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12/08/2011

El Desdichado

 

Lune - 110811.JPGLa Lune au 11 août ;)

Eh terriens! What did you expect? - Ce n'est pas Nicole Kidman qui le dit dans la pub pour Schweppes mais Kirsten Dunst dans Melancholia de Lars Von Trier...

 

Le fil conducteur qui relierait Super 8 à Melancholia tout juste sorti sur les écrans après une sélection « remarquée » à Cannes est si mince qu'il confine à la transparence. L'imaginaire de JJ Abrams traîne pourtant du coté des astres, de la Guerre des Mondes, de Star Wars, des « signes parmi nous », d'une certaine couverture tapissée de métaphysique plus ou moins opaque que le « Bien » et le « Mal » s'emploieraient à tour de rôle à tirer à lui (Lost). Dans le genre du film catastrophe, JJ Abrams fut bien le scénariste d'un Armageddon qui nous a laissé, malgré notre goût pour le genre, un souvenir rendu pénible par le patriotisme exacerbé et pathétique de nombreuses séquences (digression : - produire un sentiment de dégoût de tout héroïsme était peut-être le but inavoué du scénariste, sait-on jamais?!).

Melancholia est un faux film catastrophe et un véritable Armageddon. En levant un bout de voile sur la fin du film de Lars Von Trier, nous trouvons bien une scène classique du genre (que l'on se remémore Téa Leoni attendant sur la plage le tsunami dans Deep Impact) – désolé de décevoir, mais vous n'avez encore rien vu -; nous avons bien une description des rapports sociaux et familiaux, mais dans Melancholia, ils ne sont pas pas éclairés à l'aune de la catastrophe, seulement à l'aube de celle-ci et isolée dans une première partie qui ignore le cataclysme. Un faux film catastrophe donc et une oeuvre qui provoque la « médusation » à un point tel que même celui qui est étranger à cet esthétique en restera bouche bée à la vue de cette mécanique céleste. Rares sont les films qui laissent le spectateur sur le trottoir à sa solitude et muet, dont la projection est un événement qui scinde le temps en un avant et un après, qui, passée l'émotion, continuent à tracasser, et enflamment les débats. Aux quelques curieux et rares spectateurs qui s'égarent ici, nous laissons la « libre antenne », contactez nous et faites nous part de vos impressions, analyses, opinions pour les plus pressés...

les familiers de l'oeuvre du danois reconnaîtront nombre de ses préoccupations, de ses recherches cinématographiques; c'est comme si les ambiances poisseuses et neurasthéniques des premières oeuvres s'additionnaient aux inventions esthétiques de la période dogma et de l'inquiétude qu'elle ouvre sur la condition humaine (Les Idiots), ainsi qu'au formalisme de ces dernières années, à la réflexion menée sur le mélodrame, ou du moins sur un type de jeu d'acteur que nous identifions aux mélodrames américains. Melancholia serait dans l'oeuvre du cinéaste tout à la fois un équilibre (notamment dans l'usage du numérique) et une acmé. Après un prologue qui instruit le spectateur de la fin (conférant à l'ensemble une aura de tragédie), le film se compose de deux parties, du prénom des deux personnages principaux, deux soeurs : Justine et Claire. L'onomastique a sans doute son importance dans la description de deux tempéraments : une Cassandre, Justine, portrait du tourment, de la part irrationnelle de l'âme, d'un au delà du raisonnable, d'une certaine dimension de la justice – non la justice des hommes, mais celle d'un dieu au couleur du diable qui renierait sa créature empêtrée dans les contingences et les lâchetés -, et celle de la raison, Claire, de la mesure, de la bienséance, de la défense d'une moralité qui trouve sa représentation exemplaire dans la condition et le sentiment de l'amour maternelle. Les hommes (ceux qui ont le sexe qui pendouille) sont dépeints, d'une façon ou d'une autre, comme des misérables.

Même en s'efforçant de réduire ce film à une maigre trame, il plonge dans un réservoir commun à tous d'intranquilité où flotteraient les esprits d'Ibsen pour la scène du mariage et de Strindberg pour le tête à tête des deux soeurs avec la présence (danse) de la mort. Melancholia dialogue sourdement dans nos esprits avec le symbolisme (sans que nous fassions référence explicitement au courant artistique de la fin du 19ème siècle) et certains romantiques (jusque dans les replis les plus sombres comme l'attesteraient les propos tenus sur le ton de la mauvaise plaisanterie lors de la conférence de presse cannoise du réalisateur). Un symbolisme pris dans les rets du mystère : Edvard Munch peut-être, Eduardo de Chirico évidemment. Nous sommes bien conscient de nous raccrocher à un vernis culturel et d'éviter ainsi un regard vers le fond de la « dépression » largement ouverte. Il serait intéressant d'ailleurs – sous l'optique particulière d'une gnose – de comparer cette oeuvre avec celle d'Andreï Tarkovski, avec Nostalghia; de frotter deux images, mais également deux états émotionnels. Nous ne pouvions pas laisser passer ce titre de Mélancolia, cette bile noire. Il est vrai que, plus encore que la mélancolie, l'oeuvre de Lars Von Trier touche au champ de la dépression – la mélancolie au bord de la démence. Le film est encore plus impressionnant, si on le regarde comme la description/perception d'un état particulier d'effondrement (la mort de l'étoile).

Alfred KubinAlfred Kubin. L'Epouvante

Un faux film catastrophe, car bien plus que la destruction et la mort, c'est ici le néant qui est contemplé, et, un néant qui contamine la narration de sa lumière non pas blessante mais étrange; les faits concrets : mort du mari, scène de sexe sauvage, discours de mariage, se découpent sur cette arrière fond sombre en fragments « unheimliche ». Un faux film catastrophe et une plongée dans une caldeira intime. L'étoile qui meurt n'est pas Antarès, mais Hypérion (le satellite de Saturne). Ecoutons les poètes, Hölderlin, Keats, Nerval :

 

« Plus il y a d'humains moins il y a de joie »

 

« Mais à nous n'est donné

De nul part le repos,

Ils passent, ils plongent

Les hommes qui souffrent,

Sans rien voir, d'une heure

A l'heure suivante,

Comme une eau de roche,

En roche lancée,

Au long de l'an au fond de l'inconnu »

 

« Mais lorsqu'un accès de mélancolie tombera

Soudain du ciel, telle une pleurante nuée... »

 

« Qui perçoit la géante agonie du monde? »

 

« Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé

Porte le soleil noir de la mélancolie »

 

Nous avons le sentiment qu'il nous faut aimé ce film, pour Kirsten Dunst, mais aussi pour ce qui est dit là :



aa

Commentaires

Puisque vous citez Tarkowski, c'est plutôt du côté du "Sacrifice" que vers "Le miroir" qu'il faudrait orienter votre pensée.

Soyons clair. Je n'ai pas aimé le Von Trier. Il est encore plus indéfendable qu'Inland Empire, que j'avais pourtant défendu face aux fans médusés.

J'ai cité le Sacrifice car la thématique est la même et que ces deux films sont de la mystique dévoyée.

Mon plus gros regret vis à vis de Von Trier c'est qu'il n'est pas conscient de sa chute, qu'il ne cherche pas vraiment son déclin, mais uniquement l'apparence de l'image.
D'ailleurs dans son film le monde n'existe pas. Rien d'extérieur ne survient perturber la fausse folie jouée.

Le film n'est d'ailleurs pas du tout mélancolique. Tant il contient de pathos affiché. De longueurs et de caprices qui ne servent qu'à prendre à rebours.

Et le final qui fait référence à l'Arte Povera (la cabane) va à l'encontre de tout ce que le film a montré, et de ce qu'a représenté cet art. Aucune pauvreté ici, mais bien un maniérisme qui pêche par une affection de grandeur. Alors que le cinéaste n'a jamais été si bas. Un mélodrame malade qui n'a rien d'une vraie tragédie.

Écrit par : pradoc | 13/08/2011

Certes :)! Je suis assez d'accord avec vous. Il me semble également que ce film passe outre la mélancolie, "l'extérieur" n'existe pas, la tragédie sonne fausse et le mélodrame est malade.

Je pense sincèrement que "Melancholia" tente de percevoir ce que devient la mélancolie lorsque de façon pathologique elle se change en dépression, - se découvre alors une part inquiétante de nihilisme, de nombrilisme, ou ce que l'on veut. Je ne crois pas qu'il y est une mystique à l'oeuvre comme chez Tarkovski - peut-être une forme d'eschatologie sans espoir renforcée par le huis clos et un certain "manièrisme".

Cet état c'est le pesonnage de Justine qui l'incarne. Ce film résonne pour moi comme le trou d'air qui suivrait une explosion. - Pas d'appel, pas de SOS, pas d'humanisme (ce refus s'inscrit contre les dialogues portées par Charlotte Gainsbourg), une société ébauchée en pointillée et sans espérance (l'oxygène finit d'ailleurs pas manquer).

Il faudrait sans doute que je le revois pour mieux saisir l'impression qui a retourné mon agacement initial en un trouble de cinéma...

En tout cas, merci pour ce point de vue et critique...

Cordialement,

Écrit par : aa | 16/08/2011

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