d’autoroutes, des clichés de pécheurs, des bruits de plongeoirs, des idées de départs, et des orages qui grondent en sourdine plein les oreilles (Orages, film d’Ange Leccia, sur deux écrans accolés, à voir absolument).  Et si l’envie vous en dit de prolonger l’exposition par une balade dans Vitry, tournez à gauche, vers la Seine toute proche et qui parait alors un peu différente...

 

dossier de presse:  http://www.macval.fr/francais/expositions-temporaires/iti...

 

 

(photos Ramette puis Faujour)

 

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