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27/01/2014

Faux Alibi

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Emmanuel Mouret tenait un couteau, pour tenter de faire disparaitre à une amie, un hoquet récalcitrant, dans son premier film. Dans son avant dernier, tard dans la nuit, il se faisait offrir un verre d’eau, faute de mieux, par une fille qui l’amenait chez elle, et où les soeurs se multipliaient aux encoignures, vertigineux de visages apparaissant, sans que cela soit forcement un amusement, avec cette forme d’être interloqué qui sied particulièrement à Emmanuel Mouret dans des errements du et des sens. Dans Une autre vie, sans trop en dire, un plan, au milieu du film, débute sur la couverture du sombre Trompe l’oeil de Patricia Cromwell. On ne sait pas, dans ces films, où va partir l’exagération, si elle va miner un destin, ou s’entrevoir à une autre densité, et ce flottement est entretenu sur une durée. L'obscurcissement et les lumières ne s’y gagnent pas. Un plan séquence dans un musée niçois pourrait faire croire que le réalisateur aime principalement dépeindre des transitions. Un couple sonde son avenir en passant devant un tableau puis un autre, puis encore un et ainsi de suite: le premier tableau représente un bord de mer paisible et irradiant de bonheur de belle lumière sous laquelle se promener, foulant des feuilles sèches; l’autre toile s’assombrit de rivages battus par l’air, le vent et l’eau, puis une autre intercède d’un portrait semblant s’intercaler entre eux, et tout cela pendant que la conversation du couple oscille, dans un art savant de dialogues ciselés à une économie de moyens, à reconnaitre le désir d’être ensemble et l’impossibilité pourtant d’une vie à deux dans la quotidienneté. Un escalier vient à point nommé, déjà pour résoudre la différence de taille entre le grand Joey et sa partenaire, et comme si les différences de niveau n'empêchait pas ce qui se refond d’une liaison, avec un emportement aux brèches des possibles que dynamite la rencontre. Croire à l’avenir, alors que la séquence avec une sorte de mélancolie a figuré une ligne d’ombre. La transition ne semble finalement pas importé dans le cadrage:  ce qui se joue en drame est dans ces variations inattendues, de ne jamais pouvoir se conformer pleinement comme on le voudrait à la «loi d’un sentiment». Il y a des silences qui en disent longs sur des visages, des ennuis qui sont captés par des regards aimants, sentant que l’amour est en train de s’envoler. Il y a ces plans "trompe l’oeil" qui viennent plomber des voyages et entraver des perspectives de stratégie de scénario, hanter l'esprit. On ne sait pas si on avance dans un film d’Emmanuel Mouret; dans Une autre vie, dans la narration, on ne sait plus si on voit l’image d’un passé ou celle de l’après. Le flash back habituel de renvoi permet une concomitance des temps ondes. Les personnages amoureux passent sur ce bord de mer , ils enjôlent ce qui pourra être autrement affleurement de moment vide, ce qui est, et ce qui n’y est plus. Mais ce qui s’est ouvert ou refermé dans le décalage de l’insu, le personnage de Virginie Ledoyen le questionne, surtout la prise infatuée pour se donner bonne conscience. Même l’argument artistique d’une musique qui viendrait se nourrir de l’expérience de la vie parait secondaire, subsidiaire, face à l’autre nécessité impérieuse d’un être ensemble, plus dans le charme du moment que dans le fait de la relation. La mélopée des films mélodramatiques, celle qui tire les larmes à notre corps défendant, est en mode d’advenir sur la disparition, en deçà du fracas, à l’image de la lumière diffuse des bords de mer méditerranéens, à certaines heures voisinant au crépuscule. Le spectateur aussi qui, de sa mauvaise fois, pouvait tiquer des chemises en soie que porte Jasmine Trinca, se laisse convaincre que oui, elles sont belles et éprouvées dans le drame, comme l’attention aux détails sur des visages, reformulant l’initial, c'est à dire les idées (pré)conçues, aux relations, et aux disparitions inimaginables des sentiments, qui rendent manifeste une réalisation cinématographique.

On pourrait suivre du même mouvement de travelling dans le musée, un passage d’un film à un autre ayant le trait de côte en forte présence cette semaine, lieu des morts dans la nuit, lieu de la solitude inimaginable de dévastation, comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit (Olivier Zuchuat), dont il faudra reparler, et dont on emprunterait le titre pour un des derniers plans du film de Mouret, à la limite de l'évaporation des mémoires et de ce qui fut, relevant d’un regard. A contrario de ces "amers amers" qui affrontent des angoisses, les pianistes diront toujours que seul compte «l’oubli du geste commencé». Pas si sûr....

 

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