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12/10/2011

Poésie Documentaire

Et maintenant on va où?

Que tout aille à sa peine. Que tout aille à sa perte (MM / Murat / Marguerite Duras). Le battage politique du moment vous soûle, ou alors, vous vous saoulez pour oublier le bruit médiatique autour de quelques candidats à une « glorieuse destinée nationale », vous désirez échapper à la poix, à ce réel gris souris (et encore, croyez moi, les souris savent s'amuser) qui vous regarde fixement jusqu'à annihiler toutes velléités, qui enserre, paralyse peu à peu et mieux que des neurotoxines, alors, avant d'aller à la nuit, de se laisser engloutir par les jours, « inspirez profondément, expirez profondément, prenez conscience des sensation de votre corps, ouvrez les yeux et prenez conscience de vos pensées » comme nous le suggère la voix off dans Uku Ukai, film d'un réalisateur lituanien, Audrius Stonys, et, prenez rendez-vous au 16ème rencontres du Cinéma Documentaire de l'association Périphérie. Il est encore possible d'y croiser Naomi Kawase à l'occasion de la rétrospective de son oeuvre documentaire et ce jusqu'à ce dimanche 16 octobre, d'y assister, demain à 12h, à la rediffusion de deux des films au programme de Audrius Stonys. C'est au cinéma Le Méliès. Pour s'y rendre... c'est par là...

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... Ici c'est Paname. Plus précisément la rue d'Avron sise dans le 20ème arrondissement, fichée comme une lance dans le corps de la capitale; elle se poursuit par son manche, la rue de Paris sise dans le 93, comme une seringue de quelques drogues dures dans les fesses de la bourgeoise. Entre les deux segments, un gué à franchir, un noeud à passer, une articulation, la poignée du javelot : les puces de Montreuil, surnommée depuis peu le marché de la misère. Les lieux sont aussi porteurs de mémoire. Le périphérique se souvient des anciennes fortifications, de ses chiffonniers, de ses « cloches » et autres crevards (in memoriam Jean-Paul Clébert, dont nous apprenons le décès); son béton laisse derechef fleurir dans sa plaie vive la pauvreté des laissés-pour-compte, des exilés qui n'ont pas d'autre endroit ou être que cet envers du confort, du douillet, que cette frontière sur le bitume de la métropole, cette cicatrice qui rappelle leur condition d'apatride. Une frontière c'est une ligne qui n'est pas seulement extérieure à l'espace Schengen. Au delà, donc, au bout de cette rue de Paris, réelle et imaginaire, de cet alignement d'immeubles hétéroclites aux arrières cours sombres, le documentaire se pique de poésie et vice versa. Jacques Roubaud a récemment brossé rageusement un état des lieux de la poésie et dénoncé cette manie d'accoler le mot au tout venant (une remarque identique pourrait être faite à propos de l'usage du mot « jazz »). Pourtant, le thème de ces rencontres, « Poésie Documentaire », est d'un beau mystère.

Alors...

  • Si vous en avez marre des pauvres caissières sous pression de la cinémathèque française et de leur tête d'enterrement, mais nous les comprenons et elles ont notre sympathie éternelle.

  • Si vous en avez marre des faces de cachets d'aspirine en phase effervescente de cinéphiles qui n'ont pas vu le jour depuis des mois.

  • Si vous en avez marre de trouver les mot « jazz » et pire encore « poésie » associés aux chansons de Christophe Maé ou même de Thomas Dutronc.

  • Si vous en avez marre de Jean Dujardin et que vous trouvez cet acteur particulièrement pénible mais qu'il le vaut bien.

  • Si vous en avez marre des exclamations d'enthousiasme à propos de The Artist, film muet en noir et blanc, dont Jean Dujardin précise  « The Artist, c’est beaucoup plus, une nouvelle expérience émotionnelle. Sur le fond, c’est un mélodrame, le muet et noir et blanc, c’est juste le support." Film aussi éloigné de la magie du muet que peut l'être un anoure (amphibien vénéneux) de l'amour (encore que...)!

  • Si vous avez envie de hurler à l'oreille des journalistes l'existence miraculeuse et merveilleuse de cette oeuvre de Aki Kaurismäki, Juha, film muet de 1999, en noir et blanc, portant le deuil du réel gris souris.

Alors... les 16ème rencontres du cinéma documentaire sont faites pour vous : on y « pleure de l'intensité de la poésie » (Daed Haddad)!

Dans le catalogue, Audrius Stonys écrit : « Quand les lumières de l'auditorium s'éteignent, une petite lampe rouge au-dessus de la sortie de secours s'allume. Comme pour dire : « Si le film est insupportablement mauvais ou si le noir est trop profond, vous pourrez toujours trouver la porte de sortie et vous échapper. » Je pense que quand nous faisons un film, c'est la même chose – nous allumons une petite lampe rouge au-dessus de la sortie de secours et nous disons : « les ténèbres qui vous entourent ne sont pas vides d'espoir. Même dans l'obscurité la plus profonde il y a la lumière et cette lumière, vous pouvez la trouver ». Alors? Et maintenant, on va où? Au cinéma Le Méliès bien évidemment. Adresse : centre commercial de la Croix de Chavaux. Un cinéma municipal de trois salles que ce... de Marin Karmitz avait lâchement attaqué pour une concurrence commerciale déloyale et surtout imaginaire et délirante des MK2 Gambetta et Nation. Marin Karmitz, dont les cinémas passent tous au dieu numérique (au moins dans les UGC, le spectateur sait qu'il est parqué pour mieux s'achalander en friandises (bonbons crocodiles, un péché mignon) et autre Orangina rouge (autre péché mignon, mais devenu rare comme l'eau au Sahara). Si vous poussez les lourdes portes du sas menant à la salle n°2 du Méliès, vous serez surpris de la chaleur humaine y régnant, des sourires vous y accueillant, vous y goutterez l'enthousiasme de la maîtresse de maison, une belle rousse passionnée, Corinne Bopp, les commentaires intraduisibles pour les malheureux interprètes mais d'une grande acuité et pertinences du patron du lieu, Stéphane Goudet, les quatre-heures à base de thé, café, jus de fruit, petits gâteaux et raisins préparés par, sans doute, une jeune stagiaire de l'équipe de Périphérie, et qui contribue à transformer le hall passablement bordélique du cinéma en un « comme à la maison »...

aa

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