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02/09/2012

Une autre prise

J’y suis, je n’y suis plus, les fardeaux qui attendent attendront, une tentative de disparition souhaiterait obliquer les postures de reprises, comme sur les photos du magnifique travail d’Agnès Geoffray qui contrarie les sources d’exactitudes au risque de perdre les histoires, altérant l’archive qui se constitue sous les yeux, brouillant les données d’un repère d’un semblant de présent énigmatique, imaginant que l'impératif s’efface pour aller, à toute berzingue, recouvrir les espaces d’une liberté, battre la campagne, courir les rues, fendre les flots, quitter. Un des premiers films de Lucas Belvaux Pour rire, alors que le sujet aurait pu tirer vers les ombres d’une tragédie avec une sombre histoire d’infidélité, prenait à contre pieds d’un pas à contre rythme la fatum d’un destin surtout grâce à la superbe de Léaud; s’inscrire dans un cours, comme l’on peut espérer à la rentrée choisir un «cours» et faire du ping pong, était déjà une façon de glisser hors reprises, limitant les actions du grand remue ménage, et les décisions fatales. Le film procédait de la disjonction au définitif, et les séquences s’incluaient d’une légèreté résonant du grave mais miraculeux d’une suspension prolongée, flirtant avec la brisure. Le report, est ce un manque de courage proche du déni ou la seule bouffée d’oxygène ultime face à la réduction de l’alternative que fait courir le temps qui reste? Les conseils appuyés du «tu dois changer ta vie» ont toutes les raisons d’exister, elles opèrent surtout lorsqu’elles promettent le sentier broussailleux à suivre, à couper tout seul avec une machette, de poche ou autre. Comme  exemple au rebond d’une actualité cinématographique, n’y aurait-il que la tendance d’une dichotomie entre l’outrance sans limite style Will Ferrell ou la retenue de Paul Dano pour sillonner dans les eaux malaisées d’une avancée? Ou alors comme un personnage de film américain dont quelques films semblent, récemment, dessiner le portrait, existerait-il pour ces mêmes personnages une impasse à ne plus pouvoir recouvrir le réel, «ne plus pouvoir nommer pour revendiquer un droit, ou juste un regard sur les choses» (Cavell), en cela proche d’un mutisme d’autant plus difficilement acceptable que le chevauchement heureux à la conquête de l’ouest en a pris depuis longtemps un coup dans l’aile (peut-être dès les derniers John Ford)?

 

Si la comédie de remariage mise à jour par Stanley Cavell explore la reconnaissance du couple comme une sonorité commune après les risques et les méprises du sens, si la protestation des larmes découvre, dans une série précise de films, l'existence d'une voix féminine en dehors de son acceptation masculine, laissée mais d'autant plus forte, faisant entendre sa solitude en même temps que sa singularité d'existence («la reconnaissance par un individu que les autres n’accueillent pas favorablement les conditions de son intelligibilité»), qu'en est-il d'une voix de rôle masculin qui n'arriverait à dire le bonheur comme gage de promesse à sa moitié escomptée? Le personnage principal de Dark Horse de Todd Solondz ne croit guère en lui-même, et il part de loin lorsque rattrapé par les sentiments, il cherche à exprimer à une dépressive terriblement séduisante qu'un avenir pourrait avoir lieu. Baisse-t-il les bras, y a-t-il vraiment incompatibilité, le film pourrait rejoindre la liste des mélodrames de la femme inconnue, ici de l'homme inconnu. Après tout pourquoi n’y aurait-il pas la possibilité pour un homme de pleurer et de dire la défaite de la reconnaissance, refluant d’une idée de bonheur, et clamant alors ce que le regard engage? Il est difficile pour les scénarios de se départir de la personnalité et c'est davantage l'incarnation que le truchement d'une voix qui perce à jour de sa présence. La réalité brute côtoie la fable dans la façon de suivre le personnage. Ce dernier est filée depuis l'enfance, l’incomplétude au chevet. Ce Abe est un peu gros, un peu bordélique, contaminé par une vie déjà arrivée là mais comment si vite. Il fait avec ce qu’il croise pour continuer. Il y a une similarité avec seeking a friend for the end of the world dans le coté outlaw du personnage, qui ne comprend plus vraiment le monde qui tourne autour de lui, qu’un regard par la fenêtre pour prendre l’air tombe sur un visage comme un reflet, sensible des bras ballants vides des attitudes, en proie aux signes, «signes d’une incapacité à signifier mais que le film interpelle parce qu’il comprend le désespoir, représente les cris cachés, nous comprend malgré nous» (Cavell), «through in a glass, darkly» (A.Penn). Le réalisateur Todd Solondz tourne le dos aux productions Judd Apatow, qu’il dit apprécier mais dont il critique la répétition prévisible: «Tous ses films commencent de la même manière, vous séduisent de la même manière, mais rapidement optent pour une certaine bizarrerie, comme si la vie fantasmée du personnage principal prenait le pas sur la réalité." La fin de Dark Horse se forge encore et toujours du scénario, mais la gageure de la réalisation escomptée ci dessus s’y tient sur quelques séquences. L'inintelligibilité du personnage, qui n’est plus alors seulement de situations et qui semble gagné par la dépression d’une Miranda, relève dans les fêlures, aussi l’inattendue exposition que l’étouffement qui gagne au bord du cadre. Echapper s’origine alors à un inconnu, le seul vivable, peut-être trop difficilement atteignable pour Abe de Dark Horse, bien plus justement capté dans seeking a friend for the end of the world

 

 

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