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07/06/2013

La fille du 14 Juillet, du soleil dedans-dehors


La fille du 14 Juillet séduit tellement, que grâce au film, l’esprit vaque et se met à batifoler des ailes dans tous les sens. L’envie en sortant de la salle, de faire partager son enthousiasme galopant donnerait l’idée de se muer en un spectateur exhortant muni du mégaphone et de la voix de Pierre Merejkowsky«allez voir ce film», faisant irruption dans les files d’attente par une litanie de raisons toutes plus valables les unes. Ou alors de devenir un spectateur presque invisible aussi léger que le vent, à dire aux plus belles oreilles féminines d’aller voir la fille du quatorze juillet, comme si c'était le vent qui le murmurait, et comme si ce film marquant tellement, on se rêvait de l’indiquer en esprit sans l’épuiser dans les descriptions, pour être à l’unisson de sa pudeur. Quelques florilèges de sourire en faux argumentaires essayeraient de structurer la fascination pour s’approcher de la richesse stupéfiante de ce film:

 

-Parce qu’on y trouve portée haut l’idée de Baya Kasmi qui avait déjà fait tourner l’actrice Vimala Pons dans un magnifique court: «il n’y a que par la comédie qu’on peut traiter des sujets graves» ou presque similaires mais pas totalement «c’est par la comédie qu’on peut atteindre une gravité». Les deux liés dans le film d’Antonin Peretjatko.

 

-Parce qu’on n' en aura jamais fini avec Hawks, comme une, parmi tant, des très nombreuses impressions du film. «Qu’est ce qui est retiré chez Hawks? C’est le monde» (JM Durafour). Le monde du travail, lourd de ses conséquences et des obligations, des voitures de fonction, aussi vite quittées qu’embarquées. Liquidant les affaires courantes, au point que dans le sport favori de l’homme, le personnage ne parait pas en connaitre un rayon sur la pêche, mais que par des quiproquos, le bord de rivière sera le lieu de la catastrophe et de l’idylle. La pêche rencontrant curieusement l’amour, dans le grand air des incertitudes. C’est que les prémices d’été, et le beau soleil, incitent à se trancher la main, avec un hameçon, par exemple, pour ce vendeur rayon pêche qui rêve de passer du temps avec une fille dans Paris au mois d’Aout de René Fallet. Ou puisqu’il faut filer le rapprochement jusqu’au bout, comme un passage d’un roman de Ribemont Dessaignes: « c'était une belle fille qui sourit en le voyant. Elle sourit sans savoir pourquoi et déjà, tous deux pêchaient à la ligne, l’un pour prendre l’autre». De l’eau, de l’amour, dans des rets de regard, la fille du 14 Juillet s’accroche au wagon de prendre à la volée de nombreuses influences, idées ou citations tout en inventant les siennes, à part, ou singularisant la reprise, «la reprise est la création du nouveau» (au sujet de Hawks et pourquoi pas au sujet du film de Peretjatko). On imagine que l’équipe du film a dû se réjouir de fabriquer ces panneaux d’interdiction, qui seront filmé en verticalité dans un plan, lorsqu’un garde chasse siffle la fin de partie d’une baignade joyeuse réunissant l’équipage de vacanciers et des déserteurs du Tour, sorte de troupe improvisée se réjouissant au «fil de l’eau». Pêche et bikini interdits. La légèreté n’a pas besoin des crédits des droits, ou de tout autre crédit. Clément Rosset définissant la joie forte, «celle-ci n’a pas besoin de se justifier». A lire certaines critiques de cinéma quand même très courantes, on aurait tendance à croire que les comédies sont seulement sympathiques, aussi vite oubliées que consommées tel un sédatif. En pied de nez à ces allégations, ce film paraitrait meriter d’être rattaché au céleste, aux miracles des survenues pourtant bien réelles. Ce qui fait tomber la fatalité, une chute de burlesque. Sensible à une tension de ne pas céder aux diktats, en ayant conscience des impasses mortifères des pressions.  D’où l’idée de partir en claquant les portes, par bonheur de sons de le refaire autant de fois qu’il plaira. Quelle joie de voir Pierre Merejkowsky sortir du panier à salade, parcourir un champs invectivant à une révolte qui contamine de joie, faisant resurgir involontairement une citation indirecte au Léaud habillé en révolutionnaire dans Week-end, à son tour au milieu de la nature, déployant la parole aux grands espaces de reformulation, aux densités de soleil des mots qui réchauffent et attisent les libertés. La route draine parfois des naufragés à quelques horizons.

 

-Parce qu’il y a une tonalité inédite, «comme des pépites d'émotions que l'humour excuse par instant, et des percées de gravité à couvert» (aa). De l’humour avec une sensibilité qui effleure aussi légère et nuancé que non prête à lâcher le fait d’aller au bout de sa quête, la mer, l’amour. Le choix d’un livre dans la rue pour savoir ce que pense un garçon en appelle à Tchekhov («l’aventure intérieure» qui brouille les climats, la neige qui perce d’un rêve en commun partagé par les amoureux, alors que les actions conduisent vers la plage de l’été). L’idée magistrale d’avancer la rentrée, qu’on imagine réaliste d’un pouvoir jamais à court d’idées de suppressions, précipite plusieurs scènes d’une beauté qui se voudrait presque involontaire de presto vivre quand même ce laps. Un humour qui tout autant que lié à l’émancipation serait lié, par ouverture, au sentiment de tomber amoureux. On apprécie beaucoup cette force du film de refuser, en apparence comme ça à la légère, des classifications sociales trop tolérés par le sens commun, avec un amour pour la révolution qui affleure, et permet de se libérer même de l’argent de la région donné pour le film. Mais il ne s’agit pas que d’un humour contestataire, mais d’un humour à sa plénitude, mettant comme des lignes de fuite aux exigences mêmes internes du scénario (l’idée de retrouver Truquette apporte comme une ombre aux parenthèses pleinement vécues des détours). Les brèches introduites par exemple par ce docteur Placenta, ont l’effet placebo, d’immédiatement modifier le cours: la beauté de la scène de la voiture qui arrivant à la station essence, fait voler la poussière, tout en jetant aux orties les point Total fait irruption sans s'appesantir. Cet humour là a des ailes. On a l’impression que beaucoup d’idées lumineuses circulent, de cette circulation bousculant l’idée d’un état, valant de ces déplacements. La troublante histoire d’amour parait en écho des situations, proche de la réflexion de Jean-Luc Nancy: «l' imminence d' une intolérable convulsion dans la pensée. On ne peut pas penser à moins: c'est ça ou rien. Mais penser ça, c'est encore rien. Ce qui peut être : rire. Surtout pas ironiser, ni moquer, mais rire le corps secoué, de pensée pas possible» (Corpus), aussi bien dans l’histoire que dans le style. Ce personnage de Docteur Placenta qui endort son fils à coups de balle à chloroforme ne ressemble pas à un vieux pécheur bougon, dont on dérangerait le coin, mais à un libérateur d’énergie (quelle danse sur du jazz), la vacance à bras le corps au point d’encourager à grand renfort d’exhortations les vacanciers-aventuriers. Du vin dans tous les verres, pas seulement dans celui fait pour.

 

-Pour les impératifs, le doigt levé de Vincent Macaigne dans le plan, pour ne pas avoir de regret, ne pas se tromper sur l’essentiel. Le film déroute les commandements sociaux, par d’autres qu’ils forgent de cavalcade. D'instinct, les échappées répondent de gravité en accéléré (avec quelques scènes digne des grands burlesques). Là où beaucoup prophétisent la perte de l’image dû à son trop grand usage immédiat, l'équipage des quatre compagnons prend à la lettre d’illustrer l’impératif pour faire sauter la bêtise de la sommation par l'intérieur. Un sabotage visualisé, ou comment inventer une propre nécessité, à soi. 

 

-Pour le nombre de fois, où dans la vie, le brouillon est considéré négativement. Depuis les petites classes, le brouillon est assimilé à l’inachevé, au fait qu’il faut reprendre, recopier, retravailler, de la prévalence du clair sur l’obscur. Le réalisateur tient à ce rapprochement au brouillon «ma vie est un brouillon de mes films», et par son écriture, le film le porte à un fort niveau stylistique, une figure en tant que telle. D’autant qu’il parait à son comble de maitrise. Il y a une politesse à revendiquer le brouillon, tant le film parait réussi et en même temps, apportant une lumière dans un dialogue, par rapport à l’avenir, en dénégation de l’idée de pâle copie, au sujet de la relation amoureuse, mais peut-être aussi comme fil conducteur des séquences. Le réalisateur initierait l’idée de brouillon visuel. D’une facture hétérogène, laissant une place de choix à l'inscription d'une parole dégagée des suites linéaires, les séquences favorisant la coexistence de plusieurs styles (aphorisme, narratif, poétique, polémiste) amplifiée par la figure de la cavale. Parmi les aphorismes, cette maxime au hasard, apparemment secondaire, une parmi d’autres, «sur le trou de la sécu, comme un trou du rêve». Ou fortement poétique, comme cette fille qui disparait (plusieurs fois dans le film) et laisse sur le carreau cette statue millénaire, au vide de ce qui se brise. Le film sidère aussi par la diversité et la brièveté, comme un euphémisme, des moments burlesques. Un brouillon où s’entasse les idées comme un herbier, plus qu’un fatras de ratures. A moins que que ces dernières participent à rendre les raccourcis à leur trace.

 

-Parce que devenir gardien de phare est apparemment un rêve passé de mode, mais pas chez les enfants, rêve toujours aussi vivace de lumière dans la nuit. Une fidélité aux rêves initiaux, aux  rêves qui bougent.

 

-Pour Benoit Forgeard, figure tutélaire qui hante les génériques de sa présence, ceux de Sophie Letourneur, d’Antonin Peretjatko. Benoit Forgeard a une question récente lui demandant «quel film il réaliserait  si tout lui était permis», la réponse fuse «avec des moyens illimités, je pense que je réaliserais un film qui inclurait la population mondiale dans son ensemble» «chacun se consacre au film». A ce sujet, le dernier coquelicot est prêt. 

 

-Pour que la beauté d’un visage s’emporte à tout l’été

 

-Et pour une question subsidiaire qui taraude, qu’on souhaiterait poser: pouvez-vous nous envoyer des pavés en mousse, les occasions ne manquant pas de s’en servir? 

 

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