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07/04/2012

Benoît Forgeard (Anne Steffens)

Comment réussir sa vie? Cette question n'a sans doute de sens que posée dans un « rapport de production » - réussir par rapport à quoi, par rapport à qui? Qu'elle serait l'instance, le modèle, dont le goût et les avis primeraient sur nos désirs, nos actes, et qui distribuerait bon et mauvais points, partagerait le bon grain de l'ivraie? Comment réussir sa vie? Est-ce une re-formulation en des termes économiques et dans le champ du capitalisme – l'image en moins - du Ciel des croyants? - Le Très-Haut, garant de la bonne moralité de ses sujets, passant les bonnes et mauvaises âmes au crible du purgatoire; ou bien, رب seigneur de toute chose n'ayant nulle besoin d'anti-chambre pour observer la nudité de nos coeurs et décider de qui s'écrira hosanna à la vision de toutes ces houris et ces jarres de vin AOC – what else? Au moins, et malgré les morales dévotes, nul ne sait de son vivant le sort qu'il lui sera réservé dans ce hors champ définitif; la vie pourra être bâclée, ratée, corrompue, usée jusqu'à sa corde, la miséricorde infinie réservera sa réponse et sera seule juge. Est-ce une re-formulation d'un ménage à trois calquée sur la psychanalyse - me, myself, and I -, le positionnement de soi vis à vis des autres (famille incluse) sous l'oeil du père (de famille)? Réussir sa vie, c'est sans doute être observé d'un extérieur, et être approuvé par une norme (type label rouge) : marcher dans les clous, ne jamais désapprendre, passer en classe supérieur, entrer , dans ce modèle économique qui se veut centre d'attraction. Ce qui inquiète dans l'idée de Paradis, c'est la possibilité qu'il soit garder par quelques cerbères, par quelques CRS. Approcher votre oreille, jeune fille aux lèvres nues; j'aimerai vous raconter le secret du secret : « la mort intervient à la fin de l'existence pour y mettre un terme ». Eclats de rires. Mais ça dépend de quel rire dirait Léo Ferré. Rire jaune, humour noire; non, plutôt un rire vert – verdâtre telles certaines variétés -, vert de verdeur ou tendrement vert; le vert du printemps, en U pour y déposer de jeunes branches fleuries, qui, dans le renouveau et cueillies, n'en n'oublient pas moins cet horizon métaphysique : « qui peut être certain d'avoir vécu? ».

Aragon avancait dans les derniers mots du Paysan de Paris : « Poussez à sa limite extême l'idée de destruction des personnes, et depassez-la. » Voilà une chronique qui ne mène nulle part, et n'offre en partage qu'un ton grave pour un film aigu et drôle. Réussir sa vie, c'est avant tout ce que vient de réaliser sur la base de trois courts-métrages antérieurs assortis d'interludes Benoît Forgeard. Film faussement programmatique, dont il serait bien difficile d'extraire une morale à laquelle se substituent le plus souvent de fameux et singuliers éclats de rires, si ce n'est ce slogan lu, taggé, sur un mur à l'arrière plan d'un film de François Truffaut, Peau Douce ou plus sûrement La Mariée était en Noire, « ne pas perdre sa vie à la gagner ». Nonchaloir, inutile de se crever les pupilles : petite revue de presse de cette « histoire branquigolesque, joliment décousue » - mais ce qui importe nous avertit le personnage du réalisateur fauché, c'est de faire un film, et avec des images c'est mieux. Dans cette réussite, qui sait si il y a bien 24 images secondes; il y en aura toujours assez pour s'écarquiller les paupières avec nos zygomatiques ouverts, ou « s'amputer la bouche » pour le spectateur bien intentionné qui souhaite être poli envers la partie silencieuse de la salle.

 

http://www.centreimages.fr/livretcourts2/COURSENUE/PROPOS...

http://cinema.nouvelobs.com/articles/17769-benoit-forgear...

http://karelia.over-blog.com/article-reussir-sa-vie-de-be...

http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/reussi...

 

La reprise du titre de l'album légendaire de Christophe, Le Beau Bizarre, éclaire le goût marqué du réalisateur pour le décalage. Par le biais de ce Beau Bizarre il serait possible de dresser une généalogie de la moustache, avec en figure tutélaire le rideau épais qui se soulèvait au souffle nietzschéen, en relais Frank Zappa, et dans le cinéma les moustaches célèbres de Groucho et de Peter Sellers (et pourquoi pas, cette liste en libre associations n'est plus à un poil près, rajouter celle de Jean Ferrat). Il serait également possible d'établir un jeu des sept familles du dandy moderne, celui qui, sans illusions, chevauchedes « à quoi bon », mais, non dupes des stratégies de séduction mainstream, n'hésite pas à endosser, dans le sillage d'Edouard Baer, le costume de maître de cérémonie. D'ailleurs, Benoît Forgeard partage avec l'auteur de la Bostella une certaine veine d'un rire sauf des impuretés qu'il traverse de sa flèche : les ironies, le cynisme, les mises en boite, le satyrique, le rire brocardant, le rire irrepressible, machiavélique. Il reste que l'écriture d'Edouard Baer repose sur l'improvisation, sur le mouvement collectif, le dérèglement et le désordre, sur une dérive de troupe qui emprunterait à la piste de cirque une forme circulaire, alors que Benoît Forgeard compose une mécanique dans laquelle la réplique, les silences, le décor même et ses accesoires sont autant de rouages indispensables et disposés avec précision. Forgeard est un adepte du dérailleur (dont nous fêtons les 100 ans), du changement de braquets, moins de la roue libre; ce qui ne fait aucunement obstacle à l'incongru, à l'étrange, au surgissement du surréalisme (il est si bon que ce mot est encore une actualité et un (non)sens) au détour d'un réalisme (social) cause de « démangeaisons ».

Décrire ce film comme vert, c'est aussi en souligner sa teinte, c'est essayer de cerner ce qui dans l'attitude des personnages dépasse la seule loi de l'ironie, échappe à la vulgarité du rire de connivence (de celui qui ricanne de son propre humour – tout humour est un peu douteux, et, il nous semble que bien peu de comiques prennent la mesure de ce doute). Un gag, c'est du sens : une mise en question d'une narration; c'est une histoire d'adaptation (en bien ou en mal) d'une métaphysique, d'un être essentiel (son amour, sa liberté, sa vie) à un cadre. Forgeard respecte ce geste (tracé dans ce monde-comme-il-va, et sous nos latittudes, par Tati, Etaix, Moullet); sa réalisation cherche ainsi, dans des synopsis plausibles racontant la confrontation de jeunes adultes au monde du travail (comment réussir sa vie donc) – le cadre –, des déplacements de sens comme autant de déraillements. « On ne peut pas fuir indéfiniment la réalité » dit notre réalisateur fauché. Certes, mais il la bruite d'une étrange façon pour nous offrir la liberté d'en rire, à l'exemple de la scène d'ouverture et de ce son qui revient sur ce cri du coeur « on va se faire un max de tunes ». Il n'a d'ailleurs pas l'inélégance de rire de son sérieux. Nous admirons ce sens de l'économie répondant comme une fraude à l'économie de moyen, ce don de l'ellipse : un plan de brins d'herbe s'écoulant dans la bonde d'une baignoire, une baignade dans une piscine pour une scène de séduction conventionnelle (la jeune naïade, le jeune homme à la guitare) qui s'avèrera à contre-courant, les poncifs balbutiant sur une étrange latence.

Au fond de notre rire, et de notre bouche amputée, il y avait un dépôt d'inquiétude. A l'exception de la scène finale, dont nous aurons a reparlé, les rapports amoureux, même hors du chemin balisé par l'encombrement et l'embouteillage d'images toutes faites semblent gangrénés en sous marin par des rapports de production (toujours ce "réussir sa vie" en sésame, ouvres-toi). Ce curieux moustachu, réalisateur (pas si à la manque que ça, tant il semble opposer son nonchaloir au film commercial dont le son off nous entretient de son contenu potentiel) ne s'est-il pas découvert drôle à la suite d'un accident de voiture!! Sans trop en dire non plus, nous rappelerons juste la mécanique jusqu'au boutiste de certaines séquences : par exemple, le cyanure préparée par Monsieur Fraise à la Coureuse Nue, ou, le jeune VRP qui se présente à Souchon (oui le chanteur! ne cherchez pas, allez voir le film) , « j'ai, lui dit-il, tout perdu, plus de papier, plus rien », la Souche lui réplique alors : « dans ce cas tournez vous et penchez vous vers l'avant ». Nous rappèlerons enfin des propos amers : t'as la vocation pour rien, alors tu seras vendeur (à défaut d'être à vendre). Nous aurions tort, dans cette oeuvre, de ne pas être attentif à ce qui sape ces rapports de production affreusement contemporain, de ne pas partager cette humour vert qui s'inclut dans le cercle du réel à fendiller, qui après la guerre renait du désespoir, qui dit bien que il n'y a pas de meilleur illusionniste que soi-même, que le corps au fond de la malle du magicien, de la troupe de théâtre (sur l'écran de cinéma), et dont on rit, c'est le notre. Il serait réducteur de classer ce réalisateur, son effort qui nous émeut et nous donne souffle, avec les « amusants » de télévision, ceux qui jouent à mettre dans l'embaras pour faire rire aux dépens, avec les amuseurs maniant l'ironie, la distanciation, portés au pinacle par la hype avide de postures (autre noms pour planches à billets). Le propriétaire des Inrockuptibles (actionnaire du Monde) n'est-il pas homme d'affaire, Matthieu Pigasse, osant, comble du comble, écrire sur les « basculements économiques » dans un livre qu'il intitule sobrement (son de chaînes grinçantes se resserant sur nos cous) Révolutions. Rires jaunes du second degré érigé en mode d'être. Le second degré est ce qui se retranche pour éviter d'être affecté, pour éviter la prise à partie. C'est un refus de voir. Benoit Forgeard substitue au second degré, le deuxième degré (une dane en plus sur la ceinture du Maître en arts martiaux en quête de perfection) : il ne soustrait rien, il déplace les dimensions, ajoute une gamme au rire à la façon des bruiteurs. « On ne trouve plus de bruiteuses, des gents bruyants oui ». L'enfer est ce silence, et ce film est « fendard ».

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U vert

Ubu roi (autre moustaches)...


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Rimb

« U, cycles, vibrement, divin des mères virides

Paix des pâtes semés d'animaux, paix des vides

Que l'alchimie imprime au grands fronts studieux »

 

Cycles. Cycliste. Fils de Moullet? Dandy? Forgeard? Mais alors Rodolphe Darzens, le premier éditeur de Rimbaud, organisateur de courses vélocipédiques, amateur du duel sur deux roues, ami de Saint-Pol Roux et de Villiers-de-l'Isle-Adam. Chroniqueur sportif qui signait du pseudonyme de Recordman.

 

http://sporterotism.blogspot.fr/


 

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