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04/09/2011

"Il a du bouquet, ce film!"

«Le cinema, comme l’argent, n’a pas d’odeur». Cet adage interpelle les spécialistes de l’informatique, mais pas politiquement ou moralement. Ils y voit un manque et se penchent sur la possibilité de créer de l’odeur au cinéma, sans doute taraudés qu’ils sont par des éructations à la Bernard Blier, des «sens-moi ça» ne concédant pas d’apprécier la bouteille sans la sensation olfactive. Voici donc poindre, après les lunettes à la réalité augmentée, des petits trous en face de nous sur le siège avant, devant diffuser en continu, par vapeur d’eau, des notes florales acidulées. Associées à la climatisation, le risque de sortir embrumé au sens propre s’accroit. Heureusement, le projet foire souvent, la diffusion frôlant la douche et on a rarement pris une douche en regardant un film (à quand les salles de bain suréquipées?). Mais l’obstination des opérateurs persiste et regulièrement le projet est retenté, fortement soutenu par les exploitations de salle, pas à un mercantilisme près. John Waters et son odorama (gratter un bout de papier pendant la séance) emportait la sympathie d’une provocation à la recherche d’un bouleversement temporaire des habitudes. Mais Le sourire tend à se voiler tellement les diffuseurs d’odeurs gagnent du terrain, désormais dans les rues, après les magasins et les musées.

 

Un chuchotement de ralliement chatouille les lèvres: soyons de ceux qui croient encore au simulacre plus qu'au  "vrai du crédit". De l'infirmité de la séance qui sait les capacités de ses limites de projection comme origine possible du réel, en suivant d'un oeil sceptique le "tout sens" des spécialistes avec leur cortège d’effets de coulisses qui ramènent à nous même. Signifier l'odeur, pas dans la salle mais sur la pellicule, a autrement agité les neurones des ces "fondus de l’image-nerf" des années 70, par exemple celles de Hal Ashby. Le bouche à oreille de son film Harold et Maude l'a transformé en objet culte, le domaine du cultissime dénichant souvent des pépites improbables. Un jeune homme, Harold, éprouve de la lassitude pour l'existence. Même ses tentatives de suicides périclitent. A force, il en fait une spécialité, comme une façon de se jouer du réel et de son entourage (au moins quinze tentatives plus drôles les unes que les autres). Seule sa rencontre avec une octogénaire le fait sortir de cette spirale cynique. Elle lui propose de "sentir le monde", à travers une odeur enfermée dans une bouteille, odeur surréelle du métro New Yorkais sous la neige. Le jeune homme respire et la séquence s’allonge à ce qu’on peut lire comme une ouverture graduée, sans que rien ne soit explicitement montrer. Le film clôt alors son ironie désespérée pour venir petit à petit débusquer un réel  où l’imaginaire conduit une espérance, les yeux fermées. Un amour improbable s'ébauche. Juste esquissé, il excitera la censure d'alors. Le film a eu une telle répercussion qu'un courant de pensée "le haroldisme" s'en inspira pour décrire ce long sentiment d'épuisement qui accompagne le personnage durablement. En parallèle, le maudianisme (Maude) témoigne de ce qui porte, tend à un désir, qui n’a rien à faire du cohérent. Tombé dans l'oubli, ce terme peut aussi traduire le choc de l'émotion, de celui qui voit un monde à partir d'un sens révélé. D'un tel maudianisme, peut-être que Cigalon de Pagnol, plus sensible au fumet sa cuisine et de ses bouteilles, qu'aux affaires du monde, en est-il frère?? Et que le temps maudianique voisine avec toutes ces bouteilles qui circulent dans les films d'Otar, imprimant une durée interne à la narration et dont on a envie en sortant d'imiter le geste hypnotique laissant sentir un espacement, corrosif et bénéfique, du cours de l'existant...De la bouteille, comme du plan, on aura jamais fini de faire le tour et les rapprochements de leur structure n’ont pas fini de nous guider (le cul de bouteille mesurée à trois doigts n’entrainait-il pas une renversante image du désir dans la ville blanche?). Et les troubles olfactifs filmés pas Ashby parcellent d'autant d’inventions les séquences de son film, renvoyant les vaporisations «terre promise» se profilant à l’horizon, au plus fade.

 

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