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23/05/2012

Tropique

Les plaques commémoratives évoquant les célébrités indiquent-elles les latitudes et longitudes des lieux à devenir un esprit «éclairé»??

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Beaucoup dont Clément Rosset n’aiment pas les superstitions, mais le jeu peut l’emporter à s’imaginer au voisinage de cerveaux rutilants et des grandes oeuvres décisives, ici ou là dans la rue. Un exemple pompeux: la rue Jacob à Paris. Elle empile les références aux plus illustres dans un concours de superlatifs, de Wagner à Stendhal. L’air y serait-il plus propice à la composition? Passer et y repasser octoierait-il l’inspiration salvatrice changeant du noir cachot vide à idée qui colle aux journées? Un coup de vent permet de se remettre de ces élucubrations oiseuses. Pourtant on serait de l’époque. De nombreux fichiers, mp3 et autres, sont crées pour que l’on puisse télécharger des balades cherchant à esbaudir le présent, par les yeux et les oreilles, du passé aux riches heures, d’après ce qu’on veut en faire croire. Suivrons-nous les voix de Virginie (Ledoyen) ou d’Hélène (Fillières) dans le labyrinthe où la chance les fera peut-être croiser? Le magazine «à nous paris» fait le recensement des créations numériques maniant l’archive à destination d’un parcours. D’une balade juste par l’oreille aux mises en scène plus fictionnelles, l’image cinématographique est aussi convoquée dans ce qui est dédale des connaissances. Sont-ils si «calés» en justesse ces fichiers numériques, laissant sur la grève du quartier la bande à Bob Giraud et autre Vidalie, leurs scripts rédigés aux comptoirs, virés aux oubliettes? A la liste du magazine, pourrait s’ajouter le classement des archives entrepris par le Forum des halles, le nom d’un quartier ouvrant le champs des années hétéroclites à un rapport spatial. Saint-Germain s’y reconnait entretenu, moins Belleville bousculé par les époques différentes. Là aussi, à la reconnaissance des endroits avec l’exactitude des métronomes, s’oppose la perdition de ce qui échappe à la localisation, les traces à vif d’une mémoire d’un lieu, parfois filmé jusqu’à l’apparition du drame, qui en obscurcit les contours du folklore. Melvin von Peebles dans un court heurté à la beauté irradiante (1963), Cinq cent balles, égare la vision d’un Belleville. La pente sur laquelle va apparaitre une brutalité entre un grand balaise et un enfant se battant pour un billet tombé dans une bouche d’égout, oublie les localisations, se focalise sur ce qui ne semble pas avoir de suite. La démarche épouse celle de Robert Bober lorsqu’il colle les unes à côté des autres les photographies d’époques différentes d’une même rue, exposant une radiographie du temps, où s’y lit davantage les heurts, les fractures, les clivages qui font relief que l’effet morphing d’un passé vers un présent assurant sa succession, sa compréhension. L’image achoppe, comme le regard achoppe dans une photo de Bérénice Abbott sur la pierre à esclave au coin d’une rue sud américaine. Face à la latitude longitude d’une contemplation assurée des manieurs d’histoires selon l’écoulement du temps (style Lorant Deutsch), les scories, les doutes le disputent, aussi dans la constitution d’une série, dans la façon de s’entretenir au passé, plus proche car peut-être plus humain lorsque le passé parait moins assuré, fidèle à l’imprévisibilité d’une création. Y aurait-il d’autres cartes à rebrousse poil de la place des grands hommes, à la sensibilité toute photographique à  l’incertitude plus précise que le récit? De traboules (voir Paria en dessous), de souterrains, de tropiques exotiques ou des chemins des verres entrechoqués («dans le monde de Giraud, on boit parce qu’il vaut bien vivre un peu, continuer, se dire quelques mots, se donner quelques regards, afin de se croire moins seuls, moins perdus»). Alors «peut-être ne cessera t’il (le passé, l’homme) de s’élever toujours plus haut à partir de là même où il aura cesser de s’écouler» (Nietzsche), en un lieu «recomposer les signes du naufrages pour en différer le déclin» (Ossang). Les guides n’aiment pas trop les cartes au trésor approximatives, rongées par le feu, de celles que dessinent, souvent incompréhensibles, les enfants. La carte au trésor de celui qui déambule n’est plus à l’avance situable, la hasard rejoue son coup de dé, à sa latitude inconnue. L’époque décide de l’archive. L’archive est au risque du parc land qui veut absolument lisser les incompatibilités comme les âges, ou au contraire, en espérant que la pratique du copier coller puisse aboutir sur de l’inabordable (suivre Tarkos), le lieu d’un espoir porté au coeur, d’une balade proche des détails qui disparaissent, des stigmates comme des syncopes, suivant de Farge à Anaïs Nin, les tropismes d’un quartier «ignorant les raccourcis», d’appartements inconnus en butte de relief non discernés avant, photographiant à la marche, rendant vie aux documents plus qu’en en enregistrant le dépôt. Le fichier Mp3 qui prend le récit unifié d’emblée dans sa rédaction sera-t-il contaminé par la balade-ballade que relève Deleuze au sujet de Pierrot le fou?? A Virginie Ledoyen d’en décider.

 

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(Jeff Wall)

 

 

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