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29/08/2012

A partir de là

Pour évoquer le film de José Luis Guerin dans la ville de Sylvia, on aurait pu se raccrocher aux mots de Jacques Mandelbaum: «on pense, sous le signe électif de l'illusion et de la rêverie, à Hitchcock (Vertigo), Bresson (Quatre nuits d'un rêveur), à tout le cinéma de Jean-Daniel Pollet, plus loin encore à Baudelaire (A une passante) ou Nerval (Les Filles du feu). Dans la ville de Sylvia s'adresse plus simplement à tous ceux qui aiment marcher dans les villes, s'abandonner aux terrasses des cafés, suivre une fille dans la rue, se perdre à sa suite dans leurs pensées. Cela doit faire pas mal de gens». On aurait pu aussi avouer que le film n’est jamais vraiment plus sorti de la tête une fois qu’il y est entré, et qu’il revient incessamment lorsque, s’il faut tenter d’être plus précis, ce n’est pas tant le vagabondage dans les pensées auquel il semble renvoyer qu’une suspension des instants dans leur indéterminable, le plan d’un regard qui fait que le jeune homme semble être vu à la terrasse en même temps que, non, pas du tout, passer au travers de lui, avec l’intensité redoublée d’un regard féminin dont on ne saurait pas précisément si oui ou non il le regarde, d’autant plus périlleux de cette suspension. La méprise a d’autres liens et d’autres suites que le mépris et ce qu’il engendre, «un désir de révélation» (JLG). La terrasse n’est plus tout à fait la même depuis que ce réalisateur l’a filmée, qu’il a laissé des plages de moments s’entrechoquer, se préciser, avec un montage qui ne se limite pas à la saisie du détail photographique, mais se construit par rapport à ce qui pourrait faire note ou idée à l’esquisse d’un drame, aussi minime ou total soit-il. Les «cinq euros la ceinture» d’un revendeur sont peu de poids face à la jupe qui sèche à la fenêtre d’une Sylvia perdue et retrouvée, mais donne envie de sourire au monde d'un même écho. Reste en souvenir prégnant le détail au second plan sur lequel la caméra revient comme pour soulever autre chose, qu’on n'aurait pas vu au premier abord, à un autre moment, dans le reflet d’une vitre, dans l’ombre même de ce reflet. Que le reflet porte une ombre de construire, déconstruire un après midi dans les méandres d’une ville. Comme un nuage qui passerait sur les visages, à la singularité de l’avoir traduit intérieurement cette fois ci, en attendant le  tramway. A notre tour, d'être ombré par l’attente, partant des méprises, puisque l’attente des projections des films de José Luis Guerin renvoie déjà la rentrée au rang des billevesées. Il sera malaisé d’en redire du film, de l’oeuvre suite à cette future actualité, et d’autant que la très belle étude précise de la revue Images documentaires est à lire presto de tant de développements annonçant la correspondance filmée avec Jonas Mekas, bientôt à Pompidou. Le temps d’essayer de lire, d’imaginer des différences ou des conjonctions entre les deux réalisateurs, une idée se brouillant sur la feuille essayerait en effleurant de dire l'émotion des films pour voir si elle pourrait se vérifier après les projections d’automne ou se méprendre à une redéfinition initiale:  la façon d’user de la caméra, moins comme une arme, mais comme un crayon, retrouvant la souplesse d’une impulsion, le griffonnage ou le trait précis d’une pensée, d’être à ce point libre des tours et détours, d’être atteint par une intensité, d’aller vers ce qui fait mal et meut, le sourire aux lèvres:

 

«Je sais que Jonas ne serait pas content d’un surcroît de théorie ou de références cinéphiles. Et je ne suis pas un théoricien non plus. Il est plus franciscain aujourd’hui et davantage sensible au goût des choses. L’importance d’un bon verre de vin, de la lumière d’un après-midi d’automne, d’un poème. Il ne faut pas chercher des références culturelles. C’était un départ très commode. J’ai voulu exprimer ce goût pour les choses. De plus j’aime beaucoup son humilité.» (JL Guerin)

Et dans le même mouvement que les notes soient emportées par ce que le vent fait passer dans un plan, de dos, redéfinissant l’instant fugace à ce que seule la caméra peut relever (fin de l’extrait et quelle fin), entre autre d’une chevelure:


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Commentaires

salut,

merci pour l'article et pour la vidéo, à bientôt.

Marie.

Écrit par : www.caf.fr | 29/08/2012

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