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29/04/2013

Hautes tensions, encore


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Hautes tensions, c’est aussi le nom de la manifestation organisée par la cité de la Villette, réunissant des danseurs dans un «festival de cirque et danse hip hop». Les références cinématographiques s’invitent dans les paroles des intervenants (Jean Rouch pour Mathurin Bolze et sa compagnie; des vidéos musicales pour le travail scénographique de Mickael le Mer, ou la transparence de l’ecran blanc dans une de ses oeuvres antérieures). Au delà des inspirations revendiquées, les images parfois projetées, sous format numérique, participent du temps de la performance. Comme si le virtuel que Deleuze associait au cinéma de Resnais, trouvait une tout autre occurrence, davantage dans le mécanisme  montré d’une production et dans le travail des corps que dans l'intériorité d’un rôle expulsant assez vite la moindre parcelle de politique de la dernière période d’Alain Resnais. Un virtuel au coeur de l’expérience urbaine, par un espace et des mouvements empreints de liberté.

 

Le hip hop a sa propre culture. Denis Darzacq, de passage à Alger, se souvient avoir croisé des danseurs répéter des mouvements à partir de vidéos disponibles sur des serveurs internet. Cela l’a tellement frappé qu’il se forgera l’idée de se consacrer à une série qui deviendra sa série phare. Il relie le geste du danseur, en l’arrêtant net par la photo, à un moment politique de chute, de gravité, de corps jaillissant dans l’image,  difficilement reconnaissable dans un moment résiduel. D’où les mauvaises lectures qu’en feront les jurys qui lui discerneront des prix de retouche d’image, là où ces photos mériterait les bords noirs de l’image d’aucune manipulation, puisqu’elles doivent tout à la célérité de cette danse, et à sa façon de jouer avec la pesanteur. Même le premier collage, le prémisse d’idée du photographe, n’est pas aussi décisivement fugitif dans la retombée par son aspect de procédé, que le corps qui prend appui sur la structure pour paraitre en perdition. La fortune critique relèvera parfois le travail de critique societal que les images induisent. Mais c’est encore le témoignage de Darzacq qui semble le plus incisif lorsqu’il rattache Alger, Bobigny et les émeutes comme fondement de son travail. Et cela concerne plus que jamais le cinéma par l’amitié qu’il entretient avec Marie Desplechin, le travail entrepris ensemble sur Bobigny centre ville, le regard possible à partir d’une périphérie «les images gardent leur résistance, révèlent le corps dans  leur mouvement propre». Il y a l’idée de faire corps avec un émergeant. De la périphérie, semble apparaitre un axe de force indéniable d’une pratique où des communautés se créent, avec des danseurs surpris d’avoir été saisi sur le vif ainsi, et des photographes et cinéastes bien humbles face à la pratiques des autres, presque soustrayant de leur importance pour juste participer à un collectif qui se crée de façon hétéroclite, et tout autant qu’un manuel à l’usage des citadins qui se heurte à des difficultés, des recherches parfois qui n’aboutissent sur pas grand chose, ou au contraire sur des séquelles inaltérables de beautés, des invisibles qui s’arpentent. Dans son premier film, Jim Jarmush déambulait dans les zones frontalières de New york, et c'était souvent, comme dans les ouvrages de Lowry des individualités à la dérive qu’il côtoyait, laissant par le temps de la captation, des plages entières de vacance s’exprimaient à son firmament d’instant (on se souvient de ce jeune saxophoniste, devant le soleil à un coin de rue, pour un morceau de sax en entier). Dans les collectifs, ou les festivals printaniers, sorte de taz impromptu, un esprit de corps est à l’oeuvre, où c’est la multitude qui a l’air de soulever des défis, de critiquer par son travail des aspects, de créer des aspérités et des actes véritables à l’engagement à une pratique commune. Force est de constater que le cinéma est encore une fois affaire de masse, d’une modernité qui se servirait aussi du net pour se donner des rendez-vous de travail à forger une altérité. Bobigny-Drancy adjoint d’une constellation, plus seulement d’une gare commune du passé.

 

Et pour revenir à la Villette, les rouages d’images et de corps à l’épreuve (l'épreuve par l’image de Christophe Kihm ) se veulent explicites entre virtuel et réel, dans un étrange cut qui dicte ses conditions d’existence, de présence, et cherche à provoquer la pensée « J’ai observé, en discutant avec les spectateurs, que les effets magiques, par leur puissance, génèrent plus spontanément un émerveillement passif qu’une pensée critique, qu’ils évoquent le rêve et l’utopie, mais peinent à nous parler du réel. Comme la religion ou les régimes totalitaires, la magie n’admet pas l’analyse ou les commentaires, sous peine de perdre de son pouvoir. Or, c’est cette contradiction qui me passionne : faire de la magie et la commenter, et ainsi en faire un outil pour exercer notre esprit critique.» (Thierry Collet). Les hautes tensions n’ont pas fini de faire parler d’elles.

 

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