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03/09/2011

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« Jeunesse passe et septembre hélas est arrivée » chantonne Alex Beaupain par l'intermédiaire des personnages des Biens Aimés de Christophe Honoré. Godard l'a professé, le cinéma est une question de cônes, de connes, de cons, et d'enfermement; c'est une invention de prisonniers, de hors-la-loi. Nous reviendrons à ces propos éclairants, si nous arrivons à caresser du bout des doigts la cinématographie exceptionnelle d'un prénommé Artavazd, un cinéaste qui en guise de bonjour dit « Laisse moi porter ta douleur ».

Il suffit d'enfiler au bout de son nez les lunettes 3D qui fleurissent dans nos multiplexes, pour souffler dans un triangle et le gonfler en une manche à air, en un cône de projection (notons qu'il était aisé d'arriver au même conclusion en prenant juste un apéritif avec ces petits gâteaux salés : les 3D bugles de Bénénuts). Seule, une personne cloîtrée dispose d'un mur (de quatre murs) pour de la pointe de son oeil - et plus loin d'un point obscur de la conscience humaine que René Descartes logeait dans la glande pinéale, une erreur non de méthode comme il est coutume, aujourd'hui, en classe de philosophie de critiquer avec suffisance - y tracer un film. Je ne raillerais point cette lubie de l'entendement cartésienne; plutôt qu'une raison égarée, aveuglée par vanité, le philosophe a juste eu le tort d'appeler glande pinéale l'hippocampe, il s'est planté de mot, ça arrive même au meilleur.

De connes ou de couillons, car comme le démontre Christophe Honoré dans son film, et dans un précédent, Les Chansons d'Amour, si il suffit d'être deux pour créer une histoire (voir à ce sujet une interview de Laetitia Masson dans le fourbi de ce blog), au cinéma notamment et principalement, pour la raconter, il faut être trois, physiquement ou symboliquement, et dans ce triangle (mis en évidence également dans ce très beau film Les amours imaginaires de Xavier Dolan), il y a toujours un angle qui fait face au mur, c'est à dire, une conne, un couillon (Garrel, Mastroianni, Delpech, trois portraits de cet état dans les Biens Aimés), qui, en porte-à-faux, à angle droit, regarde l'hypoténuse le narguer. Bien sûr, cette figure géométrique dans sa perfection dessine un "con", un pubis de femme comme une flèche en direction du point obscur de la conscience humaine. Les prisonniers en savent long sur le sujet : la première ombre qu'ils projettent et la forme même de la projection : le dessin du désir, un charmant "triangle isocèle". Que ce désir sorte de l'oeil-sexe ou du sexe-oeil, les surréalistes ainsi que des écrivains comme Ernesto Sabato ou Bernard Noël l'ont révélé jusqu'au cauchemar diurne.

 

Ce principe de l'écran et de la projection, Werner Herzog, dans son dernier documentaire, La grotte des rêves perdues, le date. De petits fragments de charbons, résidus de torches enflammées mouchées par les peintres de la préhistoire et de la grotte Chauvet, sont les témoins du feu craché par le cinématographe à ses débuts, bien avant les ombres sacrées de la caverne platonicienne. Ne cachons plus la jeunesse de cette trinité : une paroi, une main, une lumière; le cinéma a donc 38 000 ans. Depuis ce présent qui nous préoccupe et le long de ce temps de l'homme, le ciné a grossi d'images un vaste esprit qui nous contient peut-être mais qui est tout aussi entier dans le point obscur de la conscience humaine, en ce lieu où le réel et son double s'épousent. Projetons-nous un peu : flashforward. Ce week-end, nous aurons donc le choix de l'oubli ou du rêve : de danser dans le sous-sol du Social Club, 142 rue Montmartre, dans une tanière appelée Silencio et aménagée, vous l'aurez deviné à la référence à Mulholland Drive, par David Lynch (a-t-il besoin d'argent pour jouer au designer de la hype parisienne hyper lookée?), ou alors, d'assister à cette première française de cette oeuvre auréolée du Lion d'Or lors de la dernière Biennale de Venise, The Clock de Christian Marclay : une bande de 24h, un montage continu en temps réel de plans de cadrans, de montres ou d'horloges, tirés de l'immense corps du cinéma. Lorsqu'il sera, sur l'écran du Centre Pompidou, 4h10 du matin, à notre montre il sera 4h10 du matin. La preuve sera apportée que le temps du cinéma vit en parallèle au notre, et ce depuis 38 000 ans. Etrange expérience que nous allons vivre à partir du samedi 3 septembre 2011 à 11h au lundi 5 septembre 2011 à 11h. Retrouvons nous à 5h21 de la nuit dans l'antre des rêves pour vérifier si la Durée, cette esprit surgit de la préhistoire, dort ou fait la java.

 

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