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06/09/2011

Du côté des Jean.....Jean-Jacques!!

En cette période de début Septembre, propice au grand tintamarre de l’édition, les «têtes de gondole» fleurissent de nouveaux titres surprenants. Parmi tous ces livres en goguette, les livres ayant le cinéma pour sujet prennent une place importante. Qu’ils soient critiques ou admiratifs, les styles s’enchevêtrent pour proposer de nouvelles pistes de lecture avec une façon personnelle de se situer. Une forme moins usitée, tant elle semble outrepasser la raison et crier aux nues son amour de pellicule, est entreprise par Jean-Jacques Bernard qui ébauche un «petit éloge» dont certaines pensées accompagnent durablement.

 

Le titre «Petit éloge du cinéma d’aujourd’hui» pourrait laisser entendre des études précises sur des réalisateurs déterminés, d’autant que l’auteur est Président du syndicat français de la critique, reconnu comme un spécialiste de l’exégèse. Mais l’éloge ne contraint pas à l’analyse forcée et le livre prend d’emblée à revers. Sans en révéler trop, ces chapitres interrogent le cinéma, à travers une vie de spectateur, dans une période charnière et sans soute difficile, qui est celle de l’après Nouvelle Vague. Comme Daney l’explique lorsqu’il va interviewer Howard Hawks, bien après Truffaut, comment dire de «la passion», encore, sans tomber dans la redondance et l’admiration béate? Jean-Jacques Bernard se pose des questions similaires, coincé entre le rêve de spectateur devant le monde impossible d’Hollywood d’avant guerre et la modernité à l’horizon de la Vhs ou du Dvd, introduisant un nouveau regard, celui de l’essai. Comment exister, et voir encore, dans cette accumulation de références qui s’entassent («ton lit à une place est enchassé dans un édicule de documents branlants jusqu’au plafond»)?? Et surtout comment ne pas s’enferrer seulement au monde connu mais pratiquer cette «compréhension adaptée aux objectifs de chaque film, trop de critiques agissant en censeur irréprochable»?? L’entre deux des «époques» est rendue avec une grande générosité par cet auteur qui sait accepter les vents contraires et les revirements intellectuels qui soudainement lui font apprécier totalement un film détesté pendant une partie de la projection. L’ego de la critique est passé au crible de l’ironie et «l’enthousiasme plus juvénile que les mangeurs de pop corn» fournit à son positionnement un contrepoint à la démission toujours à l’affût. Assez logiquement, des formes nouvelles,  comme l’écriture des blogs, sont reconnues non comme preuve, mais comme une présence qui fait le tri dans les images, «car une nouvelle aventure est en marche: celle d’aller chercher la langue ailleurs que dans la langue». 

 

Le «hors les mots» auquel Bernard affilie le cinéma actuel compose également son dispositif d’écriture. La verdeur du ton déflagre d’entrée l’habituelle fadeur des revues actuelles. Et le livre emprunte à une grammaire contrariée son découpage. Les pronoms sujets (Je, tu, il, nous, vous, ils) introduisent trois petits points avant le raccord d’une idée, cette phrase ainsi bancale amorçant un chapitre où les réflexions sur l’image s’envolent. Ces petits points marquent une hésitation en même temps qu’ils lancent une narration, des «microfictions». Ils s’approchent de cette modernité du cinéma, plus à même, selon l’auteur, de saisir un «souffle»qu’un drame, ou un rêve. Une inflexion tenace davantage qu’une manifestation. Il n’y note pas une perte mais remarque une polysémie du «trouble» (trouble des sentiments, des points de vues, et des points de focale de ces appareils photonumériques très approximatifs). Et également, du trouble initial qui accompagne le choix d’un cadrage ou la tentative de dire «je».

 

La capacité d’ouverture de ce critique oscille donc entre l’accaparement des images du passé et la complicité avec les images présentes. Les rapports entre les deux induisent des tensions, avec tout autant de refus que de ravissement (comme pour le film Poetry, «ce qui vous mortifie un temps peut vous ravir soudain»). Comme les meilleurs critiques des années 70-80 (avec surtout Daney), Bernard nourrit son écriture de son expérience «fondamentale» de spectateur. Le film projeté angle un point de vue et les chocs de l’Histoire se voient de là comme source. A l’origine, sa cinéphilie s’enracine du côté des salles de cinéma lyonnaises, en particulier du côté de la salle La Fourmi, ce qui ne sit lit pas sans une grande émotion, pour «quelques uns» pour qui «le métronome du cinéma bat plus fort dans la poitrine que la battement du coeur».

 

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