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04/08/2011

Curiosa

D’ou vient la curiosité?? Le Mythe de Pandore ne découvrait-il pas cette qualité féminine, trop souvent assimilé à un défaut ou au péché?? Et que sait-on des curieux de tout temps?? Jusqu’alors par grand chose...Jusqu’à ce qu’on tombe sur ce documentaire sacrément ficelé Animal Muséum de Marie Freiring et Philippe Poirier...Au Moyen-âge, les cheveux de fées, cornes de licorne et autres dents d’ogre constituaient les premiers cabinets de curiosités improvisés. Le mystère de la création s’exposait, par toutes ces arcanes. Les Lumières, puis de grands chercheurs du XIXème siècle, poursuivirent ces quêtes dans de grandes largeurs . Au mystère des origines, s’adjoint la découverte de la vastitude du monde. Par goût de l’image, davantage que par idée d’épuiser le monde, la catalogage d’espèces commença. Le documentaire Animal Museum essaie de montrer ces différentes époques. Il ne prend pas le partie de la reconstitution qu’il sait par avance improbable à faire percevoir. La création d’une imagerie, avec des bouts de lumière comme on dirait des bouts de chandelle, est tentée. Une focale flou et un empilage d’objets hétéroclites, savamment disposé entre grimoires et dés, évoquent l’allégresse du Moyen-âge. La netteté l’emporte à l’époque scientifique et les planches d’animaux (ou d’insectes) épinglés affrontent la variable de l’infini, en silence face à tant de splendeur. Sans doute peut-on contester des tels partis pris historiques aléatoires (flou pour l’un, net pour l’autre), mais tout au long du film, il y a cette idée de télescoper les regards, de voir comment l’observation des scientifiques du dix neuvième siècle peut avoir un quelconque rapport avec notre façon de voir ou de filmer maintenant...L’incertitude des regards forme le déroulement de ce documentaire. Les époques se renvoient des interrogations, mettant entre parenthèse le continuum historique.  De tels classements d’espèces ne relèvent-ils pas de l’expérience de la fascination?? Nommer et trouver un langage pour ce qui sidère, autre que didactique, ne renvoie t-il pas à une forme d’ecriture du document (aire) interrogée par ce qu’elle découvre?? Et que peuvent bien nous dire toutes ces sauterelles sous verres?? Stanley Cavell, dont nous désespérons à restituer toute l’immense pensée, notait ceci à propos de la façon de filmer d’Hitchcock, face aux animaux empaillés de Psychose: «son témoignage montre qu’il est autant la victime de son métier qu’il en est l’inquisiteur, la proie autant que le chasseur, en autorisant qu’on lui renvoie son regard». Proie du regard, «non pas dans une direction inconnue, mais en quête d’une orientation»sans doute bien maladroitement, le parallèle peut être tenté pour ces planches de savoir, certaines arrachées au prix de mille danger...La patte de la langoustine tombe sur un disque entrainant un champ mélodieux des sirènes, au riff suspendu dans un plan au temps distendu. Et de cette mémoire formolisée, l’inquiétude se fait précise. Des grands professeurs japonais viennent chaque année à Strasbourg pour travailler sur des spécimens à jamais disparus. La faune et la flore de la richesse de leur mer se voient dans ces bocals. La récente triste actualité «des centrales» n’en finit plus de créer du désert dans ces fonds marins que l’on rêve peuplé. Le voyage de ces scientifiques se fait d’autant plus cruel que leur étude s’accroche à autre chose que du pathétique.

 


Animal Museum par BixFilms

 

 

Ne serions-nous pas trop prompts à encenser le moindre documentaire dès qu’il parait un peu original et alors qu’il a été mandaté?? Encore une fois, laissons parler l’enthousiasme. Le fragment ne fait pas le film. Les citations de JLG détournent souvent le document de leur source initiale. Notre humeur gronde volontiers contre tous ces documentaires estampillés Arte qui faute de citer, ne savent même pas la valeur de leur trouvaille d’archives. On aurait bien chaviré, mi Juillet, avec la voix de Janis Joplin, mais à peine le morceau entamé, la coupe sommaire du montage vient sabrer la voix. Naufrager un plan, lui donner un temps, voir comment le document ne passe pas ou alors comment il s’étire dans son intégralité, semble une qualité assumée d’Animal Museum. Le combat des aigles, magnifiquement mis en image, trouve un temps d’icône. Bataille de fragment, ce film essaie de composer un présent avec ce qui reste, à partir du fascinant. Ce «fascinant» dans le regard pris de Méduse n’a que faire des secrets de derrière l’apparence. Cul-rieux, selon l’expression de Duchamps,  le regard ébloui, prolonger l’envoutement des notonectes???...

 

 

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Commentaires

And now for something completely different : http://www.youtube.com/watch?v=RWBoYIXg7uk
Un documentaire sur la passion des japonais pour les collections d'insectes dont je n'ai vu que des morceaux, disséminés sur le net.

Écrit par : pradoc | 05/08/2011

Coucou, il ne faut pas oublier que les cabinets de curiosité furent d'abord collection de tout ce qui est rare et déroutant, au premier rang desquels les monstres. Petite référence philosophique sur le rapport entre la classification naturelle et le langage: Dagognet, Le catalogue de la vie. Continuez, c'est toujours aussi excellent! Bertrand.

Écrit par : bertrand | 07/08/2011

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