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30/04/2012

Serge Toubiana pour qui votes-tu (au deuxième tour)?

« Les cris qui se savent inécoutés enveloppent un horrible silence ». Les frontières ça tamisent les cris du monde qui meurent étouffés sur le pas de nos chambres. 26 ans après l'empoisonnement du réacteur n°4 de la centrale nucléaire Lénine, le 26 avril 1986, et l'explosion qui s'en est suivie à 1h24 du matin, la bataille de Tchernobyl se poursuit par la construction d'une arche d'acier à structure métallique, un des chantiers les plus colossaux entrepris de mémoire humaine. Nous comprenons alors, un des aspects du travail de Ai Weiwei : l'opiniâtreté que montre, comme photographe, le dissident chinois aujourd'hui assigné à résidence, pour garder traces sur des jours, des mois, des années de l'architecture du monde, d'un monde devenu architecture, muant s'en cesse, dressant ses réseaux routiers, ses villes, ses bâtiments sur la terre glaise, en un effort dément, vision d'une humanité en chantier, dont l'inévitable est le passage par la destruction, par le conflit ouvert avec les éléments et événements naturels non encore maîtrisables, dont l'inévitable est le devenir gravats. L'artiste prouve que l'urbain, la construction qu'élève l'homme c'est du combat, et dans ce conflit, l'image peut être salvateur bien au delà de sa fonction de témoignage; elle offre en partage un geste, elle ramène des enfers des cartables vides et lutte pied à pied pour exprimer l'éphémère, l'émotion, la vie individuelle au centre même de l'oubli. Rien de surprenant, alors, à ce que Ai Weiwei voisine, au Jeu de Paume, avec Bérénice Abbott, qui, pareillement opiniâtre, a engagé le long de la route 1 ou à New York des portraits d'habitats, de lieux, d'un temps défini comme un moment, dressant des séries systématiques de la ville en ses changements, et disant du présent - « tempo » - de ces « ensembles » qu'il n'est pas l'éternité, voir même le temps, mais l'éphémère. Ai Weiwei, par la démultiplication par défi de ses porte-voix (blog, réseaux sociaux, vidéo, photographies, installations, projets architecturaux), Bérénice Abbott, par sa recherche esthétique des formes, et lignes, qu'en oiseleur de l'ombre et de la lumière elle capte dans ce qui structure nos espaces, par sa vision en « coupe » qu'elle poursuit jusque dans le domaine de la science et de l'abstraction (les fabuleux clichés d'ondes), nous rappellent avec une acuité presque insupportable cette équivalence des catastrophes telle que la philosophe Jean-Luc Nancy, ce grillage qui nous environne et nous conditionne, liant, inextricablement, les existences à des techniques, des technologies, aux sphères de la consommation et de la communication, sans que nous soit donné véritablement le moyen de détacher notre présent de ces réseaux de signes.

Les images peuvent nous aider à une prise de recul, et, la chambre du cinéma est un sas de décontamination essentiel dans lequel les configurations que nous subissons obéissent à une logique autre, se soumettent à une physique différente. Si il nous faut avancer précautionneusement, à jets de pierre, entre des irradiations invisibles, et essayer d'être dans la densité du présent - dans toute la profondeur de la dimension de l'attente -, il devient alors urgent de suivre les Stalker, notamment ces prochains jours dans la Zone d'Autonomie Temporaire que sera la Maison du Japon :

http://www.mcjp.fr/francais/cinema/paysages-du-cinema-jap...

Ces catastrophes, avec leur part visible - les blessures physiques qu'elles occasionnent -, mais une part visible qui se répercute, à la façon des ondes prises par Bérénice Abbott, dans le vecteur du temps et qui donc échappe au culte de l'instant et du spectaculaire qui régit les réseaux d'informations, avec également leur part invisible, la contamination de l'air, de la terre, de l'eau, sont une provocation à relever, un gant jeté à la face des cinéastes. Le temps et l'absence, l'étrange lumière (la lumière aux reflets bleutés qui se serait dégagée de l'incendie du réacteur de Tchernobyl), sont des expériences de regards à saisir, des expériences de regards qui s'ancrent dans les vies humaines violentées mais questionnent aussi un abîme insondable, matérialisé en cette radioactivité hors de l'échelle du temps, présence impérissable et indépassable. Le nucléaire n'est-il pas ce noyau, une intensité qui happe, qui correspond à l'étymologie du mot transcendance : ce qui est haut et profond tout à la fois, une soudaine dimension rajoutée au réel? Comment en rendre l'expérience sensible, la verticalité dans l'élévation et la chute (Roberto Juarroz - fb)? En attendant, c'est notre regard contemporain qui se contamine, voyant, par exemple, dans les clichés d'Atget (actuellement au Musée Carnavalet), le témoignage futur d'une destruction de toute vie, une condamnation de la présence humaine. Ces photographies disent le vide et sa paradoxale non présence; elle disent ce qui en est de la géométrie de nos habitats lorsqu'ils ne seront que coquilles désertées. Notre perception immédiate des bâtiments peut s'en trouver également perturbées, avec, autre exemple, l'impression tenace d'avoir affaire, dans la construction de Frank Gehry qui héberge la cinémathèque française, à un abri anti-atomique, à un cousin du sarcophage Lénine, de voir dans les dessins spiralés et autre ballon géant accompagnant l'exposition Tim Burton des excroissances malines et cauchemardesques. Désormais, l'institution culturelle qu'est devenue ce lieu se conjugue à la rentabilité, ressemble à l'usine : caméra de surveillance, hôtesses d'accueil (aux physiques avantageux) en uniformes (rien ne les distinguent plus de leur consoeurs et confrères d'UGC – espérons que tout ce petit monde est syndiqué), esprit de troupe et le management qui va avec, ce qu'indique la gestion militaire des files d'attente de malheureux spectateurs un peu perdus au milieu du personnels, des visiteurs et étudiants de la Bifi. Y aime-t-on encore le film? Bien sûr, le programme de la cinémathèque regorge de niches cachées; bien sûr, il y est toujours possible, salle Franju ou Epstein, d'assister à de curieuses séances, d'enrichissantes expériences, de découvrir Jean-Michel Alberola et la résistance aux équivalences que le réalisateur a filmé avec 5 caméras dans l'entaille d'une vallée des montagnes japonnaises, à Koyamaru pour être plus précis. De découvrir les yeux et oreilles grands ouverts, sous la protection (menace) des paravalanches, une oeuvre qui élabore, par plans, blocs documentaires plus ou moins longs, régimes d'image (argentique, analogique, ou numérique), caméra fixe, porté, ou en mouvements linéaires, une totalité mettant l'accent sur les questions d'échelles (sociales, culturelles, d'espace et de temps), une oeuvre qui rend justice à toute l'étendue de la conscience.

Il doit être compliqué pour Serge Toubiana de gérer cette Maison, cette architecture. Peut-être, aurait-il été plus modeste de renommer la cinémathèque française, en cinémathèque parisienne, de conserver l'énergie des salles des Grands Boulevards (reprise comme un symbole du changement de direction du vent des initiatives par le Jamel Comédie Club) et de Chaillot? Qu'il doit être pénible de rentabiliser ce paquebot : - une programmation américaine n'est pas de trop pour y amener le badaud? Il est certain que les manchots, les chauve-souris, et autres étranges animaux continueront à « anarchiser » ce bâti; mais il nous est pénible d'entendre lors de l'ouverture de la programmation faite par Alain Cavalier, Serge Toubiana (le Directeur) se perdre dans un discours sans saveurs, presque embarrassant pour les spectateurs, de l'entendre parler, en privilégié, d'une incroyable photo de Pialat jeune homme sur le tournage d'un court-métrage de Cavalier, sans qu'il lui soit venu à l'idée de partager la trouvaille. Que sont pénibles ces propos d'entreprises qui se centrent, à l'exemple des dispositifs télévisuels, sur l'auto-promotion. Que nous importe que Monsieur Toubiana batte le record d'années de direction de Dominique Païni, si ce n'est que de Dominique Païni nous reste le souvenir d'une programmation audacieuse! Et par contraste, qu'il est étonnant d'entendre Alain Cavalier, devant un parterre de professionnels de la profession, promouvoir l'invention de nouvelles formes de distribution, encourager les cinéastes, les vidéastes à diffuser par tous les moyens leurs créations, de mobiliser jusqu'au café en bas de chez soi, au coin de la rue! En somme, un cinéma de proximité pour mieux être "maître de son malheur" (Colette Magny)?! (http://blog.cinematheque.fr/)

Jean-Michel Alberola : "la pensée c'est du ciel".

 

aa

28/04/2012

Serge Toubiana pour qui votes-tu (au premier tour)?

Pause.


Dans dix jours, l'internaute et a fortiori « les gens de la moyenne » comme le chantait la Grande, si précieuse et essentielle Colette Magny (le fond Slon/Iskra possède des images d'un concert à Saint Nazaire qui vous foutent la chaire de poule http://www.iskra.fr/front_office/iskra_home.php?vMenu=pre...), nous même donc, auront oublié un des faits les plus remarquables de la campagne des élections présidentielles qui s'achève. Nous voulons évoquer et consigner la chute malheureuse de la candidate des verts et Europe Ecologie Eva Joly.

http://www.lefigaro.fr/politique/2012/04/02/01002-2012040...

La grande, précieuse et essentielle Eva Joly, autant d'adjectifs qui ne semblent guère superflus lorsque l'on se représente ce qu'elle a dû souffrir d'une fRance bleu blanc. Quand sera supprimé le défilé du 14 juillet ? A quand une commémoration de la fin de l'esclavage qui fasse plus de bruit que les chars sur le pavé des Champs-Elysées. Bientôt, nous pourrons chômer aux fêtes arabes, juives ou bouddhistes... Le fait remarquable est donc cette chute – aucune chute n'est anodine, tout cycliste le sait de longue date - ; chute survenue dans un cinéma. Cela n'a malheureusement inspiré que 2% de votants et donc, peut-être, par déduction n'y a-t-il que 2% de cinéphiles à l'intérieur de ces frontières que s'empressent à redessiner aux traits noirs nos ennemis les graphistes. La citation qui ouvre Les Sanctuaires de l'Abîme chronique du désastre de Fukushima de Nadine et Thierry Ribault : « Ce qui restera ne sera plus une situation historique, mais un champ de ruines sous lequel sera enterré tout ce qui avait été un jour de l'histoire. Si malgré tout l'homme survivait, ce ne serait plus en tant qu'être historique mais comme un pitoyable résidu : comme une nature contaminée dans une nature contaminée » Günther Anders, Obsolescence de l'homme. Autrement, la Molussie de Nicolas Rey, récemment primé au festival Cinéma du Réel nous en propose une pensée-paysage. http://lederniercoquelicot.hautetfort.com/archive/2012/04...

Quel film avait-t-elle vu ? Koyamaru de Jean-Michel Alberola, dont le réalisateur nous a appris que nombre des habitants de cette campagne montagneuse du Japon sont partis à la suite du tremblement de terre à l'origine du dramatique tsunami et dont des forêts filmés en négatif nous laissent un souvenir étrange ? A moins qu'il ne s'agissait d'une réunion publique ?

Ne vois-tu pas – chante Colette Magny – ces hommes et femmes qui battent le pavé, et qui, oh bourgeois, portent la guerre sous vos fenêtres ! Fermes ta porte, pays corseté de nation imbécile, la ligne de front que tu as créée passe déjà sous ton balcon.

A celui qui porte ses larmes, qui est plus « malheureux que le malheur » (Colette Magny), qui éprouve « l'effort du monde au matin pour redevenir soleil » (Christine Spianti) et peine, le soir venu, à se réchauffer (une séquence a tatoué un hippocampe de Martin et Léa de Alain Cavalier; Léa, après le suicide de son amie, tremble de son âme et du corps en chien de fusil, alors que Martin, comme un majnoun, s'emploie longuement, viscéralement, à la réchauffer - séquence qui nous rappelle par l'intensité physique et primitive, et dans un autre contexte de désir et d'amour, La Femme au Corbeau de Borzage), donnes toi rendez-vous à la cinémathèque française, il y a des restes d'écrans en couvertures affectives. Il y fait bon, les toilettes y sont accessibles, les hôtesses jolies, et, pourquoi ne pas y roupiller à l'ombre de son olivier trônant désormais au centre de sa mezzanine. Tous à la cinémathèque ! C'est Serge Toubiana qui régale.

En attendant, l'éternel retour des éclopés, des pirates des écrans et autres manchots et chauve-souris dans ce haut et nouveau lieu germano pratin : hommage aux intranquilles (d'un nom de festival qui se tenait aux Subsistances de Lyon) : http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/rencontres-conf...

 

- « Au pigeon vole des voleurs » (Colette Magny)

- « Les cris qui se savent inécoutés... »

 

aa

24/04/2012

Les Verticaux

La Martinique aux martiniquais. Le film de Camille Mauduech construit l’antithèse des slogans nationalistes que le titre ne distingue pas. Il s’intéresse politiquement et esthétiquement aux conceptions d’une liberté à forger au sein d’un territoire. Le film s’inscrit à l’opposé d’un monde compartimenté. A travers quelques lignes de force de ce documentaire, essayons de tirer au clair ce qui fait porter une fierté au coeur à la sortie de la séance, à la rescousse des lourdeurs d’un climat délétère actuel. Les dispositifs sont nombreux et précis pour retrouver le vent de libération de là où il est issu, sans projeter de l’extérieur sa provenance. 

 

 

Un fondu enchainé: le drapeau français aux bandes droites se fond dans un drapeau où la bande rouge est transformée en triangle rouge et les bandes verticales désormais horizontales. Cuba n’est pas loin. Le triangle de la liberté du drapeau cubain rappelle d'autre triangle de fraternité, la résultante des libertés passant de mains à mains entre trois nations réunis dans ce film au souffle d'une contestation: 3 axes, Algérie, Martinique, France, trois sommets du triangle. Les futurs partisans de l'Ojam (Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique) iront s'entrainer avec le FLN, car à la réception de l'acte de mobilisation pour la Guerre d'Algérie, les étudiants antillais devaient choisir. Ou combattre contre leurs valeurs ou fuir en clandestinité et écouter un parti de «l’ombre» organisé par Manville et Glissant. Si le papier administratif ne peut plus fleurir en «fleur d'hibiscus», il contraint au choix. Déjà pris à Paris, «pris pour des algériens», la cause s'entendait. Le fondu met en place le triangle comme la résonance d’un désir, de sortir de l’oppression coloniale (relayé par des documents d’époque montrant les conditions sociales impossibles aussi sur le territoire martiniquais: quarante enfants par classe, hôpitaux en berne...). 

Un montage inclusif: pris, les membres de l’Ojam sont emprisonnés dans les murs de Fresnes. A l’intérieur de la prison, ils se constituent en cellules, avec d’un côté les autonomistes, et de l’autre, ceux qui étaient affiliés au parti communiste. Ensemble, ils travaillent à leur défense et au retentissement du procès. Les débats ne cessent de créer des interférences à la monotonie du lieu d’enfermement. Des cellules à l’intérieur d’une cellule, exactement en terme immunologique, gangrenant l’environnement pénitencier, les sourires affluent de ces réunions passionnées. Le montage entrechoque les photos d’époque faisant ressortir d’avec la pleine conscience des risques, la complicité plus que complice des choses accomplies par ceux qui ensemble avaient mis au point le scandale. Le «farouche» composé de toutes ces mains fait pâlir bien des consciences (déjà pales). 

Une voix off: quasiment absente du film. La réalisatrice ne donne pas sa vision des choses en guidant la réception du film. En clôture et en incipit du film, elle place néanmoins son projet sur des rails, entre ce qu’elle dit appartenir au récit de marronnage et à la fin, à l’espérance d’une décolonisation (citant les très lucides mots de Frantz Fanon), avec l’homme décolonisé au sens large de toutes les compromissions à une occupation purement répressive. Effet de stylisation de cette voix off clairvoyante aux deux extrémités du film sur des plans de Fort de France de nuit?? En multipliant les témoignages de ceux qui ont participé au groupe, elle enregistre autant de reflets fidèles aux multiples intentions de l’époque. La volonté n’est pas de réduire au discours mais de se pencher sur un passé pour en déceler l’énergie féconde. Le travail d’archéologiste s’entretient ici avec ce qui est toujours vif (et Monsieur Sainte Rose plus que jamais présent) à peine recouvert par les années, à garder à son exposition d’insoumission. Et pour ceux qui ont disparu, les pensées des vivants n’en font pas abstraction. «La Mort accomplit un fulgurant montage de notre vie», quelle fierté alors que cette révolte choisie, les témoignages recueillis déployant l’onde d’un engagement.

Des sons directs et un enregistrement à plusieurs caméras. Les protagonistes  sont filmés chez eux, assis. Dans leur dos recèle beaucoup d’eux, de la fenêtre ouverte à la pile de livres. L’arrière plan ne serait-il qu’un décor d’habitude? Ici, il transpire autant que les récits de persistance à l’ouvert. Les reflets de vitres ouvertes sur les lunettes de Victor Lessort relayent ce qu’on entend des paroles prononcées, en une traduction immédiate. Livres, fenêtres, plantes, la réalisatrice capte les visages toujours proche d’une sortie d’un esprit ou du corps, capable de retrouver une clandestinité si les temps virent à l’aigre. Les différents axes de caméras permettent de montrer le dit parfois à une importance de proférer, davantage à renforcer l’impression d’être pris «dans un échange, et non à distance de celui-ci, au loin» (Touratier sur des films d’Ozu, le film de Camille Mauduech esquissant une similaire économie du cadre et de l’atmosphère). Le film insiste sur les multiples sources de l’insurrection (la «castromania» citée, et l’Algérie plus que jamais aux pôles) mais aussi sur la spontanéité immédiate d’une insurrection qui ne visait pas tant la joie d’un soulagement que d’embrasser les multiples et les possibles d’un monde en mouvement. 

 

«L’homme nouveau décolonisé» cité à la fin du film, rendu à sa possibilité de vision, s’érige d’une verticalité, après avoir si longtemps était trainé à ras de terre. Le film adopte dans sa chronologie des dates à partir de Décembre 59 et des premières exactions de Rivière basse pilote. Un nouveau calendrier parait remplacer celui du temps qui passe. Comme les nouveaux calendriers pour les révolutionnaires, quelques lignes de Césaire semble instaurer un nouveau rythme de calendrier lagunaire: 

 

«j’habite de temps en temps une de mes plaies 

chaque minute je change d’appartement

et toute paix m’effraie

des siècles durant

tourbillon de feu 

ascidie comme nulle autre pour poussières

de mondes égarés

ayant craché volcan mes entrailles d’eau vive»

 

Face à ce que l’image peut d’habitude entretenir de même, un fondu qui ne dit que l’identique, un montage discursif, une voix off qui assène un commentaire, des axes de caméra comme simples variantes, ce film propose de différencier, à partir d’un dispositif qui tend à forger sa propre langue par rapport aux images, une pensée toujours à l’oeuvre dans le temps. Si la Martinique aux martiniquais devient la semaine dernière l’exemple d’une identité revendiquée contre d’autres dans la bouche d’une candidate extrême, comme contre exemple, la réponse singlante et belle d’Audrey Pulvar, sur le même plateau de télé «vous voulez qu’on parle de nos pères?» a la répercussion de l’insupportable au fleuret des reparties verbales saillantes. La verticalité, de vie, de poésie, d’éthique pour saisir un mot à la mode, et non de droiture dans des bottes, prendra les mots de laxisme et de liberté qui lui sont reprochés, non comme des vieilles tares, mais comme l’expression de valeur à  vivre d’entrailles, aux multiples des voix. Le film de Camille Mauduech tombe à point nommer pour en affirmer une vision.

 

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