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23/07/2011

le Film-journal de David Holzman

 

 

Rémi Lange, en citant la distinction de Mekas entre journal filmé et film-journal, prenait beaucoup de liberté avec la pratique du journal telle qu’elle avait été envisagé par le réalisateur américain. Pour ce dernier, le diariste s’attaquait à une réalité qu’il n’etait pas question de remettre en scène: revenir filmer plus tard équivalait à «reconstruire la scène, les événements comme les émotions». Le réel se joue au moment de la saisie, qui crée sa propre existence ou langage, dans la distinction du choix. Ainsi, il existe une opposition assez marquée entre celui qui filme l’instant unique (pas de retour possible) et celui qui peut rendre fictionnel la scène et la recréer à posteriori, scénarisant le vécu (Lange). Si les deux pratiques peuvent paraitre aussi  esthétiquement judicieuse l’une que l’autre, ces moments filmés se contredisent dans l’abord.  Jim McBride (alias David Holzman) filme ce que le réel perturbe ou révèle, différemment mais sans doute dans la lignée directe de Mekas. Avec juste la possibilité d’être aider par un opérateur et remplacer par un acteur dans la découverte, Holzman aime le doute sans s’y complaire, la veracité important peu, moins que l’ «exposition» d’une vie.

 

Le documentaire de McBride, son Journal, ressort sur les écrans cette semaine. La joie de tenir une caméra, et de sortir filmer le «block» où il vit, est contagieuse. Il filme d’une traite des pans de réel comme on a l’idée de boire d’une grande traite un verre (d’alcool fort dans le cas de ce film). L’objectif ne parait pas assez grand, la caméra virevoltant comme si il n’y avait pas assez d’yeux, toujours en retard sur les infinis horizons. La splendeur de l’anodin surgit d’un lyrisme communicatif. Un mur filmé sur le même plan qu’un visage (celui de l’amie) recèle autant d’étonnement. La problématique de la vie et les relations conflictuelles bordent le cadre sans jamais éluder l’enthousiasme. Et surtout, il y a ces plans vides où il ne passe pas grand chose. Loin de constituer des plans de coupe, cette volonté de filmer des murs, comme si ils en disaient beaucoup plus sur nous que n’importe quel discours, détonne par l’arrêt devant leur hypnotique surdité. Ces murs ne sont pas sans rappeler les cheminées newyorkaises prises par Kertesz vers la fin de sa vie. Le cadre importe sans doute. L’aspect sériel décrit du proche tout en mettant à jour une béance du regard où vient s’inscrire du temps autre, comme un point d’orgue au courant. 

 

En ce mois de Juillet, les films centrés sur la personne se multiplient. Il faut avouer être passé à côté du I’m still here de Casey Affleck où est filmé la trajectoire d’un acteur dont on se faisait une plus grande idée, et où la carapace de la personnalité ne se lézarde pas beaucoup, reste peu problématique, luttant contre une industrie ou un star system crée en même temps que dénoncé. Coming apart de Milton Moses Ginsberg (déjà retiré de l’affiche à peine une semaine passée) ou The trip de Winterbottom reprennent également le temps de l’introspection. La pluie abondante devrait permettre de faire un rapide tour des différents styles. Mais si le film d’ Holzman touche plus que celui d’Affleck, c’est parce que faire le point arrivé à un moment donné, aussi déjanté que cela puisse paraitre, semble peut-être moins intense que celui qui essaie d’être encore au milieu des choses, des passions et d’une découverte crée. Le Journal de David Holzman garde pour l’image son enthousiasme que la fatigue ambiante ne soutient plus. A moins que deux fatigues ne rivalisent, celle qui accuse le monde  et celle qui, épuisé par le poids du contraint ou de la bêtise, laisse entrevoir quand même un retour du possible à partir de l’existant. Son film parait comme une bouteille à la mer, sûr de ne jamais être reçu, d’autant plus poignant qu’il reste aux confins du non projeté, sauf par cette ressortie heureuse...conseillée!

 

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