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11/06/2012

Un dernier coup sans la route

Les écrans plats qui fleurissent dans les recoins des rues et même des souterrains du métro rapportent par des capteurs situés sur les bords, à quel moment de la publicité le passant à lever son geste pour hésiter sur ce qu’il voyait. Les publicitaires sont alors ravis de la fonction phatique qui aurait fait mouche. Et ces capteurs rapporteurs repèrent le quidam à la source de chaleur qu’il déplace, comme des lunettes infra rouge gadget de James Bond. Les fantômes nous observent, et s’ils sentent ainsi notre chaleur, on pourrait bien les prendre pour des vampires de la pire espèce. Ne dit-on pas alors que l’écran se fait plasma? Le «dispositif» pour reprendre l’expression d’Agamben, pensant lui aussi le spectral, vise à la «désubjectivation» pure, simple observance de nos faits et gestes par des écrans comme des instruments à faire du néant et à le vérifier. Comment échapper au dispositif car Agamben se méfie de «la vanité des discours sur la technique  remplis de bonne intention...et qui est le résultat du dispositif médiatique dans lequel ils se trouvent pris»? Analysant dans la société de l’empire romain, l’origine d’une envolée des dispositifs de contrôle, il met à jour le mouvement qui les contrecarre, comme une possibilité d’existence à contrario, la profanation. «La profanation des dispositifs (c’est-à-dire de la restitution à l’usage commun  de ce qui a été saisi et séparé en eux) (Agamben)» est autre chose que la destruction ou l’utilisation juste d’un médium. Il s’agirait plutôt d’un «je ne veux plus servir» que l’on entend dans les Noces de Dieu de Monteiro, la restitution au libre. Y échapper, c’est déjà ne plus subir et développer des «processus de subjectivations» (pour une dernière fois citer Agamben) loin de la reconnaissance. Pour échapper à l’oeil caméra qui repère la température, dans une société soudainement de science fiction et pourtant si proche, devrons-nous suivre l’inspiration du film de Clémenti à l’ombre de la canaille bleue, ou des contes bleus de Pirotte, le sang bleu mauve du vin altérant les localisations à grand coup de baisse de température, les bouteilles circulant comme autant de contrebande à fonder une richesse de plan, de séquence, d’humanité qui renvoie (comme Godard renvoie la balle de tennis) rendue visible, vue. Alors le vin devient un élément de cadre à concevoir une durée, peu refuge, plutôt bribe de paradis. «Profanateur» des courants (Gérard Grugeau parle alors de Monteiro comme un profanateur par impulsions contraires, détournement discursifs) d’avants gardes ou de mode, deux séquences d’anthologie pour essayer de résister à la sombre semaine qui s’annonce, comme un retour à l’ici «foi qui n’est pas vieille d’une seule heure», une seule minute: 




 

 

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