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15/01/2014

"Stupendatoire"

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La cinémathèque organise un cycle «Panoptismes» réunissant quelques films ayant pour trait la «volonté humaine de visibilité totale et ce fantasme de contrôle absolu par la vision». Il est question de transparence où le voir et l’être vu deviennent des leitmotivs de pouvoir dont on ne peut plus vraiment s’indigner tant il semble prévisible que des données soient visualisables, dans un «maintenant» ne se berçant plus vraiment à la douce intrusion des films d’espionnages. Ne semble pas évoqué les intrusions pires, celle des regards qui font vaciller, corps aimant qui finalement seul voit et aussi, un ton en dedans, le plus intériorisé des panoptismes, l’oeil sur soi, plus que conscience bien portante, constat de l’état de la catastrophe, les deux décrites par Jean Bernard Pouy, dans son tout dernier livre, Calibre 16mm, au jeu de mots sur le calibre et le mode d’enregistrement en pellicule. Avec une prédilection palpable pour le ciné expé dont on découvre que Pouy est un grand passionné (Dea d’histoire de l’art en cinéma!), dans l’optique «catarrhe» que le cinéma ferait exploser dans les têtes, de perceptions. Le personnage vit cahin caha, plus au moins épuisé sans que l’on n’en sache vraiment la raison, souvent pire quand ce n’est de rien. Du cinéma, il en est bigrement question au fil des pages, oubliant la terminologie de ce qui sauve, pour une «cinélogie», comme on dit pharmacologie, le cinéma aurait rapport à l'immunologie, de ce qu’il réinitialise en contaminant de sa vision. Dans le bref roman, l’homme écluse le temps, et est sorti de sa torpeur par un héritage de bobines qu’une femme lui laisse sur les bras, tout une collection de films expérimentaux sur pellicule. La femme en question a été tuée, ce qui laisse penser que certaines images détiennent quelques intérêts pour des personnes qui veulent les faire disparaitre. Le personnage revisionne l’ensemble, le classe, l’archive, en archiviste improvisé. Outre que le livre rappelle de sacrées séances (on pense à David Rimmer), qu’il distille des noms pour l’instant inconnus mais cités en sommités, faisant baver d’envie de les voir (entre autres Bruce Conner, Paul Sharitz, Charles Simonds), il dispose une fuite d'échapper au contrôle finalement secondaire face à la dissimulation dans la vieille bande comme cachette idoine, bain révélateur de ce qui se fond d’un long développement pour ne jamais sortir au positif. Le personnage est empêtré et tenu en haleine dans ces visionnages, et accessoirement embêté de cette situation d’avoir quelqu’un aux trousses mais également heureux de toutes ces séances comme des visions en signifiance du chaos des univers, d’autres trajectoires, fussent-elles mortifères. Plongé dans les images, il est plongé en parallèle dans le monde, dans ces coups, ses traquenards, et des lyrismes à portée de mains. Et puis, ce long développement de tout voir pour comprendre ce qui intéresse ceux qui le suivent, le font échapper à l’urgence de disparaître, et au diktat du panoptique qui veut tout contrôler tout de suite. Il passe son temps dans «l’intermonde» (Szendy). Dans la «bande passante», tempérant la stigmatisation des urgences. Intermonde, entre syncope et synapse, qui comme l’eau saumâtre ne rend pas le regard, à distance du réconfort des eaux concentriques de propagation que le poète Robert Duncan admire chez Bergman. C’est comme si en acceptant l’héritage, et donc une forme de vision,  le personnage acceptait le chaos qui va avec, la latence des salles obscures, en raccourci de chaosmos (Magda Carneci), réponse au pied levé à la catastrophe de savoir que des gens meurent pour ces images, aussi à la catastrophe naturelle de l’âge qui colle à la peau, causé par la nature des choses, par la grande Nature qui n’en finit pas de s’immiscer dans les infos, mais aussi dans des films courts, comme si c'était elle aussi qui regardait, les grands déluges contaminant des cours, contre lesquels une forme d’invite ou une forme de course prendrait au cinéma l’apanage de lignes de fuite salvatrice (Guiraudie), selon une trajectoire, une dissimulation dans une bande qui peut en cacher une autre, au révélateur qui n’est pas que la sortie du bain. Les vitesses de précipité que Pouy met en rythme, des jours et des courses, du flash instantané au lent développement, entreprennent une façon à lui de flotter, sur la ville, sur les images d’éprouver «le noeud des images», «le concret brutal, l’abstrait immatériel», et d'«inventer des images et des significations habitables» en bout de course dans le livre, par rapport à une vie.

 

 

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(photos Michèle Schrembi, en haut Pouy de dos, 

titre H.Michaux)

 

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