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03/03/2012

H-oms : le champ de bataille

Un face à face inégal.

Ce n'est pas aujourd'hui que nous aurons un sentiment de paix.

Pour peupler le champ de bataille, de réflexions, de prises de position, ou tout simplement d'empathie; pour transformer son esprit lui même en champ de bataille, et éventuellement, à défaut, attraper son coeur avec les dents comme dirait le poète - se débattre :

http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/02/16/un-nouveau-rappor...

http://www.maghrebemergent.info/economie/78-idees/9286-le...

Se décentrer, enfin. Etre autour – autour de la méditerranée (à l'exemple de Jean-Daniel Pollet). User de l'espace vide comme d'une condition nécessaire aux échanges. Se ré-approprier, faire de la déchirure – d'où suinte comme le note Heny Bauchau, la lumière violette de la folie d'être HOmme – le lieu possible de la parole, du relais du dire, et donc de la culture. Il y a des trous qui cachent des abysses et dont, patient, il est bon de circuler autour : ce 1492 qui correspond à la découverte de l'Amérique, mais aussi à la fin de la Reconquista et à un des plus grands autodafés (à Grenade) de mémoire d'homme, le 8 mai 45 (armistice et massacre dans le Constantinois), la condition d'indigène qui perdure, et dont, Gilles Manceron a souligné avec pertinence le refoulé dans les représentations, au cinéma notamment : – il aura fallu attendre les années 2000 pour entendre et voir dans des films français les oubliés de nos banlieues – il faudra attendre, encore, pour que politiquement, les deux événements majeurs de la décennie écoulée, sous nos latitudes hexagonales, les vieux qui crèvent la bouche ouverte lors de la canicule de 2003 et un gouvernement qui décrète un couvre feu après l'explosion qui enflamma les périphéries à l'automne 2005, soient objet d'attention. Il est intéressant d'éclairer cette négation politique et visuel de celui qui est réduit à rien dans l'échelle de la productivité, et qui, lorsqu'il est question du colonisé semble se décliner en un invariant rejeté dans l'ombre, les ténèbres flouteuses de contours. Il serait intéressant d'aller voir et d'analyser les contradictions et ce qui se disputent dans le cinéma Israélien, de l'éclairer au travail qu'à pu effectuer sur le cinéma américain Elia Suleiman, notamment dans son moyen-métrage Introduction à la fin d'un argument.

Etre attentif, être téméraire face au vide que tend à devenir la zone d'affrontement. Si cela suffisait seulement à éclaircir la pensée face à la complexité des situations et si cela permettait, juste un bref instant, de se saisir tout entier dans l'événement? – l'événement : acmé qui ne s'appartient qu'à lui seul, l'intensité du moment en ses limites, les 10 secondes tigre de Henri Michaux (Poteaux d'Angle).

« Seigneur tigre, c'est un coup de trompette en tout son être quand il aperçoit la proie, c'est un sport, une chasse, une ouverture, une escalade, un destin, une libération, un feu, une lumière.

Cravaché par la faim, il saute.

Qui ose comparer ses secondes à celles-là?

Qui en toute sa vie eu seulement dix secondes tigre? »

Reformulons ces maladroites et vagues réflexions en images. Admettons que notre condition de spectateur est de se situer à l'intersection de l'horizontal du monde et de la verticalité de l'être, et que, de cette position nous nous confrontons à la nature de l'événement comme point d'arrêt du réel – la violence, le trauma – tout comme à la nature de l'histoire se faisant, l'épaisseur d'une réalité dont la perception impossible de ses composantes infinies la rend d'autant irréconciliable, tragique, cruelle (Clément Rosset). Le choc des vidéos et des instantanés balancés sur le Net. La patience et la lenteur de l'élaboration à la réalisation d'un film. Deux exemples récents illustrent cette tension : Fragments d'une révolution, film anonyme et collectif sur la révolte qui crépita en juin 2009 alors que les despotes au pouvoir en Iran entérinaient la « réélection » d'Ahmadinejad : une réappropriation par la diaspora des images tournées sur place et vécues dans l'angoisse des lointains ; et le récent Fleurs du Mal de David Dusa, ensuite, reprenant, en une fiction, la même problématique : une jeune iranienne, éloignée à Paris, vit de paire sa jeunesse et un amour avec la culpabilité, l'inquiétude, le désespoir qu'instilleront les nouvelles laconiques et rares des proches et la violence des images circulant sur la Toile. Ces deux œuvres sont à la confluence du choc d'images qui valent moins par leur valeur documentaire que par la brutalité de l'instant et de leur réception par l'esprit qui les rumine, les interroge. La jeune fille y cherche sa propre réalité qui au final ne recoupe pas ce qui est vu, à l'exemple de cet ami étudiant qu'elle croit reconnaître dans un corps inanimé. La sidération marque ces visions qui fleurtent parfois avec l'abstraction, et des beautés fusées, acides. Ces images, pour terrassantes qu'elles soient, sont comme des projections de conscience fixées dans l'urgence de communiquer à tous pris des instants vécus collectivement mais perçus intimement comme des déflagrations. Filmer y revient à se rendre compte, à jouer à St Thomas, dans un "pinces moi si j'y suis" mêlé de "je ne crois que ce que je vois". Dans les Fleurs du mal, la place du témoin, l'oeil vidéaste, est celle de l'amateur (celui qui aime) et qui donc participe : dans la même scène, la seule qui soit dans la fiction de David Dusa interrogée un peu longuement, un des porteurs qui s'occupe de transporter le blessé à l'abri admonestera le « filmeur » plus occupé à regarder qu'à aider ; nous ne sommes plus dans le reportage traditionnel et professionnel, où le témoin ne se satisfait pas de la proximité des corps et du feu de l'événement, mais sait qu'il lui faudra être narrateur, journaliste. Les planches contacts de Gilles Caron, dans le Scrap Book qui vient d'être édité, racontent ce parcours jusqu'au lieu à investir, problématisent le point de vu (être derrière la ligne de front, et la tentation inutile bien souvent de devancer le danger, de se muer inconsciemment en réalisateur des hostilités en photographiant de face ce qui advient, un assaut par exemple). Gilles Caron dit bien qu'il est photographe et non soldat, non infirmier ; solidaire des compagnons d'infortune, mais nageant dans ses contraintes, dans une temporalité différente liée au travail à effectuer : le photographe est présent aux choses, au cœur du lieu du lieu en quelque sorte, mais par là même, il lui échappe et est déjà ailleurs. Nous aurions aimé que David Dusa fasse preuve de plus d'attention et de patience, qu'il joue la lenteur contre une certaine propension à monter vite et hacher. Mais sans doute est-ce la contamination par ces flux d'images circulantes qui emballent la découpe des séquences. Il reste ce vécu à deux : une jeune étrangère, prise dans le H de son histoire, qui a obligation de savoir, de comprendre, et un jeune homme, danseur, orphelin, sans mémoire presque, mais dans l'appétit du présent et l'énergie du corps ; ce scénario simple mais qui injecte du symbolique, replace ces pixels échappés à l'incertain de leur surgissement dans un temps du quotidien des deux jeunes amoureux, le temps du récit et des affectes. Nous sommes bien loin du Groupe Dziga Vertov, de l'agitprop, des réflexions poussées sur l'action de l'art, de la participation active par la forme de l'oeuvre autant que par son objet à l'émancipation politique, de toute utopie. Malgré tout, il s'y affirme un dialogue – un échange qui s'ouvre à partir/contre cette aphorisme, très sujet de bac philo, de notre jeune Gecko, « mon ignorance c'est ma liberté » -, ainsi qu'une place renouvelée aux libres associations (nous vous laisserons le soin de découvrir comment une recherche sur Google, mettons avec comme mot clef « embouteillage », débouche sur des horizons plus vastes). Et puis, la poésie s'y noue comme une arme à porter sur soi.


Kateb Yacine :

« Il faut que la poésie rivalise dans toute la mesure de ses forces avec les contraintes des autres verbes, des pouvoirs d’expression qui pèsent sur l’homme et qui viennent des pouvoirs religieux, des terribles persécutions qui remontent à la nuit des temps. La poésie a un pouvoir libérateur, un pouvoir de combat très important. »

La force de l'appel, et du verbe incarné qui se renverse contre ceux que Yacine nommait les « Fères Monuments », « La Gandourie en uniforme »... Le vide des nuits de Gethsémani est peuplé de cris.

 

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