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02/10/2011

Des hommes libres? suite et fin

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Plaque à la mémoire des algériens.JPG

http://www.rue89.com/2011/10/01/resistance-a-la-mosquee-d...

http://yahoo.bondyblog.fr/201109271303/%C2%AB-les-hommes-...

 

Pour poursuivre la réflexion, une réflexion d'historien plus que de cinéphile.

Le débat (mince mais parfois vif) que soulève Les hommes libres tourne autour de la sempiternelle et quasi traditionnelle polémique qui touche toute œuvre de fiction, d'autant plus lorsque cette dernière aborde les rivages de la collaboration et de la résistance française entre 39 et 45 (Résistance que certains obstinés ont eu le culot de poursuivre au delà, tel Georges Guingouin qui fut emprisonné en décembre 1953, et que d'autres ont eu l'impertinence de mener avant le déclenchement des hostilités (que l'on se rassure, il n'y a pas qu'un Besson), d'autant plus - puissance au cube - si elle se pique à l'histoire coloniale, au monde musulman en particulier; on aura reconnu là l'éternelle question de la véracité des faits. L'historien, si il aime le document, et l'image parfois peut constituer un document, n'apprécie pas trop (euphémisme) que la fiction s'empare des archives, surtout pour en faire des films. Il est le gardien de la loi, le représentant de l'ordre et d'une certaine orthodoxie qui a parfois du bon.

Rappelons toutefois qu'un cinéaste n'est pas un historien. Tautologie. Evidence. Ca n'a l'air de rien, mais dans le feu de l'action, dans la verve des uns et des autres, ce fait têtu, comme les apprécient justement les historiens, est régulièrement remisé aux oubliettes. On pourrait appeler à la rescousse, à la barre de la défense, le cinéma américain classique pour qui l'Histoire sont des histoires conduisant à d'autres émotions et perceptions.

Notons deux sésames pour entrer dans la fiction, deux « rosebud » : le ce qui a été ou va vous être raconté est tiré de faits réels, et, le si ce qui a été raconté était vrai. Le film d'Ismaël Ferroukhi hésite clairement entre les deux pôles, et inscrit cette hésitation dans son personnage principal qui reste souvent bouche bée face à ce qui se déroule devant lui et qui finira par l'entraîner, quasi par inertie; il est un peu interdit, interloqué, comprenant mal (ou ayant peur de comprendre). Ismaël Ferroukhi, et c'est là semble-t-il la partie la plus réussie de son film, propose à l'identification du spectateur un personnage qui le représente dans ses questionnements et malaise face aux faits (dans la fiction, il s'agit d'appréhender à sa juste hauteur d'holocauste le sort réservé aux juifs, dans notre présent de saisir la vérité historique de ces actes de résistance que peut-être ce film et ce débat enrichiront de prochaines découvertes) : - une aubaine pour les professeurs d'histoire, avant que d'introduire l'archive, les annales, les statistiques et autres dates fatidiques. D'autre part, l'enjeu du film, bien plus que les faits de résistance, active ou passive?, de Ben Ghabrit, est bien la prise d'engagement d'un jeune marocain dans cette période historique précise qui est le prélude aux luttes d'indépendance des années 50 et 60, de la part manquante d'héroïsme, du hasard et de l'incertitude qui président aux rencontres et aux destinées individuelles : l'histoire d'un décillement par une prise de conscience progressive avant que n'intervienne la prise d'arme (d'interroger l'idée de liberté en la frottant à sa bave, la libération; que l'on observe l'évolution du personnage principal qui, au début, du film, souffrant d'aucune contrainte, dealant au marché noir, est sans doute libre, mais non libéré).

Chacun se fera sa propre opinion, face à un film qui est modeste et qui est pris dans un scénario pédagogique bridant la machine à fiction. Les hommes libres souffrent-il, paradoxalement, de trop de véracité historique qui le pose en concurrent direct de Michel Renart, l'auteur de l'article de Rue 89? Le film, lu et approuvé, par Benjamin Stora, correspond, il nous semble, point par point à l'analyse du journaliste, ce pourquoi nous sommes en désaccord, non avec le fond de l'article, mais avec sa phrase introductive. Les hommes libres laisse transparaître les ambiguïtés du recteur, sa diplomatie au service en premier lieu de la Grande Mosquée et des musulmans. Seule entorse, cette scène de fuite par les souterrains de la capitale jusqu'à un quai de la seine. Ismaël Ferroukhi est pourtant avare de généralité, il bâtit un script autour de quelques personnages, sans étendre son histoire dans l'Histoire au rang d'épopée, de hauts faits; il laisse suggérer que la Grande Mosquée fut un caisson de sécurité, une porte de sortie, ce que tous s'accordent à reconnaître. Il reste que les documents et témoignages manquent. Dans cette béance vient s'inscrire la fiction – et cette scène d'évasion qui ébauche un mythe, qui penche du coté des Misérables. Le mythe : l'urticaire des archivistes; ce qui manque sans doute à ce film pour qu'il soit souffle et pleinement cinématographe, c'est à dire à nos yeux une écriture singulière révélant le réel et son double.

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(Hommage aux morts de la Seine , aux victimes du préfet de police Maurice Papon, à Paul Celan, à Ghérasim Luca, « puisqu'il n'y a plus de place pour les poètes en ce monde »; hommage, à Anne Thébaud qui un jour de septembre 2007 a rempli son sac à dos de pierres avant de sauter dans l'eau saumâtre du fleuve. Résistance est une petite composante électronique; il est temps d'y penser.)

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