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04/11/2012

Week-end

Le réalisateur japonais Katsuya Tomita raconte son histoire à qui veut l’entendre pour la sortie de Saudade, qui n’est pas son premier film mais qui dépasse cette fois-ci les frontières nippones pour parvenir jusqu’à nos écrans. Chauffeur routier puis livreur de plis avec une camionnette de plus en plus vide avec la crise, le réalisateur monte ses films avec de l’argent récupéré ici ou là, et filme surtout le week-end quand un temps plus libre se profile pour lui. Le montage du film ne lisse pas un tel assemblage espacé dans le temps, et cela crée dans la fiction des agencements hétéroclites avec des répétitions sclérosées liées au monde du travail et des bulles d’air de la nuit, enfin en rapport au rêve et à la vie. Il y a beaucoup de questions liés au travail, comme s’il fallait faire le point et que les scènes se construisaient par rapport à ce rythme de vie, s’expliquant aux situations. A contrario de stipuler des états, filmer s’envisage ici à une passion, plus qu’à une envie de raconter, les plans s’alimentant à une ingéniosité libérée. Le plan si large dans ce film, alors que la vidéo est si souvent ailleurs usité pour les rapprochés, forme comme des enclaves manifestant des situations économiques délétères et aussi une possibilité de rentrer dans la profondeur de champs presque au sens physique, dans une instabilité où l’intenable est détourné sur une durée. Retiennent aussi les images paradoxales très furtives de rêve (un ouvrier de chantier creusant la terre, pour «retrouver de la fraicheur»; une rue soudainement à l’essai de l’unisson d’une joie), furtive comme s’il fallait ne pas s'appesantir sur les trouvailles qui donnent au film pourtant une richesse qui n’oublie pas l'économie («I hate money») et prouve s’il le fallait, qu’une existence peut avoir lieu dans les brinquebalements rendus à une justesse de cours. Les communautés de Kofu se frottent, une beauté est approchée dans cette nuit filmée, les textes d’un rappeur brésilien sidèrent de ce qu’ils semblent traduire, plus que n’importe quel discours, une réalité. Et en même temps, le langage est problématique dans sa reception, et la défiance l’emporte telle une solution de faiblesse dans certains comportements ici évoqués. Si le langage est source de malheur ou d’incompréhension, une méprise de sonorité rapproche ce qui tendrait à s'éloigner: un nom de quartier évoquant à un jeune rappeur japonais le lieu de bonheur de son enfance est compris par un employé brésilien de ce quartier comme le mot «saudade». De ce heurt de sonorité où chacun ne comprend pas l’autre, la scène propose un bref flottement où les sens se conjuguent. Qui voudrait traduire «saudade» s’y casserait le cerveau. L’affiche met le mot entre écriture japonaise et thaïlandaise. C’est donc peut-être une signification en creux, sur le détachement, qui pourrait persister comme un mouvement, entre «foi» au réel (souvent par la musique, et les danses filmées indirectement par la lumière transmise à des spectateurs) et blessure, son autre irruption. Dans le film, plus que des échecs filmés, ce sont comme des creux qui ont l’air d’affleurer, conduisant à la perte, au tragique, mais aussi à la simplicité de la scène de cette magnifique déclaration d’amour au delà des stigmates (toujours ce musicien brésilien). La saudade se déploie à une image absente, «qui ne cherche pas l’image en plus (un supplément, voire un enrichissement) ou la belle image, mais une image de moins, défectueuse, hétérogène, ouverte». Pour les "consuméristes" décrits dans le film, l’eau n’est jamais assez pure, elle a besoin de son supplément, à détruire les toxines du corps à coup de produits chimiques. Le personnage prinicpal suivi par Tomita refuse cela et n’assimile pas cette eau devenue imbuvable, maladive pour lui. De ces images de l’inassimilable, le film enregistre des fulgurances. Et si chaque week-end donne l’occasion à Paris de voir dans différents lieux des photographes en plein travail à l’encontre bien souvent de celui de la semaine, on mesure la force qu’il a fallu pour faire ce film, de week-end en grandes vacances, «en chantier» dans une émergence et ceci n'est en pas que sa moindre valeur, pas seulement d’anecdote. 



 

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