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14/09/2011

Plus étrange que l'Etrange : le vélorotica

Panneau vélo.JPG

Samedi dernier, quartidi, 24 fructidor an 219, quelque part, dans la douceur de soie du soir parisien, entre la rue Davy et la rue Basfroi – et alors que le présent de ces lignes est baignée d'une pluie fine, baptismale, et leur mise en ligne de tiédeur -, une curieuse bande d'Apaches a communié en un cérémonial iconoclaste, un étonnant Roch Hachana païen.

Tandis que l'Etrange Festival se terminait au Forum des Images, nous dénichions plus étrange que l'Etrange : l'Erotic bicycle film fest. L'idée, potache, incongrue, pleine de sève et de joie, était d'honorer le vélocipède, de le célébrer en proposant des films mêlant le vélo à la pornographie (le porn bike!). Décidément les noces du vélo et de l'image sont pleines de surprises!

http://www.bikesmut.com/

Surgissant d'un angle de rue, venue du fond de la cité ou de la nuit, notre bande d'Apaches a déboulé, guidon devant, juchés sur leur cadre, à moitié nus comme des centaures contemporains, pour stationner et s'abreuver à un rade du 11ème arrondissement où le couplet est rouge et le refrain noir, le Houla Oups bar. La soirée fut épique, érotique; les films projetés dans le brouhaha aussi. Les soirs de Paris sont parfois si sensuelles, que le cinéphile, le fêtard, le badaud éprouve un plaisir du regard, une vibration de la peau comme un tambour à peine effleuré : une véritable sensibilité de prisonnier libéré de sa peine.

Un homme descendit de vélo et traversa la rue, le sexe battant sa cuisse. Selon, mon voisin, sosie de Jim Jarmusch, un sexe à faire béguetter, chevrotter un poney, que nous avons traduit pour notre autre voisine aux yeux noirs magnifiques par « à vous foutre des complexes, à dégoutter un cheval ». L'adorable a choisi ce moment pour passer ses mains dans sa chevelure de jais, déployant au dessus de sa taille sa fine poitrine, les reins toujours amoureusement posés sur une élégante selle de conception italienne il nous a semblé. Les magazines types Elle nous l'ont enseigné, il y a dans le geste de déployer les cheveux une invitation, un envoi de signaux sous formes de phéromones; mais, car il y a toujours un « mais », la belle causait « morse » avec une autre personne, à l'arrière plan, une autre belle en soutif de dentelles. Elle aimait les filles, ce qui ne m'a pas empêché de lui réciter les trente derniers vainqueurs du tour de France, de lui rappeler que je détiens le record du tour de Paris en vélib', et que, si je m'entraîne dur, je peux certainement arracher le temps scratch de la montée de Ménilmontant : - elle en a été impressionnée mais n'a pas changé de préférence sexuelle pour autant. J'ai bien tenté également de lui dire qu'il m'arrivait, parfois, dans des moments d'absence ou de troubles, de parler au féminin, mais sans plus de succès. C'est alors que Jim nous expliqua à tous deux les vertus érotiques de la graisse, le plaisir éprouvé à huiler longuement une chaîne de vélo. Il nous appris à cette occasion qu'il était gai, ce que je compris comme gay bien après, lorsqu'il blagua lourdement sur le mal de cul qu'une longue station sans cyclistes peut causer. Il disserta savamment sur les origines de l'insulte « pédale », apparue en 1935, sur l'étymologie de la racine « ped », n'ayant aucun mal à convaincre la voisine d'un soir que cela pourrait bien signifier prendre son pied. Les yeux noirs acquiescèrent, surenchérissant sur les possibilités des plaisirs féminins, racontant même avoir été violée par son vélo. Elle me dit brutalement : « demandes moi quelle est la couleur de ma culotte? ». Je le lui demandais. « Aucune, je n'en porte pas », m'entendis-je répondre en un rire cristallin. J'essayais, alors, et de nouveau, de la convaincre des bienfaits d'un torse velu - comme un satyre rajouta-t-elle. Je lui concédais, que dans l'effort, je devais apparaître comme très éloigné du velouté de sa peau ambrée : une espèce de rat musqué sortant de l'eau.

Paix à son âme, mais combien le « Professeur », Laurent Fignon, a eu tort de dire qu'une femme sur un vélo cela n'était pas beau, lui le parisien pourtant... Vivement la deuxième édition du Erotic bicycle film fest!

 

Laissons le mot de la fin à Bernard Noël :

« Maintenant, il y a ce dérangement que procure le soir quand il noircit. On hésite entre la douceur et cette figure que trace le vol des hirondelles – une figure dont l'effacement constant suggère l'approche du vide. Heureusement, la nuit est secourable puisqu'elle rend l'espace invisible et qu'elle excite chez les plantes en tel dégagement d'odeurs que la perception du monde emprunte un autre sens.

Ce « maintenant » est le maintenant d'un livre (je rajoute d'un film) qui n'existera pas, je peux donc le rendre à un présent qui, je l'espère, a existé puisqu'il pourrait être le mien, en ce moment même. »

 

Ce présent fut peut-être le mien, mais il a pu tout autant être le récit de ce qui a été projeté au fond du Houla Oups bar... lors de cette soirée agitée, de cette autre et nouvelle TAZ qui a raturé un temps (avant l'arrivée des keufs) la mort, « The dead among us » était-il écrit sur un tee shirt, tee shirt bien entendu non porté mais noué à la potence.

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... La recette pour fabriquer un velorotica : une roue arrière avec fouet intégré, une roue avant avec fourrure pour la caresse, des mains sur le guidon à la place des poignets pour la caresse toujours, un petit godemiché collé sur la selle... et en avant mauricette... pour les célébrations, iconoclastes et en marge, du 150ème anniversaire du Vélocipède qui fut lancé en 1861 dans l'atelier de Pierre Michaux – tiens! peut-être un lointain cousin du poète... ?

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