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03/02/2014

Architecture de verre

Renzo Piano prépare un écrin de verre dans le treizième arrondissement de Paris, pour le cinéma muet, précisément pour les archives Pathé. Les chercheurs spécialisés doivent avoir les babines pendantes de voir les travaux s’achever. Il y aura, pour sûr, des lampes led éclairant des pupitres en bois qualités nec plus ultra, des sièges ergonomiques et silencieux, des écrans tactiles, permettant de ne plus se perdre dans des recherches à fiches jaunies, expurgées des tiroirs à lettres marquées au stabilo, de bibliothèques valeureuses d’exister encore. La pensée volera sur le temps, enchâssée à se virtualiser au plus vite à l’idée. Promio croisera Pathé, comme il l’a peut-être croisé dans la rue. Le tout éclairé par des arcs de verres. Le verre connait un regain d’attention de la part des architectes. Le défi des projets est de faire disparaitre les traces de structures à ce que l’ensemble vitrée doit devenir invisible de séquence entre un intérieur et un extérieur.  Un projet pharaonique de Frank Gehry, aussi à Paris, a l’ambition, d’après son financeur, de rivaliser dans les mémoires avec la Tour Eiffel, en oubliant peut-être que le cabinet d’architecture en regard de la promotion d'ingénieurs de la troisième république, parle différemment à la société.

 

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Dans expérience et pauvreté, Benjamin, en évoquant les travaux du génial architecte, spécialiste du verre, Paul Scheerbart, situe l'émergence du matériau en corrélation à l’existence d’un homme nouveau, aux perceptions nouvelles, des perceptions possibles par l’ouvrier, et en rapport à lui, qui redéfinit le monde à une approche nette. Les panoramas ne se meurent pas qu’à l’esthétisme bourgeois, la baie vitrée sera reprise dans des logements où la lumière a aussi un rôle à jouer. En même temps, que poussent les constructions en verre à Paris, ressort ce livre de Paul Scheerbart, l’architecture de verre, aux éditions Circé (Benjamin en lien: «La pauvreté en expérience : cela ne signifie pas que les hommes aspirent à une expérience nouvelle. Non, ils aspirent à se libérer de toute expérience quelle qu’elle soit, ils aspirent à un environnement dans lequel ils puissent faire valoir leur pauvreté, extérieure et finalement aussi intérieure, à l’affirmer si clairement et si nettement qu’il en sorte quelque chose de décent»). Actuellement, le transparent est devenu l’apanage du puissant. Il colle à l’expression de la bulle financière dont il ne masque même plus l'exhibitionniste outrancier de son impudeur, contrairement aux paroles storystéllés qui toujours donnent le change. Est-ce à dire qu’un type de culture, révolutionnaire dans sa survenue par rapport à l’âge de la pierre de taille, aurait été phagocyté? Dans Je ne suis pas morte de Jean-Charles Fitoussi, Pluton, garçon qui discute les raisonnements aériens, en rentrant dans un appartement à la grande vitre lumineuse, ergote sur la lumière, «je ne pourrais pas y vivre». C’est un trop, sans queue ni tête, un peu comme les fausses joies ou les rires en conserve que les séries tv ont finalement délaissés. Le blanc qui irradie la pellicule du film, dans des sorties sur la ville, ne dépend pas que de la lumière naturelle; c’est un effet d’une lueur-douleur, incandescence du présent. Comme si la lumière ne dépendait pas de l’automatisme de métrages des surfaces...Dans les années 30, «l’homme nouveau» s’adresse à un grand nombre, il se rapproche d’une définition de «l’être coloré» (Sheerbart, aussi une récente incursion chez Miyazaki). L’être se colore avec le square vitré remplaçant même les serres d'études, avec toute l'étendue des transparences visuelles et sonores: des aspirateurs partent en croisade contre les punaises citadines, parasites du rêve blanc d’absolu et de netteté (pauvres punaises qui devaient vraiment être un fléau des villes dans ces années). Les nouveaux palais actuels s’adressent plutôt à une démonstration d’argent et de puissance dont la perspective d’art viendrait racheter une conduite, à la façon de blanchir de l’argent, à une importance d’être important, «avec pour essentielle et principale fonction de dissimuler le maintien des rapports de forces, nouvelles dans leurs formes, mais identiques dans leur inégalité». Quelle marque pour le temps, une bulle à l’aveugle de la précarité plus que jamais «d’ici là»? Au point de voir ces surfaces vitrées finalement être niées de vision du dehors, et alors on placarde des impressions collées sur les vitres de la cinémathèque, le paysage rétrécit, le paysage mental sera affaire de programme...Des mémoires seraient en jeu dans les modes d’advenir: d’un côté, la mémoire excavatrice mais alors les contextes sont cruciaux, de l’autre une bataille sur les surfaces silencieuses, «à l’art archéologie qui s’enfonce dans les millénaires pour atteindre à l’immémorial, s’oppose un art cartographie qui repose ‘sur les choses d’oubli et les lieux de passage’» (Deleuze). Par le square de Paul Scheebart, dans les visions de Tati pour Playtime, il y a des trajets en mode de devenir, un visible en procès. Dans les "bunkers" récents, la question de l’habitat ou même du passage, même de la liberté d’une pauvreté, du recoin, se résilient en volonté émergente, autojustifiable par l’art exercé; alors l’élaboration d’un rez de chaussée, de pièces ou de dépendances oubliées d’un château (Fitoussi), peut révéler d’une démarche de construction, à l’image d’instruire un film, où une pauvreté, une membrane de vie, pourrait être tentée, une façon d’habiter le temps, en commune mesure. Des interprétations opposables de Paul Klee, une musique en train de se faire, un rapport à l’Histoire:

 

 

 

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