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17/06/2012

Trendy

Avec toute la pluie printanière, finirons-nous amphibiens, les pieds et les mains palmés au contact des remous? Les Axolotls nous rencarderont-ils sur leurs «armes secrètes» pour se régénérer de toutes les eaux?? Et le festival La chaise et l’écran parviendra-t-il à se déjouer des gouttes, à la moindre trouée, à l’affût sous la gouttière (pari réussi pour la première, un beau ciel constellé pour la projection du Van Gogh, rue Jean-Pierre Timbaud)? Plus certainement, nous nous départirons difficilement des habits qui protègent. A l’automne, Le Forum des images, à très juste titre, avait décidé de rapprocher l’habit du film, en essayant de leur situer dans un élément de composition, pas simplement contextuel, aussi critère du drame, si le quotidien peut avoir lien au drame (projet du cycle: «Les vêtements que l’on porte en disent long sur nous-mêmes : époque, culture, âge, classe sociale. Le cinéma est un remarquable révélateur de ces codes, plus ou moins volontaires, plus ou moins explicites. Il sait aussi en jouer, tant pour construire ses personnages que pour magnifier son spectacle. La preuve en quelque 120 films.»).  Quelques films noirs étaient projetés. L’imper y traversait le cadre. Le célèbre trench, si usité actuellement dans les beaux quartiers parisiens, était ruiné de sa signification policière pour incarner l’héroïque, souvent interprété par Humphrey Bogart LE détective à la marge des enquêtes officielles. La bataille d’image sur ce trench accompagne le siècle précédent, des pires images de milice surdéterminé à ce que le cinema en a détaché comme signe manifeste du courage investigateur. Les signes engagés à Hollywood tendaient à une codification rigoureuse du genre. Le risque affinait la séduction et participait au style d’une beauté, recensée sur ce site répertoriant des apparences, assemblées instinctivement. Quelques uns manquent à l’appel. Même s’il n’opère que sur le petit écran, l’apparence épuisé de l’imper de Columbo finissait de détourner l’habit de ses significations répressives. Plein de poussière de sable californien, froissé jusqu’à sa limite de déchirure, tachés comme il va de soi pour un homme entre deux idées et deux hot-dogs, le bouton manquant, le vêtement n’avait plus rien de commun avec le perçu connu mais collait parfaitement au style débridé de l’inspecteur, inventeur des approches d’une vérité. La question de la tenue interpelle derechef le contemporain: à peine nommer Ministre de l’intérieur, Manuel Walls cède aussi au style vestimentaire. L’avenir dira de quel côté penche sa balance de justice et son rattachement à l’Histoire. Croisé, ouvert, financièrement, il n’est pas donné à tous de le porter mais pour les récupérations, on imagine mal l’ambivalence céder à l’oubli des pires heures. 


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Les nuits rouges du bourreau de Jade de Julien Carbon et Laurent Courtiaud essayait de prolonger l’onde de séduction du pardessus. Pas seulement parce que Fréderique Bel le portait d’une manière aussi nonchalante qu’immédiatement fatidique. Il était question dans le film d’un mythique érotisme (issu d’un opéra cantonnais légendaire) où la pierre de jade a le pouvoir de paralyser tout en décuplant les sens d’une façon inédite, fatale et qui vaut bien que l’on s’y essaie puisque la mort est à porter de main. La composition du film souhaitait rattacher le vêtement à sa faculté de trouble, non pas dans sa quotidienneté transfigurée comme à Hollywood, mais par le prisme d’une dualité qui ne demandait qu’à se définir plus précisément. Entre la mort au travail que le vêtement cache, d’une quête d’infini, le corps à la recherche d’un absolu (dans le film d’une sensation absolue) et le signe qu’il offre comme ostentation d’un moment crucial, l’intrigue oscillait parfois au frange d’un pur esthétisme fictionnel. Mais l’habit signifiait l’éloignement à la référence, ombrageuse parce que difficilement rattachable à un passé codifié, une présentation augurée dans le sens d’un jeu propre au film. Curieusement, le trench se dérobait à sa totalité de ligne d’héritage, funeste ou heureuse, pour retrouver un rôle d’accessoire en procès dans un récit (dont par ailleurs la justesse n’est pas assuré). Reste en trace mnémonique, comme une «réduction ludique» (Hirt) un érotisme à l’oeuvre et l’interprétation de Frédérique Bel, même si c’est ailleurs qu’elle a gagné ses lettres de noblesse, incarnant l’archétype qui dépasse un genre. Car si on l’aime beaucoup en blonde qui passe avec fracas «eh, minute...», en amoureuse autrement plus discrète dans les films d’Emanuel Mouret, en engagé politique qui redéfinit le corps éléctoral stricto senso, que dire en figure de la pluie, armant un style transgenre, le trench instigateur de la chute, un fantasme peut-être au rabais mais qu’on a envie d’assumer, pas dans le sens exhibitionniste, mais dans la définition du fantasme selon Judith Butler pour tous les hommes flaques «le fantasme n’est pas un simple exercice cognitif, un film interne que nous projetons dans le cinéma intérieur de notre esprit. Le fantasme structure les relations et il entre en jeu dans la stylisation de la corporalisation. Les corps ne sont pas habités comme des espaces. Ils sont aussi dans leur spatialité inscrits dans une temporalité». Peut-être que cette temporalité existe dans le film comme un parfum d’ailleurs sorti de la rengaine pour garder l’entêtant du lointain, pour faire exister le manteau aux rives des réels fantasmés à l’encontre d’un signifiant direct. Par une nuit rouge, la flaque sera-t-elle l’indice pour râler contre l’impatience à ne pas voir des rayons solaires (à quand le summertime qui lambine à se concrétiser?) ou la poursuite du «marécage dans le paysage», propice à une durée, étanche à tout ce qui n’est pas du rêve des amphibiens, au coeur des eaux?

 

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