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15/01/2013

Petits pas

Comme dans une lettre à Guerin, où Mekas suit Jarmusch après lui avoir dit au revoir, pour savoir s’il a bien tourné à gauche comme prévu, pour le rattraper comme pour le voir une autre fois, on rattraperait de la même façon les films de Jonas par la manche pour les faire durer, en mettant les pas dans les pas de Jonas, histoire de ne pas revenir tout de suite, de continuer à être dedans. Alors on va flâner à l’endroit peut-être d’un des plus beaux passages de My Paris movie, au 202 d’un boulevard d’un quartier qui fait dire à Jean-Pierre Bacri, dans un autre film, «mon Dieu que j’aime pas ce quartier», soumis trop souvent aux desideratas des grosses berlines antipathiques de vitres tintées. Dans My Paris Movie, il faut l’énergie galvanisante de Jean-Jacques Lebel et quelques autres de ces amis pour faire exister ce lieu dans le partage d’un enthousiasme du «genius loci», là même où Apollinaire écrivit la revue le Minotaure. Lebel offre à Mekas, entre autres, un des premiers numéros rédigés précisément là (l’adresse est en bas) dans une joie à faire partager la trouvaille dans le geste de dévoiler du sens qui mettrait en relation des lointains improbables, un ici et un lointain enchâssés à une question de croyance, et de passé palpable à la source d’un maintenant. La ferveur n’est pas d'exagérer mais de rendre tacitement et explicitement hommage à ceux qui donnent de la force. Peu après, dans un très beau plan, à la double voix de Mekas, celle enregistrée en son réel et celle en voix off, sur une vitrine de librairie, on suit le réalisateur quand il évoque tous les philosophes qu’il a lu à un moment où leurs lectures étaient pour lui cruciales, du plus loin à vivre peut-être. Alors dans les pas de ..., on vérifie bien la plaque qui indique qu’Apollinaire vivait là. Il faudrait y taguer que Jonas y a filmé, mais sans être amateur de commémoration, plutôt que de poser une plaque, pousser un «ahhh» plus proche du cri à gorge déployé de reconnaissance à plein poumon, qui tonne sur la bande son de la vidéo du film (un «ahhhh» à la Chabal, à la Lebel, pas des petits «ah» d’après ce que Lebel reproche à la demi teinte d’une voix d’à côté qui n’apprécie apparemment pas à sa pleine mesure les trésors du collectionneur). Donc si au 202, des grands «aahs» résonnent à votre passage, c’est que les spectateurs de Mekas incitent les lecteurs d’Apollinaire à aller jusqu’au bout de leur reconnaissance, à pleine mesure, bouche ouverte. Qu’il y ait tout autant que la rue Jonas, un peu de Brooklyn enchâssé ici dans un coin de Paris, on sourit de ce que Mekas nous surprend aussi hors salle:

 

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et/ou qu’ une histoire du cinema, dite secondaire ou moins opportune, commence avec le fil au dessus du vide des acrobates, une histoire sans doute parallèle aux officielles, en décrochages des réalités, en filage?, «extensible sans mesure jusqu’au coeur du passé et du futur». La place de Jonas est pour reprendre le néologisme du poète «immensurable», «des lieux errent en lui», et font tenir un coin, un angle de rue, à ce que franchement, plus rien ne pouvait rendre palpable, à part lui. Il y avait dans les Histoires, ce moment dans un train, où Godard cite Braudel avec une histoire qui avance à grands pas (celle de l'état civil mortifère) et l'autre, une autre histoire qui avance à petits pas (celles des rencontres, des liens, de la vie, une pro-jection?).

 

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