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01/06/2012

Une famille???


Zoe Chantre et Alexandra Pianelli sillonnent la Haute Marne pour, selon ce qu’elles appellent leur protocole, proposer à des petits groupes d’habitants du «périurbain» l’occasion de voir ensemble une séance de cinéma dans des lieux inattendus. Parler d’un film, confronter des idées, apporter le cinéma à des gens qui n’en n’ont plus vraiment l’accès, l’expérience se présente chaleureuse. Les petits groupes rencontrés selon une habitation ou un quartier sont sondés pour connaitre un peu leur gout. Ces spectateurs improvisés sont plutôt conciliants, ils ne demandent pas aux deux initiatrices de retrouver un film perdu, l’expulsion (1923) de Murnau, qui reporterait les séances aux calendes grecques. Puis il s’agit de mettre en place la salle de cinéma. Là aussi, ils restent arrangeants. «Qu’est ce q’une salle de cinéma?», aurait pu aussi faire partie des interrogations du dispositif? Peut-on la monter en quelques heures sortie ex nihilo d’un local? Faudrait-il engager pour chaque demeure des travaux d’étanchéité visuelle, repeindre les murs et les plafonds de noir répondant à la colère de Kubrick lorsque le noir complet n’était pas au rendez-vous et que la séance était annulée pour un panneau de sortie un tantinet trop lumineux? Dussent-ils ces spectateurs que l’on prend un peu trop vite pour ceux qui vont recevoir une oeuvre, donner du fil à tordre pour éviter d’avoir un fil à la patte en ergotant sur la place du premier rang, ou hésitant sur la verticalité d’une salle ou son horizontalité, rêvant de boucher par la grosse tête devant soi l’ennui que l’écran véhicule aussi parfois? Auraient-ils dû refuser la séance si le bruit saccadé de la projectionneuse, berceuse des vacuités, avaient laisser place à la neutralité du fichier numérique (les opérateurs à leur tour sont atteint par la vacuité du travail décrété, obligé à la multitâche par un diffuseur qui, disons le, abuse sans vergogne) promulgant les mécaniques de l’immédiateté variable du bouton «entrée» des ordinateurs programmateurs? Les friandises les auraient-ils dégoutés de tout confondre (le plateau télé, c’est pour la télé)? On comprend pourquoi les deux artistes ont décidé d’hâter les tractations et de se concentrer sur les échanges liés au film. Face à ces tourneurs en rond qu’ils auraient pu être, la projection existe tout de même, les salles fleurissent au coin de la rue, et ce de façon assez réjouissante. Les émotions, des films et des rencontres, seront consignés dans un livre, Projections privées édités aux rives dangereuses. Dangereux le mot n’est sans doute pas trop galvauder quand on pense que les réalisatrices sont allés dans un département qui a voté avec conviction Fn au premier tour (22%). Leur démarche n’en parait que plus sensé. Que restera-t-il de ces projections, des débats, des intrusions des images? Beaucoup de sourire, et des photos de familles, «recomposés», des participants. Oui, il n’y a pas que Cannes à avoir le droit d’immortaliser sa famille, ou plutôt son jury de star ( avec leur mot de passe signe de reconnaissance «toi aussi, tu votes pour Mickael Haneke?»). A Cannes, les spectateurs ont droit à leur image de face. A mille lieu de l’entrée subreptice, qui clôt la journée, qui tombe sur les dos, qui nous accompagne au cinéma. Et si à chaque fin de séance, les cinémas Mk2 nous demandaient d’immortaliser les quelques quidams à avoir vu le Mandrin, ou Low life, en rang d’oignon se poser devant l’objectif d’un hypothétique photographe, à l’instar de Projection privée? Le cinéphile qui pourrait tirer vanité d’un tel procédé devrait-il prendre peur de l’alignement policier à désigner les suspects comme lors des contrôles? Heureusement, le procédé des deux artistes restent à la sympathie d’être ensemble dans un champs photographique, du plus neutre, aussi en pensant par ricoché à toutes les révolutions en sourdine que ces alignements peuvent laisser affleurer (en hiatus, les regards du groupe du Grand Jeu débordant des époques, la pensée de Gilbert-Lecomte de voir dans l’économie du cinéma, l’économie de la vie dans la totalité absolue de l’assertion, «le jouer à tous les instants» et pas comme un loisir). Les photos ont l’air d’osciller entre les deux bords, comme lorsque écluser par le mouvement par laquelle la salle nous largue à la grève d’un retour à soi, le film à apporter ou non son tribu au rébut. L’image hologramme mise en place au Bar Floréal, interpelle de la disparition des spectateurs pris ainsi en photo. Un pas à droite, la photo dispose des chaises vides, un pas à gauche le groupe apparait d’un coup. Un tel glissement de l’image, avec le moment d’avant ou d’après reprendre son cours, exprime-t-il comme le mouroir de ce que l’expérience n’a qu’un temps interpeller pour être à ce point incertain dans ce qu’il fixe, ou tout simplement la politesse d’un moment dont il appartient à chacun de garder le spectre de l’instant? Une projection est-elle à ce point privée, pleine d’individualité réunis comme une frise ou ce que la photo repère comme l’apparition d’une présence passagère, mais existante? L’hologramme avec son fil à la patte d’installation porte en filigrane une idée de plan. Le dispositif tend à rejoindre l’écriture par l’image. L’exposition dont finalement nous ne parlons pas assez se visite directement sur place.


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Un des accotés de l’exposition demeure dans l’impression d’être contaminé par les indications du «petit précis pour l’élaboration d’une salle». Alors à nos tentes et nos écrans, avec le projectionnistes qui connaissent la croix de Malte! L’espace public, comme beaucoup d’associations le vivent, devenant le territoire vaste de programmations impromptues, essayant de faire voir et peut-être de voir un «quartier», ici transmis à Belleville, un moment de raccord au temps. Au bar et à côté, une photo de ces réunions à la dérobée. Pour que les parenthèses explicitent un peu mieux ce qui aura été croisé et aura guidé.


 

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Commentaires

Merci pour la chronique. Rendez-vous est pris à Belleville. Peut-être que le quartier reverra fleurir quelques salles de cinéma clandestines - en marge du tout numérique -, où, fidèle au "Juste", à Maurice (http://maurice-arnoult.fr/frame_atelier.html), dernier représentant de la fameuse université populaire de la rue Rébeval, les chinois pourraient passer quelques bandes de contrebande au lieu de prostituer leur filles... Vautier avait, en son temps, contribué à créer en Algérie les ciné-pop (en ciné bus); expérience, que deux jeunes filles, Leila Morouche et Oriane Brun-Moschetti avaient reconduite partant du constat qu'il n'existait quasi plus de salles de cinoche sur l'autre rive... Je garde en mémoire également, lors du festival de court-métrage du 104 de Pantin, un Jonas (qui est peut-être bien un autre nom pour cinéma ;) http://lederniercoquelicot.hautetfort.com/archive/2012/04/01/se-prendre-pour-jonas.html) Mekas qui, ne pouvant être présent à la projection d'un de ses montages, avait fait mettre en place un dispositif pour que chaque spectateurs après la séance se prenne en photo et laisse un message au réalisateur : quand le regard accompagne la main : une haute vision de l'amitié... et de la famille recomposée telle qu'elle peut apparaître au détour d'une séance...

Écrit par : Vincent | 03/06/2012

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