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10/03/2012

Vivement Dimanche

«Qu’allons-nous faire ce Dimanche??»

 

La question tombe d’un bâillement qui déjà ne peut plus faire office d’intention. Irons-nous voir les eaux du fleuve qui forment «la seule cinématographie à ta portée» (Monterio) et le «théâtre d’un jour» ( André Frédérique), les eaux comme chez un amateur d’épaves ayant le scintillement d’une vie rédemptrice d’une semaine en parenthèse, la beauté rivée au fleuve?? Et si, dès le descillement d’un matin, la question du faire étant en train de passer l’arme à gauche, nous suivions les pas, un pas dans un pas, «peut-être pas dans ceux de ton père mais dans ceux de tes frères» (Frédérique encore), de quelques «ouvrages et films» trouver une inspirante esquisse tout en ajournement du grave et de la gravité même physique. Plans et lignes sur une surface, à la façon d’un faisceau balayant le noir, l’alternative existe à un en deçà, refuge à l’enlisement ou plutôt propagation d’une onde salvatrice. Le brule pourpoint du matinal n’incite pas aux citations tellement la trouée des vagues accompagne un esprit syphonné, restant encore pris aux tangages du sommeil. Trafiquant dans la mémoire, l’inconscient et le simili de réveil visent l’instar dans le maelström du remous. Eprouver de concert par décalcomanie, puissions-nous encore plagier des auteurs ayant abordés le Dimanche, comme pour pomper l’eau du bateau de fortune qu’avec trois, quatre planches (séquences) récupérées ici ou là, le flottement puisse perdurer? Pierre Ménard, dans une nouvelle de Borges, réécrivait à la lettre près un chapitre de Don Quichotte s’enfonçant dans le labyrinthe des possibles aboutissant à l’identique, en apparence seulement car l’autre temps présent avait déjà la métamorphose en instance. La fiction tombée pile sur une précédente s’inscrivait au bout des doigts de ce qui échappe, rendant problématique l’idée d’une direction palpable. Quelques fictions marmonnent en ce Dimanche matin de bribes de chocs pas encore totalement à leur intellection. Les variations s’offrent en florilège de sourires, l’humour pouvant peut-être faire tinter la sonorité de ce jour. Avec le temps qui enfile les journées comme des perles, l’air de ne pas trop y toucher sied à la journée fatidique, le «poteau d’angle» de la semaine dont la disponibilité inquiète l’usage. Henri Calet, le «Keaton de la littérature» (Ponge) octroie au vide du jour l’ambivalence d’une pirouette, mi chute mi prouesse: «Ah ce jour est difficile à vivre, on ne sait pas par quel bout le prendre!...de s’avoir ainsi à charge pour une journée» (Poussières de la route). Chez Lubin, l’ouverture au blanc gagne l’espace où se profile un intervalle mis en lumière «plus aucun couple pour la chambre de passe...il n’y a qu’un grand silence liquide» (Dimanche dans Sainte Patience). Les complaintes de Laforgue passerait bien par là mais il est trop tôt, ainsi que tant d’autres, dont l’inventaire serait à faire, s’imaginant aux contours. Velléitaire, neutre, la vacance des minutes adjoint l’indécidable à ne pas se résoudre. Et si plutôt que de décider et choisir, prompt à l’emballement tel Gene Kelly, l’impossibilité d’un choix rejoignait non pas la désertion mais la sobriété d’une aurore, ce point d’un jour qui n’a pas besoin d’une conscience éveillé et disponible pour passer à l’acte mais qui stipule les glissements comme occasion de se soustraire un peu encore à un cours. L’instant du réveil dans la suspension de la netteté optique «ne serait-il pas la synthèse de la thèse de la conscience du rêve et de l’antithèse de la conscience éveillée» (Benjamin) permettant aux collapses d’acquérir une durée, et de surfer la (le) vague qui se présente? Le glissement par chance n’a pas toujours l’incarnation précise comme scorie, l’ajustement optique de l’oeil  batifole sur les murs, la lumière perçue à une ouverture à l’iris possède la reconnaissance des formes altérées et ralenties. Mettrait-il en péril jusqu’au Lundi latin, une impossibilité à reénchainer (Calet for ever: «le Lundi vous attend, tout près; il ouvre sa grande gueule de fer aux dents pointues, elle a la forme d’une porte d’usine»)?  Le film de Iosseliani, Lundi matin, solidement chevillé au bail indéfini des interrogations fait disparaitre une reprise, porte l’insupportable à sa définition de perception, à une décision de ne pas y revenir, interférée par un autre retour, celui des possibles, à l’écart de la répétition enfin compromise, d’un geste, un départ, d’un temps pressenti à un irrémédiable, un autre travail sur la durée pas forcément de résistance uniquement, semblant parcourir les instants dans les grandes largeurs. 

 

Le Dimanche peut-il être à ce point truffé de mélinite de ce qui n’est alors plus simple évocation, mais reliquat d’un substrat de la forme autre que l’informe, un rêve d’une chose, «la latence d’un jour prédit d’une résurrection» (Bloch)? La parole du philosophe parait lointaine; pourtant cette résurrection ou son avatar espéré au bout des lèvres, on imagine qu’ils taraudent ceux pour qui le septième jour est loin d’être commode, tel les papas à la boule dans le ventre d’être à la hauteur d’espérance de petites bouilles (les papas du Dimanche, le livre bien plus réussi que le film), tel les cyclistes professionnels affrontant l’enfer au brasier des secteurs pavées (a sunday in hell qui vaut surtout par les images d’un point du jour d’avant course plus que par son récit), telles les familles désertant le lieu d’un presque néant, les non promenades et les dérives empêchées d’un territoire près de Tchernobyl. La part documentaire de ces projets épars ont du creuset de leur intention le thème commun partant de la naturalité de filer une différence jusqu’à l’effort de stipuler l’écart dans l’acte même de saisie. L’initial se trouve pris dans ce qui laisse augurer sa persistance en autant de ressources.


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Quelques coups pleuvent également sur le badaud parti dans l’espoir de tirer une photo au hasard de ce jour, entre curiosité et tentative de regard  sur les choses ou à l’inverse du comment elles nous regardent à la dérobée. Un quolibet entendu fuse, se faisant traiter au passage de photographe à la manque, «photographe du Dimanche», parjure nouveau là où Edouard Boubat parlait tendrement de cet amateur du clic clac presque involontaire, rarement endimanché, pratiquant par affection, s’appareillant comme on dit pour le départ du bateau, guettant dans les voilures «le vent de l’éventuel», porté à la boutonnière là où l’on place les fleurs, par des hommes des hommes le Dimanche ou par des femmes du Dimanche. Entre temps, il y aura les films, et encore les films, ceux du jour où la fréquentation prédomine et où le loisir s’envisage à un voir quelque chose, un désoeuvrement dérivant à une distraction, au sens fort du terme, de détournement, la latence entrouverte. La réponse au matin enfariné mais délibérément débridée dans une durée puisse-t’elle révéler l’onde du coeur gai, sans «devoir falloir vouloir», le «devenir sybaritique» au dessus d’une vertigineuse sensation de vide. Le cours de natation, dans l’acte même de se maintenir à une surface, énonce le conseil du savoir d’un affleurement «vos bras doivent faire comme un mouvement de pédalier pour aller plus vite dans l’eau» et l’insistance pousserait bien à essayer le pédalier du vélo avec les mains à fin d’entrainement d’équilibre, et à titre d’expérimentations casse gueule d’un remontage.


 

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La réduction de l’alternative oblique l’horizon à ce que l’imagination n’avait pas prévue, auguré peut-être à un mouvement de seuil perçu, pas tant à franchir  qu’à l’instar «de Clémenti sautant par la fenêtre, vers un extérieur gorgé de soleil, après s’être étonnamment contorsionné à l’écoute du Rigoletto de Verdi: long plan qui résume le constant basculement des corps entre les théâtre, la danse et le cinéma, dans des cadres-scènes d’où sortir équivaut à un saut dans le vide et dans la lumière même» (Marcos Uzal sur le Bassin de John Wayne).

 

«Je ne sais pas quoi faire, j’ai rien à faire» .(Anna Karina). «Sous le soleil exactement».

 

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