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06/02/2012

Fight club

«Il a l’air un peu bizarre celui-là» et l’imagination travaille vite à «se faire tout un film» d’un visage rencontré. Le doute convoque vite l’ironie à la rescousse d’un nouveau. Une comédie sortie cette semaine essaie d’y loger l'humour. Pour peu qu’un groupe d’adolescent soit lâché dans une forêt à l’obscurité saisissante, les récits d’horreur racontés autour d’un feu créent l’ambiance glaçante à fleur de peau, et les visages de deux bucherons croisés paraissent d’office porter l’empreinte maléfique, la marque de Satan. La méprise pourrait s’arrêter là. Mais le film Tucker et Dale fightent le mal (pour une fois, la traduction du titre est fidèle à la comédie à laquelle prétend le film) pousse le quiproquo jusqu’à son excès de situation, l'à priori laissant place à l’erreur tragique, ici aussi drôle que possible. Les adolescents typique «made in Usa», petit top sexy pour les filles et idée justicière à la Charlton Heston pour les garçons, sont pris par leur vision d’un monde sauvage immédiatement hostile. Il se trouve que Tucker and Dale n’ont rien de spécifiquement méchant si ce n’est la barbe revêche et l’air un peu renfrogné. L’incompréhension campe des positions avec d’un côté des jeunes que nos deux compères prennent pour un groupe suicidaire venus passer à l’acte en forêt (ce qui expliquerait qu’un des jeunes se soit volontairement jeté dans une machine à faire des copeaux de bois), de l’autre un groupe persuadé que les deux gaillards vivent de rapt et de chair fraiche (ce qui expliquerait qu’un ami se soit retrouvé dans cette machine broyeuse) alors qu’une pauvre glissade digne des meilleurs slapsticks est l’objet de tant de malentendus. L’ensemble des séquences poursuit des incongruités plus grosses les unes que les autres, et les gags existent pour eux-mêmes laissant les références cinématographiques dans un vague lointain (réminiscence de massacre à la tronçonneuse). Le trop de signes excède les faux semblants.

 

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Les Projet blair witch sont passés par là et la moindre cabane fait figure de repère de l’indicible. La réalisation se joue des codes des genres, à coup de brumes de début de journée. Le travail du film détourne ce que la technique peut aisément introniser, comme les grincements douteux de parquets, et l’originalité de cette petite production est de tenter une histoire d’amour au delà des apparences. La parodie a le vent en poupe depuis les Scary Movies mais ici, le détournement des genres ne fonctionne pas pour son propre plaisir à vide indéfiniment, le second degré comme seule ressource à l’humour. Les bévues provoquent la mauvaise interprétation des apparences, il n’y a pas une mort qui ne soit accidentelle mais comprise comme volontaire. Y voir clair affronte la confusion. L’aberration confond la technique et a peut être avoir avec celle des chromes de l’image tant le bloody de certaine scènes instaure la pure artificialité dont même le gore ne se justifie plus. L’étrangeté d’un plan, hors récit, montre une abeille venant se poser sur le bout du nez d’un ado empalé sur un bout de bois mal placé; le dernier souffle de ce personnage a la compréhension de l’instant fatal l’acabit des textes de Bierce où la mort brusque n’éclaire qu’un too late imperturbable, ironie ou suprême victoire de la nature, proche d'une écriture d’un «dandysme de l’épouvante» (Cocteau sur le Dictionary Devil’s de Bierce). Une récente exposition répertoriait l’acte cannibale d’un point vue anthropologique, esthétique mais quelque chose résistait à tous les emballages psychologiques, comme les enfants se mettant du rouge pour simuler une blessure, le rouge en quantité, l’envie de se manger, flirtant au jeu, parfois au passionnel. Et si du gore, une histoire d’amour pouvait voir le jour, tel un degré de la passion: la volonté du réalisateur de Tuker de ne pas céder à l’ambiguité est le signe d’une maitrise et la propension de jouer avec les codes permet autre chose. Car ceux qui vont s’aimer le font dans une bataille à visage découvert, le privilège de la méprise disparaissant. L’infime, une erreur sur les pancakes filmée au soleil du matin, fait sortir le film de ces séries mortifères. Un point du jour, un fond de regard rappelle ce qui peut être filmé aussi simplement à la lumière d’une direction. Le coup qui frappe ou le renversement de destin ont des destinations finales opposées mais provenant du même miroir tain de tâches noires.

 

Il s’agit peut-être d’un petit film. Il est certain qu’il ne va pas révolutionner l’histoire du cinéma, mais depuis Inception le doute est permis sur l’idée journalistique d’une révolution soudaine et seulement dûe au scénario. Tuker and Dale est aussi un film de scénario qui préfère mettre l’accent sur l’en-deçà des apparences, sur le doute permis et la naissance d’un sentiment plus que sur l’assurance d’une incarnation du mal. La sentence des plumes des critiques tombe: « ce film ne vaut pas une séance mais connaitra un bel avenir en dvd». Quelques films sont donc catalogués d’emblée en «sous film», nouvelle catégorie des dégradés destinés à raviver les rayonnages des loueurs de dvd dont on admire le courage à exister à l’ère des pirates du net. D’un Kevin Smith, la modernité de ces films stipule de partir de ces genres pour y déceler du réel, où comment partir du tableau du Docteur Jekyll sans tomber dans l’informe. La réputation d’un Zack et Miri font un porno a du mauvais genre le mauvais sang, entêté et toujours battant.

 

...A moins d’être repris dans le jeu des apparences, être mépris dans une salle de cinéma remplie d’adolescents, parce qu’on a décidé avec enthousiasme de tout voir, pas par sacerdoce, mais croyant qu’on peut différer la recherche d’un temps perdu et que comme, même dans le dernier film des frères Farelly, la réalité d’un visage n’est pas affaire d’âge mais d’«à tout prix», loin du miroir d'un morbide.


 

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